Covid-19, y a-t-il un avenir pour le remdésivir ?

Le remdésivir conçu initialement pour traiter l’infection à virus Ebola est un médicament qui, in vitro, est à même d’inhiber l’ARN polymérase, une enzyme nécessaire à la réplication de certains virus à ARN tels le SARS-CoV-1 et MERS-CoV (Middle East respiratory syndrome). Ce profil a conduit à le tester rapidement dans le traitement de la Covid-19 et, dès le 22 mai, les résultats préliminaires de l’essai ACTT-1 (Adaptive Covid-19 Treatment Trial), mené à double insu contre placebo, avaient fait grand bruit, alors que le suivi des patients inclus n’était pas parvenu à son terme. Ils avaient suscité des doutes et des critiques, mais aussi un certain enthousiasme du côté de la Maison Blanche, enthousiasme qui ne s’est pas démenti comme le montrent les modalités de la prise en charge de son actuel locataire, récemment atteint par la Covid-19. Quoique l’efficacité semblât modeste, de nombreux pays lui ont, du reste, accordé leur feu vert dans le traitement de l’infection à un moment où les stratégies thérapeutiques en étaient au stade des balbutiements.

Rapport définitif avec 29 jours de suivi

Les résultats définitifs de l’étude viennent d’être publiés en ligne dans le New England Journal of Medicine du 9 octobre 2020. Ils confirment ceux du rapport intermédiaire publié dans le même journal le 8 mai 2020. Cet essai avait inclus 1 062 patients atteints de la maladie biologiquement confirmée et répartis en deux groupes par tirage au sort : (1) remdésivir (dose de charge de 200 mg le 1er jour, suivie d’une dose quotidienne de 100 mg/jour les neuf jours suivants) (n = 541) ; (2) placebo (n = 521). Le critère de jugement principal était le temps écoulé avant le rétablissement : soit sortie de l’hôpital, soit hospitalisation mais sans nécessité de soins spécifiques.

Recovery  plus rapide sous remdésivir

Dans le groupe traité, le délai médian avant le rétablissement a été estimé à 10 jours (intervalle de confiance à 95 % [IC] 9 à 11) et à 15 jours (IC95 % 13 à 18) dans le groupe placebo : dans ces conditions, le rate ratio correspondant a été évalué à 1,29 (IC95 % 1,12 à 1,49 ; p<0,001, test du log-rank). Une analyse complémentaire a par ailleurs démontré que, dans le groupe remdésivir, une amélioration clinique significative était constatée plus fréquemment au 15ème jour de l’évolution, l’odds ratio correspondant étant en effet estimé à 1,50 (IC95 % 1,20 à 1,90), ceci après ajustement en fonction de la sévérité initiale de la maladie et des traitements administrés, entre autres la corticothérapie.

Mais pas d’effet considéré comme statistiquement significatif sur la mortalité

Selon une analyse de Kaplan-Meier, la mortalité globale au 15ème jour a été estimée à 6,7 % dans le groupe remdésivir, versus 11,9 % dans le groupe placebo. Au 29ème jour, les chiffres correspondants étaient respectivement de 11,4 % et de 15,2 %, le hazard ratio étant de 0,73 (IC95 % 0,52 à 1,03). La différence intergroupe n’a pas pour autant été considérée comme statistiquement significative, d’autant qu’elle a largement fluctué en fonction de la sévérité initiale de la maladie avec en corollaire autant de sous-groupes caractérisés par des effectifs insuffisants pour autoriser une analyse statistique pertinente.

Pour ce qui est de l’acceptabilité, la fréquence des évènements indésirables sérieux s’est avérée voisine dans les deux groupes, soit 24,6 % (remdésivir) versus 31,6 % (placebo).

Pertinent en association thérapeutique

Ces résultats définitifs viennent confirmer ceux du rapport préliminaire. L’efficacité du remdésivir reste modeste puisqu’elle se traduit par un raccourcissement du délai avant le rétablissement des patients hospitalisés (de l’ordre de 5 jours) sans affecter significativement la mortalité globale au terme de 29 jours de suivi. La corticothérapie fait mieux sur ce point, mais à l’heure actuelle, le remdésivir est testé dans le cadre d’associations médicamenteuses qui pourraient déboucher sur de nouvelles perspectives thérapeutiques. En attendant, nombreux sont les pays à préconiser cet antiviral dans le traitement de la Covid-19 avec atteinte respiratoire cliniquement patente.

Dr Peter Stratford

Référence
Beigel JH et coll. : Remdesivir for the Treatment of Covid-19 — Final Report. New Engl J Med., 2020 ; publication avancée en ligne 9 octobre. DOI: 10.1056/NEJMoa2007764.

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Vos réactions (4)

  • Inquiétude

    Le 15 octobre 2020

    Oui, je m'inquiète beaucoup à son sujet.

    Dr Bernard Albouy

  • Coup de pouce au laboratoire

    Le 15 octobre 2020

    Jusqu'ici, le principal effet positif du Remdésivir a été le coup de pouce donné au laboratoire Gilead qui a vu son état général s'améliorer sensiblement.

    Dr Jack Genaudeau

  • Effets secondaires rénaux ?

    Le 16 octobre 2020

    Qu’en est il des problèmes rénaux signalés ?

    Dr Claude Gaudin

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