COVID-19 : longue persistance du virus dans les VRB des patients intubés et ventilés

À l’inverse des voies aériennes supérieures, nos connaissances sur la charge virale du SARS-COV-2 dans les voies respiratoires basses (VRB) sont incertaines. Cette charge virale est-elle corrélée à la mortalité chez les patients gravement atteints de la Covid-19 ?

La réponse à cette question est apportée par une étude binationale Franco-Suisse (Hôpital Bichat et Hôpital de Locarno) en fusionnant les données prospectives recueillies par deux centres de référence de la COVID-19. Les auteurs de l’étude ont procédé à : la description de la durée de l'excrétion virale (c'est-à-dire le temps avant la négativité) dans les échantillons des VRB ; l’analyse de la charge virale dans les échantillons des VRB ; l’évaluation de l'association entre la présence virale dans les échantillons des VRB et la mortalité en utilisant des modèles logistiques à effets mixtes pour les données groupées en ajustant le temps entre l'apparition des symptômes et la date de prélèvement.

Un mois de portage viral au fond des poumons

De mars à mai 2020, 267 prélèvements ont été effectués chez 90 patients intubés et ventilés. Le temps médian de négativation des résultats a été de 29 jours (IQR 23 ; 34). L'excrétion virale prolongée n'a pas été associée à l'âge, au sexe, aux comorbidités cardiaques, au diabète, à l'immunosuppression, à la corticothérapie ou à la thérapie antivirale. La charge virale des VRB avait tendance à être plus élevée chez les patients décédés. Cette différence est apparue statistiquement significative après ajustement de l'intervalle de temps entre l'apparition des symptômes et la date de prélèvement (RC 3,78, IC 95 % = 1,13-12,64, p = 0,03).

De précieuses indications sur la charge virale profonde, malgré les limitations de l’étude

Cette étude d’observation a plusieurs limites : utilisation de données de surveillance qui ne montre qu'une association entre la présence virale et la mortalité ; cultures de cellules virales (c'est-à-dire l'étalon-or) non systématiques (les résultats sur l'excrétion virale auraient pu être différents et il est impossible de faire des hypothèses fermes sur l'infectiosité) ; hétérogénéité des techniques de prélèvement ; dilution du prélèvement non normalisée entre les deux centres, sans marqueur de dilution utilisé. Malgré ces éléments, cette étude montre que l’excrétion virale dans les VRB a duré presque 30 jours en médiane chez les patients gravement atteints.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

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Vos réactions (1)

  • Le conditionnel...

    Le 25 octobre 2020

    Certes, le conditionnel permet de renoncer aux certitudes qui sont en somme, bien plus constructives :
    Les tests RT-PCR n'ont rien de comparable aux "cultures cellulaires de virus".
    Dans le premier, on obtient de l'ARN viral avec rémanence de ce dernier sur 2 à 3 semaines après les premiers symptômes mais, rien sur la présence virale qui ne peut être mise en évidence qu'à partir de cultures cellulaires de virus et ce, jusqu'au 6ème jour après les premiers symptômes...
    Tout comme sur une scène de crime, les traces ADN du présumé sont présentes (très longtemps après) mais, plus le présumé.

    Donc, dans les cultures cellulaires de virus, on retrouve du virus actif mais, on ne sait toujours rien de sa "charge virale" nécessaire à la production de l'infection (débordement des défenses immunitaires).
    Rien d'étonnant à ce que l'on retrouve "trace" virale dans les VRB... puisque présente dans les VRH.

    Dr Frédéric Lascoutounax

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