Covid-19, je vous écris d’Italie

De même qu’elle affecte les médias grand public, la pandémie de Covid-19 ravage la presse médicale et en particulier psychiatrique. JAMA Psychiatry n’échappe donc pas à cette contamination et propose notamment une réflexion de psychiatres italiens sur la réponse de leur pays à la crise du coronavirus.

Moins d’un mois après le diagnostic du premier cas connu en Italie (le 21 février 2020), l’épidémie y sévit au point d’en faire « le second pays après la Chine en nombre de patients » et, le 16 avril, environ 160 000 cas sont connus en Italie, avec déjà 20 000 morts. Ce contexte délétère n’épargne pas les soignants italiens : au 16 avril 2020, 16 991 d’entre eux sont atteints par l’épidémie et 127 médecins sont morts. Si la proportion de soignants infectés est deux fois plus importante en Italie qu’en Chine, les raisons de cette différence importante ne sont pas claires et demandent des investigations approfondies. Comme dans la plupart des pays, on peut supposer toutefois que l’impréparation face à la nouvelle maladie a pu contribuer à cette hécatombe (manque de protections efficaces, en particulier de masques), ainsi que la difficulté d’intégrer soudain la nécessité de gestes-barrières pour assurer une meilleure distanciation physique, dans une culture latine, plutôt « tactile » par tradition.

Des leçons à tirer

Un mois avant le confinement, précisent les auteurs, un tel scénario aurait été considéré comme une fiction, mais les Italiens se sont globalement adaptés aux mesures d’urgence, et aux restrictions des libertés individuelles, imposées par la gestion de la maladie. Faisant le bilan des contrôles policiers (portant sur plus d’un million et demi de piétons ou de conducteurs, dix jours après le début du confinement), les autorités ont estimé que 95,7 % des intéressés avaient des raisons impérieuses de sortir de chez eux. Comme on ignore si ce pourcentage est identique ou différent parmi les personnes souffrant de troubles mentaux, et qu’il ne paraît pas non plus exister de statistiques à ce sujet disponibles pour d’autres pays, les auteurs suggèrent d’explorer cette question lors de futures recherches : l’existence d’une psychopathologie a-t-elle affecté (de façon significative ou marginale ?) le respect du confinement ?

Enfin, cette situation exceptionnelle incite à tirer des leçons pour les services de santé, y compris ceux de psychiatrie. De façon non exhaustive : assurer une continuité des soins grâce aux téléconsultations, développer les compétences (et donc les formations) des soignants pour affronter des crises sanitaires (ou des catastrophes), renforcer leur résilience…

Dr Alain Cohen

Référence
de Girolamo G et coll.: Mental health in the Coronavirus Disease 2019 emergency. The italian response. JAMA Psychiatry, 2020 ; 77 : 974–976.

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