Covid-19 : sécurité des vaccins à ARNm pour les femmes enceintes

Compte tenu des risques que la Covid-19 fait courir aux femmes enceintes, elles sont vaccinées aux USA par les deux vaccins à ARNm, Pfizer-BioNtech et Moderna, bien qu’elles aient été écartées des études antérieures.

La vaccination contre la Covid 19 a débuté aux USA en décembre 2020, et une plateforme de surveillance spécifique a été mise en place par le CDC (Center for Disease Control and prevention) : le "v-safe after vaccination health checker". Via leur smartphone, les personnes vaccinées étaient invitées à s'inscrire pour signaler la survenue d'effets indésirables et bénéficier d'une surveillance. Les femmes qui avaient été vaccinées alors qu'elles étaient enceintes ou en période péri-conceptionnelle (de 30 jours avant, à 15 jour après le 1er jour des dernières règles) ont été invitées à participer au "v-safe pregnancy registry".

Par ailleurs, il existe aux USA depuis 1990 un autre système de surveillance des vaccinations, le "VAERS" (Vaccine Adverse Event Reporting System). Chacun peut y signaler tout évènement indésirable plus ou moins en lien avec un vaccin.

Entre le 14 décembre 2020 et le 28 février 2021, 35 691 femmes enceintes ont participé à la surveillance "v-safe after vaccination", elles avaient majoritairement entre 25 et 34 ans, et la plupart (86 %) avaient été vaccinées durant leur grossesse. Les effets indésirables qu'elles avaient signalés étaient principalement des douleurs au point d'injection, mais aussi des céphalées, de la fatigue, et des douleurs musculaires, avec des fréquences identiques pour les deux vaccins. Ces effets secondaires étaient plus fréquents après la 2ème dose. Peu de femmes enceintes avaient eu de la fièvre : < 1% après la 1ère dose, et 8 % après la seconde. L'augmentation de la réactogénicité après la seconde dose était comparable chez les femmes enceintes à celle retrouvée chez les femmes non enceintes.

Les femmes enceintes n'avaient pas eu d'effets secondaires plus marqués que les femmes non enceintes, excepté qu'elles avaient eu plus de nausées et de vomissements ...

Pas plus d'anomalies pour la grossesse ou le nouveau-né

Au total, 3 958 femmes enceintes vaccinées en cours de grossesse ou en période péri-conceptionnelle ont été incluses dans le "v-safe pregnancy registry", 3 719 (94 %) d'entre-elles étaient des professionnelles de santé, vaccinées en priorité ; elles étaient majoritairement âgées de 25 à 44 ans (98,8 %), et n'avaient pas fait l'objet d'un diagnostic de Covid-19 dans 97,6% des cas.

La 1ère dose vaccinale avait été injectée chez 92 femmes (2,3 %) en période péri-conceptionnelle, chez 1 132 (28,6 %) au 1er trimestre de la grossesse, 1714 (43,3 %) au 2e trimestre, et 1019 (25,7 %) au 3e trimestre.

Parmi les 827 femmes dont la grossesse était terminée, 712 (86,1 %) avaient accouché d'un ou plusieurs enfants vivants, 104 (12,6 %) avaient fait une fausse couche spontanée, 1 femme (0,1 %) avait eu une mort in utero. Les autres grossesses (1,2 %) étaient soit des IVG, soit des GEU.

Parmi les 724 enfants nés vivants (12 grossesses multiples), 60 sur 630 (9,4 %) étaient nés prématurément de mères vaccinées avant 37 SA, 23 sur 724 (3,2 %) avaient un retard de croissance, et 16 sur 724 (2,2 %) étaient porteurs d'une malformation congénitale majeure. Aucune mort néonatale n'était signalée.

Aucune des mères des enfants porteurs d'une malformation congénitale majeure n'avait été vaccinée au 1er trimestre de la grossesse, ni en période péri-conceptionnelle. Aucun type spécifique de malformations congénitales n'a été observé.

Les taux d’anomalies survenues pendant la grossesse ou chez le nouveau-né des femmes vaccinées sont identiques aux incidences publiées chez les femmes enceintes avant la pandémie.

Parallèlement, durant l'étude, le VAERS a reçu 221 rapports concernant des femmes enceintes vaccinées contre la Covid 19. Cent cinquante-cinq (70,1 %) signalaient des effets secondaires non spécifiques à la grossesse et 66 (29,9 %) concernaient la survenue d'évènements spécifiques à la grossesse : par ordre de fréquence, 46 cas de fausses-couches spontanées, des cas de morts in utero et des cas d'accouchements prématurés. Aucun cas d'anomalie congénitale n'était rapporté.

Cette publication est imparfaite car elle concerne principalement des professionnelles de santé, population non représentative de l'ensemble des femmes enceintes aux USA, et elle ne porte que sur un petit nombre de cas. Mais elle montre cependant que la vaccination des femmes enceintes contre la Covid 19 par les vaccins à ARNm n’induit aucun risque particulier.  

Dr Catherine Vicariot

Référence
Shimabukuro TT et coll. : Preliminary Findings of mRNA Covid-19 Vaccine Safety in Pregnant Persons. N Engl J Med., 2021 ; publication avancée en ligne le 21 avril. DOI: 10.1056/NEJMoa2104983.

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Vos réactions (5)

  • Des inconnus, encore

    Le 27 avril 2021

    Et à moyen ou long terme, cela donne quoi ? Il me semble que personne ne peut répondre à cette question... Ce qui en cas de grossesse n'est point anecdotique. Une question plus intéressante est de savoir ce que donne la covid quand l'infection touche une femme enceinte, sur la femme et la grossesse et le bébé futur.

    Dr Christian Trape

  • Une publication à nouveau prématurée

    Le 27 avril 2021

    Dr Trape : Poser la question du long terme est totalement inutile : Qui peut répondre à la question du long terme des COVID hors obstétrique ? Une réponse apparaitra ... au long terme

    La question de l'intérêt foeto-maternel de la vaccination est plus pragmatique.
    Pour rappel, la paucité des Covid néonataux et à fortiori des formes néonatales sévères.

    Aucun vaccin au 1er trimestre de la grossesse, ni en période péri-conceptionnelle : absence d'impact malformatif trés prévisible !

    21% des femmes vaccinées ont accouchés ... Une faille grossière souvent retrouvée dans les publications obstétricales, prématurées et / ou très sérologiques.
    La primauté des soignantes est un biais probable, souligné par le Dr C Vicariot.

    Dr JP Bonnet

  • Vaccin et femmes enceintes

    Le 27 avril 2021

    Nous avons encore moins de recul pour les femmes enceintes que pour le reste de la population.

    Une vaccination est toujours une prise de risque. La dernière polémique sur HPV montre que ceux qui ont gagné sont ceux qui se sont vaccinés, mais ce n'était pas du tout évident dans les années 2005...

    les études françaises faites à St Denis (93) sont-elles transposables à des femmes plus jeunes, en bonne santé, minces, non diabétiques, non hypertendues et se confinant soigneusement?
    Les variants les plus contagieux et les plus récents "tapent"-ils plus que la 1ère vague sur les femmes enceintes?
    Ce sont là des questions fondamentales pour nos patientes avant de consentir de façon éclairée au vaccin, et cela loin devant la guéguerre AZ/Pfizer
    où trouver des réponses argumentées et claires?
    Le mARN est cytoplasmique, mais quid des brins d'ADN retrouvés?

    E Latour de Mareuil (SF)

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