Covid-19 : les chiens comme les chats

Une étude expérimentale récente a établi que les chats domestiques pouvaient se transmettre mutuellement l’infection par le SARS-CoV-2 (1). Les animaux infectés par inoculation contaminent facilement et rapidement leurs congénères sains sans que ces derniers développent le moindre symptôme de l’infection… pas plus que les chats inoculés d’ailleurs. La transmission de l’homme au chat est probable quoique rarissime jusqu’à preuve du contraire, alors que l’inverse n’a jamais été établi. De là à soupçonner les chiens de pareils méfaits, il n’y avait qu’un pas franchi dans une publication mise en ligne le 15 mai dans la très réputée revue Nature (2). Il est vrai que les chiens comme les chats d’ailleurs étaient déjà sur la sellette depuis l’épidémie de SRAS en 2003, le coronavirus en cause à l’époque étant le SARS-CoV. Ce virus avait été retrouvé chez un chat et un chien, mais la page avait été vite tournée avec l’extinction rapide de l’épidémie.

Il était une fois deux chiens à Hong Kong

A Hong Kong, au tout début de l’épidémie de Covid-19, deux chiens ont été testés positifs avec la RT-PCR, dans des familles où sévissaient des cas déclarés de la maladie sans que l’affaire dépasse un cadre anecdotique. Mais un article de Nature relate les faits avec toute la précision scientifique requise.

Ces deux chiens qui font la Une ont donc été indéniablement infectés par le SARS-CoV-2. Le premier est un loulou de Poméranie mâle, castré et pas tout jeune (17 ans), chez lequel l’ARN viral a été détecté à partir de cinq prélèvement nasaux effectués en l’espace de 13 jours. Fringant et enjoué au cours de la quarantaine, l’animal n’en n’est pas moins décédé 48 heures après la fin de celle-ci, probablement du fait de comorbidités associées à son grand âge, mais aucune autopsie n’a été pratiquée.

Le second chien est un berger allemand âgé de deux ans et demi, chez lequel le virus a été isolé à deux reprises sur des prélèvements nasaux ou buccaux.

Les taux d’anticorps anti-SARS-CoV-2 se sont élevés de manière significative chez les deux animaux qui sont restés totalement asymptomatiques tout au long de l’évolution et de la quarantaine qui leur a été imposée. Le séquençage des virus isolés a révélé un génome identique à celui des virus détectés chez leur maître ou des proches infectés à son contact. Ces deux chiens ont en fait été contaminés par leur maître : aucun doute sur ce point.

La détection du virus est systématique à Hong-Kong chez tous les animaux domestiques mis en quarantaine en même temps que leur maître atteint d’une Covid-19 biologiquement confirmée. Sur les 22 animaux (15 chiens, 7 chats) potentiellement contaminés, seuls le loulou et le berger allemand ont été testés positifs.

Le virus peut-il être transmis à d’autres animaux ? La réponse est oui, si l’on se réfère de l’expérience menée sur les chats (1). Peut-il être transmis en retour de l’animal à l’homme ? La charge virale était faible dans les prélèvements nasaux mais plus élevée dans les fèces d’un des deux chiens de sorte que cette hypothèse ne peut être exclue.

L’affaire des visons 

Pour rester dans le chapitre animalier (et du passage de l’animal à l’homme), signalons aussi l’affaire des visons qui agite en ce moment les médias des Pays-Bas (3). En peu de mots, d’autant qu’il n’existe pas encore d’article scientifique soumis à publication, il est question d’élevages dans lesquels des visons auraient développé des formes symptomatiques voire sévères de la Covid-19 et contaminé au moins un humain sans doute après avoir été eux-mêmes infectés quelque temps auparavant par des membres du personnel de ces endroits. « Sur la base des derniers résultats des recherches en cours sur les contaminations au Covid-19 observées dans des exploitations de visons, il est plausible qu’une contamination du vison à l’homme ait eu lieu », peut-on lire dans un communiqué du ministère néerlandais de l’Agriculture, publié dans la nuit du 19 au 20 mai (3). L’affaire en est là et il faudra attendre une publication en bonne et due forme pour se faire une idée plus précise sur les soupçons qui visent désormais les visons.

Si la transmission animal-homme se confirmait ainsi, cela ne changerait pas la face de l’épidémie puisque le bestiaire des coronavirus inclut d’ores et déjà, outre l’homme, bien des animaux de toutes sortes en plus de la chauve-souris qui joue le rôle de réservoir. Les autres qui vont de la civette masquée (SARS-CoV) au chameau (MERS-Cov) en passant par le pangolin sans doute (SARS-Cov-2) pourraient avoir des intermédiaires autres que ce dernier, tels les chats, les chiens… et les visons, la liste n’étant pas exhaustive. De ce fait, le pangolin est-il le seul à avoir transmis le virus à l’homme ? Cette hypothèse mérite d’être évoqué car chiens et chats étaient présents sur le marché des animaux sauvages de Wuhan…

Les animaux malades du Covid-19 ?

Faut-il mettre en quarantaine les animaux domestiques des patients infectés par le SARS-CoV2 ?

La question ne se pose pas à Hong-Kong où la surveillance vétérinaire est des plus pointilleuses.

Le principe de précaution pourrait opérer ou opère déjà dans d’autres pays. Les animaux malades du Covid-19 ? Souvenons-nous de la fable de La Fontaine, qui parle de la peste :

« Un mal qui répand la terreur
Mal que le Ciel en sa fureur
Inventa pour punir les crimes de la terre,
La Peste (puisqu'il faut l'appeler par son nom)
Capable d'enrichir en un jour l'Achéron,
Faisait aux animaux la guerre.
Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés ».

Pour l’instant et pour longtemps encore, les malades du Covid-19 sont bel et bien les humains, quand bien même les animaux auraient largement contribué -à leur insu- à répandre les coronavirus sur la planète entière. Tous ne sont pas frappés et tous ne meurent pas….Le Covid-19, ce n’est pas la peste tout de même…

Dr Peter Stratford

Références
(1) Halfmann PJ Et coll. : Transmission of SARS-CoV-2 in Domestic Cats. N Engl J Med. 2020 ; publication avancée en ligne le 13 mai. DOI: 10.1056/NEJMc2013400
(2) Sit THC et coll. Infection of dogs with SARS-CoV-2. Nature 2020 (14 mai) : publication avancée en ligne. https://doi.org/10.1038/s41586-020-2334-5.
(3) Courrier International. Edition en ligne du 20 mai 2020 ; Aux Pays-Bas, des visons auraient bien contaminé des humains.

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Vos réactions (1)

  • Candide

    Le 27 mai 2020

    Candide n'est ni biologiste ni virologue ni star des écrans.

    Candide avait dit : "Si un légume, un carton, une boîte de conserve peut être un vecteur du virus, les chiens, les chats peuvent l'être aussi".
    Candide avait regardé, écouté, tous ces grands spécialistes télévisés, affirmer "Impossible !"
    Las...

    Candide sur d'autres forums avait dit "Le moustique est une micro-seringue", tout comme celle qui véhicule le HIV.

    Agoni par des spécialistes affirmant que le moustique, porteur de parasites avait besoin de dizaines de milliers d'années pour évoluer et porter un nouveau "parasite".

    Le Covid-19 n'est pas un parasite.
    Il ne vole pas.
    Le moustique vole et prend des passagers, fait des escales...
    Candide attend.
    On verra.

    Candide (pcc Dominique Barbelet)


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