Covid-19 : moindre gravité pour celles et ceux qui prennent des antidépresseurs ?

De précédents travaux ont montré que les antidépresseurs étaient associés à une réduction des taux plasmatiques de plusieurs médiateurs pro-inflammatoires impliqués dans les formes sévères de Covid-19.

C’est le cas des taux d’IL-10, de TNF-α et de CCL-2, facteurs associés à la sévérité de la maladie, ainsi que de l’IL-6, étroitement corrélée quant à elle à la mortalité.

L’hypothèse a donc été émise que les antidépresseurs pourraient être utiles pour réduire le risque de décès chez les patients atteints de Covid-19. Pour le vérifier, une équipe française a mené une étude rétrospective sur une cohorte de 7 230 patients adultes, hospitalisés dans les hôpitaux de l’AP-HP pour une Covid-19.

Parmi eux, 345 (4,8 %) ont reçu un antidépresseur dans les 48 heures suivant leur admission. Il s’agissait d’un inhibiteur sélectif de recapture de la sérotonine (IRS) pour 195 d’entre eux, ou d’une autre classe d’antidépresseur pour les autres.

Une étude observationnelle

Bien que le design de l’étude (observationnelle) nécessite une interprétation prudente des résultats, ceux-ci ne manquent pas d’intérêt. En effet, la prise d’un antidépresseur, à une posologie moyenne de 21,6 mg d’équivalent fluoxétine, est significativement associé à une réduction du risque d’intubation ou de décès (Hazard Ratio 0,56 ; intervalle de confiance à 95 % 0,43 à 0,73). L’association reste significative après de nombreux ajustements sur les caractéristiques des patients ou les marqueurs cliniques et biologiques de sévérité de la maladie. Elle est retrouvée aussi pour les seuls patients admis en unité de soins intensifs.

Enfin, elle est significative à la fois pour les IRS et pour les antidépresseurs non-IRS, et particulièrement pour l’escitalopram, la fluoxétine et la paroxétine et pour la venlafaxine et la mirtazapine.

Plusieurs mécanismes possibles

Plusieurs mécanismes peuvent expliquer cette réduction du risque d’intubation ou de décès associée aux antidépresseurs. De précédents travaux ont suggéré que certains antidépresseurs inhibent l’activité de la sphingomyélinase acide, ce qui pourrait éviter l’infection des cellules épithéliales par le SARS-CoV-2. Une autre hypothèse est que plusieurs antidépresseurs sont des agonistes du récepteur Sigma-1, ce qui permettrait de prévenir l’orage cytokinique observé dans les formes sévères. Une autre hypothèse est que l’utilisation des antidépresseurs conduit à une réduction des taux plasmatiques de plusieurs médiateurs de l’inflammation impliqués dans les formes sévères. Enfin, certains antidépresseurs, comme la fluoxétine, pourraient exercer des effets anti-viraux sur le SARS-CoV-2.

Pour les auteurs, malgré les limitations inhérentes aux études observationnelles, ces résultats justifient que soient entrepris des essais randomisés en double aveugle pour vérifier l’effet des antidépresseurs sur l’évolution de la Covid-19.

Dr Roseline Péluchon

Référence
Hoertel N et coll. : Association between antidepressant use and reduced risk of intubation or death in hospitalized patients with COVID-19: results from an observational study. Molecular Psychiatry 2021 ; publication avancée en ligne le 4 février. doi: 10.1038/s41380-021-01021-4.

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Vos réactions (3)

  • Enthousiasmes brouillons

    Le 10 février 2021

    Envoyons vite le Dr Chagrinoux qui va nous soigner ces enthousiasmes brouillons. Allons
    Et l'essai est mal mené, et/ou peu fiable, méthodologiquement boiteux. Et puis le médicament est daaaaaangereux, tiens parfois ça augmente le QT (c'est vrai pour la paroxetine) et mes torsades de pointes. Et c'est prématuré, et un vaste essai est in-dis-pen-sa-ble, qui va coûter des milles et des cents (qui va payer), et de toutes façon il sera jamais fini cet essai modèle. Y a que Gilead qui peut faire un essai randomisé montrant si trop peu de choses. Et puis on va priver les vrais déprimés de leur médicament, ça c'est la minute émotion, et il faut interdire, empêcher une prescription hors AMM, c'est sacré l'AMM, enfin la totale.
    Chaque fois qu'il y a un vieux médicament prometteur, c'est le même refrain, un nouveau Dr Chagrinoux s'y colle.

    Dr Gilles Bouquerel

  • Anti dépresseurs et cerveau

    Le 11 février 2021

    La cible première des traitements anti dépresseurs est le cerveau.
    L’encéphale est un organe complexe aux multiples interactions avec l’ensemble des autres organes et leurs métabolismes et physiologie.
    Dans les situations extrêmes et de stress engendré, il y a des perturbations de nombreux paramètres avec des conséquences notables sur le devenir de l’individu.
    Lorsque une molécule, et c’est l’objectif des psychotropes type antidépresseur ISRS, ou autres, diminue l’état de stress aigu, une amélioration de l’état général et ses conséquences positives semblent logique.
    Théoriser en s’affranchissant de ce paramètre impliquerait une absence totale d’activité cérébrale dans le système observé ou dans le système observant

    Dr Patrice Breneliere

  • IRS et Covid

    Le 13 février 2021

    Prudence, prudence ...
    Qu'éventuellement les patients sous IRS puissent avoir un léger avantage en terme de pronostic évolutif sur les formes sévères du covid, ce qui restera à confirmer, ne doit pas inciter à une prescription extensive de ces molécules qui ne sont pas des pilules du bonheur.

    Il y a encore probablement loin avant que les IRS ne fasse partie de l'arsenal thérapeutique comme un médicament apportant une réelle plus value.

    Ils ont des indications, un réel intérêt dans ces indications... Après, des hypothèses sur les mécanismes d'action..., je vais me coucher moins bête, moi qui imaginait simplement que l'action des IRS sur la coagulation avec fréquemment un allongement du temps de saignement pouvait avoir quelque influence sur les mécanismes de COIVD et d'embolies pulmonaires.

    Après cela, pas trop d'inquiétudes sur des demandes insistantes de prescription hors AMM ; il y a toujours une réticence à prendre ces classes médicamenteuses que cela soit les neuroleptiques ou les IRS, peu de risque de l'emballement comme autour de l'hydroxychloroquine.

    Dr Thierry Colin

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