De la théorie à la clinique : les HBPM freinent-elles réellement l’apparition de métastases ?

Des propriétés anti-métastatiques des héparines de bas poids moléculaire (HBPM) ont été mises en évidence dans des modèles précliniques et reproduites chez l’animal. Elles inhiberaient l’invasion de l’espace extra-cellulaire par les cellules tumorales, réduiraient la protection des cellules cancéreuses circulantes et, par un effet antiangiogénique, limiteraient la néovascularisation des micro-métastases.

Les études chez l’homme n’ont toutefois pas encore permis de confirmer cet effet.

Une équipe canadienne a réalisé un essai randomisé qui a inclus 614 adultes en attente d’une résection colique pour un adénocarcinome invasif non métastasé. Les patients étaient randomisés en 2 groupes. Les uns (n = 307) bénéficiaient d’une thromboprophylaxie par tinzaparine à la dose de 4 500 UI par jour, commençant le jour de la décision d’intervention et poursuivie pendant 56 jours après celle-ci.

Les autres bénéficiaient de la tinzaparine administrée selon les modalités habituelles, en postopératoire uniquement. L’objectif principal était la survie sans maladie à 3 ans (survie sans récidive loco-régionale, ni métastases à distance, ni autre cancer ni décès).

Pas de bénéfice clinique


L’effet antimétastatique des HBPM, retrouvé dans plusieurs études précliniques, ne se traduit pas ici en un bénéfice clinique. En effet, l’étude ne permet pas de démontrer que la prophylaxie prolongée par l’HBPM tinzaparine améliore la survie sans maladie à 3 ans. Les évènements constituant l’objectif principal surviennent chez 235 (77 %) patients du groupe avec le traitement prolongé et chez 243 (77 %) patients de l’autre groupe (Hazard Ratio HR 1,1 ; intervalle de confiance à 95 % IC 0,90 à 1,33).

Les taux de complications thromboemboliques ou hémorragiques sont faibles dans cette cohorte, et sont similaires dans les deux groupes. Il n’apparait pas de différence dans la survie totale à 5 ans (HR 1,12 ; IC 0,72 à 1,76).

Pour les auteurs, la « cascade métastatique » et la survenue d’une récidive détectable cliniquement sont des processus complexes, avec de nombreux facteurs interagissant, et il se peut que la modification d’un seul de ces facteurs soit insuffisante pour constater un bénéfice clinique.

Dr Roselin Péluchon

Références
Auer RC et coll. : Efficacy and safety of extended duration to perioperative thromboprophylaxis with low molecular weight heparin on disease-free survival after surgical resection of colorectal cancer (PERIOP-01): multicentre, open label, randomised controlled trial.
BMJ2022;378:e071375. doi.org/10.1136/BMJ-2022-071375

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