COVID-19 : succès des mesures barrières dans une caserne Suisse

La distanciation sociale et une hygiène rigoureuse sont réputées efficaces pour réduire le nombre de particules virales transmises, et donc l'infectiosité de la COVID-19 et pourraient modifier le mode de transmission de la maladie. Toutefois, l’on ne savait pas si de telles pratiques étaient susceptibles de modifier l'évolution clinique chez les personnes infectées. La réponse à cette question nous vient de l’Armée Suisse qui a étudié de manière prospective l’épidémie de COVID-19 parmi une population de 508 jeunes soldats à prédominance masculine (âge médian de 21 ans).

Trois casernes dont une isolée par 3 km de distance et 200 m d’altitude

Prenez trois casernes dans les Alpes Tessinoises, dont l'une (caserne A : 144 personnes) est isolée des deux autres (casernes B et C : 354 soldats) par 3 km de distance et 200 mètres d'altitude. La caserne A n’abrite que des hommes, alors que les casernes B et C abritent 12 % de femmes et connaissent des activités dites mélangées (cuisine, espaces communs). Soit donc deux cohortes homogènes mais isolées, au sein desquelles a pu être suivie la transmission du SARS-CoV-2, avec un respect manu militari des strictes mesures de distanciation sociale mises en place.

Alors qu’un premier cas de COVID-19 a été diagnostiqué chez un soldat de la caserne C avec, neuf jours plus tard (J9), d'autres cas dans les casernes B et C, l’autorité militaire a mis en place plusieurs mesures dans les trois casernes : maintien systématique d'une distance de 2 mètres entre les soldats (y compris lors des repas et de nuit) ; masque chirurgical systématique en cas d’impossibilité de respecter la distance de 2 mètres (ex : exercices militaire) ; désinfection des sanitaires 2 fois par jour ; quarantaine des casernes.

Une moindre transmission virale dans la caserne isolée et pas de COVID-19

À J+35 (soit 26 jours après le début des mesures), des tests virologiques et sérologiques ont été effectués chez 363 soldats asymptomatiques résidant dans les 3 casernes. Dans la caserne A (isolée géographiquement des deux autres), 7 militaires (8,7 %) avaient une PCR positive pour le SARS-CoV-2 et 7 sujets une sérologie positive (un seul soldat était positif aux deux tests). Cela signifie que 15 % des soldats de la caserne A testés avaient été infectés en dépit des mesures de protection et de l'absence d'infection à J+20, sans avoir jamais développé de symptômes. Ces taux ont été bien plus élevés dans les casernes B et C. Le pourcentage de soldats asymptomatiques ayant une PCR positive était, respectivement, de 20,6 et 37,2 % et le pourcentage de sérologies positives de 59,2 % et 66,7 %, respectivement.

La collecte des données s'est arrêtée à J+54. À la fin de l'étude, 102 cas de COVID-19 symptomatiques (29 % de l'effectif) ont été diagnostiqués dans les casernes B et C, contrairement à la caserne A dans laquelle aucun cas de COVID-19 n'a été diagnostiqué. À J+20, soit 11 jours après la mise en place des mesures de protection, des tests virologiques et sérologiques ont été effectués chez 23 soldats de la caserne A, tous négatifs.

Un effet protecteur des mesures barrières et une réduction salutaire de l’inoculum

Cette étude originale confirme l’effet protecteur de la distanciation physique et du port du masque vis-à-vis de la transmission du SARS-CoV-2, et apporte sa contribution à l’hypothèse d’un lien existant entre la charge infectieuse et la sévérité de la COVID-19. L'absence de formes symptomatiques dans la caserne A, plaide en faveur d'un rôle de la charge infectante dans l'apparition et la sévérité des symptômes de la COVID-19.

En cette époque de révolte contre les mesures barrières et le port systématique du masque, il semble que la distanciation sociale peut, non seulement ralentir la propagation du SARS-CoV-2 dans une cohorte de jeunes adultes en bonne santé, mais aussi prévenir l'apparition de la COVID-19 et de formes graves de la COVID-19, tout en continuant à induire une réponse immunitaire et à coloniser les voies nasales. Enfin, l'inoculum viral ou le mode de transmission peuvent être des facteurs clés déterminant l'évolution clinique de la COVID-19.

Dr Bernard-Alex Gaüzère

Référence
Bielecki M. et coll. : Social distancing alters the clinical course of COVID-19 in young adults: A comparative cohort study [publication avancée en ligne le 29 Juin 2020]. Clin Infect Dis. 2020;ciaa889. doi:10.1093/cid/ciaa889

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Vos réactions (2)

  • Des résultats extrêmement positifs

    Le 10 août 2020

    Cette étude confirme bien que, avec les mesures prises conformément au principe de précaution: masque, distanciation, hygiène, respect consenti de la personne...Nous obtenons des résultats extrêmement positifs dans le frein (logique) à la transmission du virus.
    L’exemple présenté est très probant, et nous espérons qu’il convaincra les populations à rester vigilantes.
    Surtout à une période où il y a encore, un fort laisser aller sur les règles préconisées.
    Ce résultat confirme que nous sommes, heureusement bien loin, des déclarations fantaisistes du début de la pandemie (début 2020) prônant la non utilité du masque et parlant de “gripette” sans conséquence”
    Courage, amicalement dans la prévention.

    Yves Rivière Union des Grandes Pharmacies UGP

  • Covid : contamination et mesures-barirère

    Le 11 août 2020

    Les conditions expérimentales ne sont pas clairement présentées et n'expliquent pas les conclusions tirées des résultats différents entre les deux casernes (A et B+C). On comprend un peu mieux mais pas très clairement quand on lit le résumé de l'article source, qu'il s'agirait en fait d'une comparaison entre des mesures faites avant et après l'installation de mesures de distanciation sociale : "while no soldier in a group of 154, in which infections appeared after implementation of social distancing, developed COVID-19 ".

    Dr P. Guérisse

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