Covid-19, y a-t-il un risque thyroïdien ?

Si Covid rime avec thyroïde, c’est peut-être à des bases biologiques et pathogéniques qu’il faut se référer et non au hasard des mots. En effet, c’est en mai 2020 que le premier cas de thyroïdite subaiguë survenu chez un patient atteint de la Covid-19 a été rapporté. Un lien entre l’une et l’autre est apparu comme plausible, compte tenu d’un fait certain : le récepteur ACE2 (Angiotensin-converting enzyme 2) qui permet au SARS-CoV-2 de s’arrimer aux cellules de l’hôte est exprimé par de nombreuses glandes endocrines parmi lesquelles figurent le pancréas et la thyroïde. Depuis, des cas de dysthyroïdie ont été mentionnés dans plusieurs études de cohorte. La plus récente, réalisée en Italie, fait état de 10,8 % de cas de thyrotoxicose patente chez 287 patients atteints d’une forme sévère de l’infection virale. Le « risque thyroïdien » semble par ailleurs être positivement associé aux taux plasmatiques d’interleukine-6 (IL-6). L’expression clinique et biologique des dysfonctionnements thyroïdiens concomitants de la Covid-19 a tout lieu de différer en fonction de sa sévérité initiale, voire de la charge virale comme le suggèrent des études de type cas-témoins. 

Bilan thyroïdien anormal chez un patient sur sept atteints d’une forme légère de Covid-19

Cette hypothèse semble se confirmer si l’on en croit les résultats d’une étude de cohorte prospective dans laquelle ont été inclus 191 patients (âge moyen 53,5 ± 17,2 ans ; hommes : 51,8 %), tous atteints de la Covid-19. Ils ont été admis avec ce diagnostic au Queen Mary Hospital de Hong Kong, entre le 21 juillet et le 21 août 2020. Le bilan thyroïdien systématiquement effectué lors de l’admission comportait les dosages sériques suivants : TSH, T4 libre, T3 libre et anticorps antithyroïdiens.  Il n’existait aucune pathologie thyroïdienne dans les antécédents.

Le plus souvent, le tableau clinique était celui d’une forme légère (84,3 %) ou modérée (12,6 %), les formes sévères étant largement minoritaires (3,1 %). Le bilan thyroïdien était anormal dans 13,1 % des cas. Chez dix patients, il existait une élévation isolée de la TSH compatible avec une hyperthyroïdie fruste possiblement liée à une thyroïdite auto-immune : cependant, des anticorps antithyroïdiens n’ont été détectés que dans deux cas et sans imagerie, il n’a pas été possible d’étayer davantage cette hypothèse. Un cas d’hypothyroïdie infraclinique a également pu être attribué sans certitude à un mécanisme auto-immun. Dans dix autres cas, le tableau biologique a consisté en une diminution isolée de la T3 libre ce qui a fait évoquer un syndrome de « basse T3 » en rapport avec la maladie infectieuse systémique et non avec une dysthyroïdie.

En analyse multivariée, la charge virale -reflétée par la positivité de la RT-PCR en nombre de cycles d’amplification- et les taux sériques de CRP ont été les deux variables indépendantes respectivement associées à la diminution de la TSH (p=0,030) et de la T3 libre (p=0,007). La baisse des taux de cette dernière a été reliée à la sévérité de la maladie infectieuse (p=0,032) au point d’avoir une certaine valeur pronostique ce qui ne saurait surprendre.

Beaucoup de syndromes de T3 basse

Cette étude réalisée à Hong Kong porte sur un effectif relativement restreint, de sorte que ses résultats doivent être confirmés sur une plus grande échelle. Dans les formes légères ou modérées de la Covid-19, le bilan thyroïdien serait anormal chez environ un patient sur sept. Cependant, ces anomalies incluent pour moitié un syndrome de T3 basse non spécifique et la prévalence des thyroïdites serait donc bien inférieure : une imagerie thyroïdienne devant toute élévation inexpliquée de la TSH permettrait sans doute d’y voir plus clair -y compris dans les formes sévères de l’infection - et le suivi des anomalies biologiques détectées à la phase aiguë de la maladie s’impose avant de conclure plus avant… Covid et thyroïde : une histoire qui reste à écrire, toute rime mise à part.

Dr Philippe Tellier

Référence
David Tak Wai Lui et coll. Thyroid Dysfunction in Relation to Immune Profile, Disease Status and Outcome in 191 Patients with COVID-19. The Journal of Clinical Endocrinology & Metabolis., 2020 ; publication avancée en ligne le 9 novembre. doi.org/10.1210/clinem/dgaa813.

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Vos réactions (1)

  • Thyroïdite de De Quervain lors de la première vague

    Le 18 novembre 2020

    Il se trouve que j’ai fait en mai une thyroïdite de de Quervain avec phase inflammatoire douloureuse puis hyperthyroïdie hypothyroïdie et dernier bilan cette semaine euthyroidie (bilan écho et bio à l’appui).
    En revanche je n’ai pas de notion d’atteinte de covid mais potentiellement cas contact mi mars et quelques symptômes très frustes en avril genre rhinorrhee mise sur le compte d’allergie printanière ... on ne saura jamais.

    Dr CL

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