Covid-19, et s’il fallait vacciner les grands singes …

Au zoo de San Diego (CA, USA), en janvier 2021, un gorille au dos argenté, âgé de 49 ans, faisait partie des 9 gorilles infectés par le SARS-CoV-2. Il ne doit sa survie qu’à un traitement expérimental par anticorps de synthèse qui lui fut alors administré. Les grands singes qui n’avaient pas été contaminés ont été vaccinés.

C’est précisément pour la vaccination des animaux sauvages que plaide un article paru récemment dans le Lancet. Les auteurs rappellent que, si l’origine du SARS-CoV-2 reste inconnue, des coronavirus génétiquement semblables ont été retrouvés dans des réservoirs animaux, même si aucun hôte intermédiaire n’a jusqu’à présent été identifié. La vaste diffusion du virus laisse envisager sa capacité à s’adapter et à devenir pathogène pour d’autres hôtes que l’homme. Les variants anglais, sud-africain et brésilien ont d’ailleurs montré leur aptitude à infecter des animaux.

Des infections de visons ont été observées dans des fermes d’élevage en Europe en novembre 2020 et, si les contacts à l’extérieur ne semblent pas être un mode majeur de transmission, d’autres voies peuvent exister chez les animaux (salives, objets contaminés, fèces, etc.).

Les vaccins « humains » sont probablement efficaces

Les auteurs de l’article du Lancet estiment que la vaccination rapide de toutes les personnes en contact avec les animaux sauvages est illusoire. De plus, si l’écotourisme et les visites de réserves d’animaux sont officiellement interdits ou sévèrement règlementés, ces mesures ne sont pas partout efficaces. Or, les grands singes sauvages par exemple vivent dans des communautés très denses où la contamination d’un animal aurait un effet dévastateur : chez le gorille de montagne, espèce en voie d’extinction, la perte de chaque individu peut mettre en péril la survie de l’espèce.

L’obtention d’un vaccin homologué pour les espèces animales risque de prendre du temps. Considérant les similarités biologiques entre les grands singes et les humains, les auteurs estiment que les données d’efficacité des vaccins humains actuels pourraient être extrapolées aux grands singes, et les vaccins adaptés en y incorporant un adjuvant spécifique. Ils ne rejettent pas toutefois la nécessité de prendre en compte le contexte écologique et l’impact potentiel de la vaccination sélective de certaines espèces, notamment sur la possibilité de nouvelles pressions évolutives.

Dr Roseline Péluchon

Références
Edwards S. et coll. : Anthroponosis and risk management : a time for ethical vaccination of wildlife ? Lancet Microbe 2021 – Publication avancée en ligne le 1 avril. doi: 10.1016/S2666-5247(21)00081-1.

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Vos réactions (4)

  • Sauvez tout le monde !

    Le 08 avril 2021

    Pas assez de vaccins pour les humains! Vaccins obsolètes dans 6 mois pour cause de mutations! C'est une bonne idée de vacciner les gorilles, mais commençons pas nos chiens et nos chats, et si le problème existe, commençons par supprimer les chenils qui deviendront des clusters et verbalisons les propriétaires d'"animaux de compagnie" qui les abandonnent la veille des vacances!

    Dr Jean-Paul Vasse

  • Principe de la médecine préventive

    Le 08 avril 2021

    Vaccinons les humains... les singes... et tout être vivant pouvant être contaminant. C'est le principe de la médecine préventive : la seule qui soit a la fois efficace et cost-effective.

    Dr Isabelle Herry

  • Vers une extention animalière de la Covid-19 ?

    Le 09 avril 2021

    La zoonose qu'est le SARS2-Covid semble intéresser nombre d'animaux d'espèces différentes dont les grands singes, comme cités dans cet article du JIM.fr. Elle tend (la Covid 19) ainsi vers une "Ubiquité" qui peut être déplorable surtout si elle gagne les animaux domestique les plus proches(chien, chat...).
    Il y a donc un intérêt que les chercheurs se penchent sur la question d'un vaccin universel à large cible animale.

    Dr Pedro Nangou

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