Des anticorps dans le lait des femmes vaccinées contre la Covid-19

En 2020, une étude de cohorte prospective incluant 127 femmes montrait que, contrairement à d'autres agents pathogènes viraux tels que Zika ou cytomégalovirus, la transmission intra-utérine du SARS-CoV-2 était extrêmement peu courante. Cette absence de transmission verticale mère-fœtus s’accompagnait également d’un très faible transfert transplacentaire des anticorps anti-SARS-CoV-2, ne permettant pas une protection des nouveau-nés. Or, il a été démontré que si les enfants sont plus légèrement touchés par l'infection que les adultes, les nourrissons sont le groupe d’âge infantile le plus à risque de contracter une forme grave de la maladie. Dans ce contexte, le développement d’une immunité chez le nouveau-né pourrait-elle s’envisager via l’allaitement et le lait maternel ? En décembre 2020, Israël a lancé un programme national de vaccination contre la Covid-19 pour lequel les soignants représentaient l'un des groupes prioritaires. Bien qu'aucune autre donnée relative à l'innocuité du vaccin pour cette population n'ait été publiée, des femmes en post-partum allaitantes, appartenant aux populations cibles, ont été encouragées à recevoir le vaccin. C’est par ce biais qu’une étude israélienne a tenté de déterminer si la vaccination maternelle conduisait à la sécrétion d'anticorps anti SARS-CoV-2 dans le lait maternel.

L’étude de cohorte prospective a recruté un échantillon de femmes allaitantes (exclusivement ou partiellement) appartenant à des groupes cibles vaccinés et ayant reçu 2 doses du vaccin Pfizer-BioNTech avec 3 semaines d'intervalle. Des échantillons de lait maternel ont été prélevés avant l'administration du vaccin, puis une fois par semaine pendant 6 semaines, 2 semaines après la première dose. Quatre-vingt-quatre femmes ont terminé l'étude, avec un âge moyen de 34 ans pour les mères et de 10,32 mois pour les nourrissons.

Pas d’événement indésirable grave ni chez les mères ni chez les nourrissons

Les niveaux moyens d'anticorps IgA spécifiques du SRAS-CoV-2 dans le lait maternel ont augmenté rapidement et étaient significativement élevés 2 semaines après la première injection (rapport de 2,05 ; p < 0,001), 61,8 % des échantillons ayant été alors testés positifs, taux qui a augmenté à 86,1 % à la semaine 4 (1 semaine après la deuxième dose). Les taux moyens sont restés élevés pendant toute la durée du suivi et à la sixième semaine, 65,7 % des échantillons étaient positifs. Les taux des anticorps IgG spécifiques du SRAS-CoV-2 sont restés faibles pendant les 3 premières semaines, avec une augmentation à la semaine 4 (20,5 U/mL ; p = 0,004), lorsque 91,7% des échantillons ont été testés positifs, passant à 97 % à semaines 5 et 6.

Aucune mère ou enfant n'a connu d'événement indésirable grave au cours de la période d'étude, la douleur locale étant la plainte la plus fréquente. Quatre nourrissons ont développé de la fièvre après la vaccination maternelle. Ils présentaient en outre des symptômes d'infection des voies respiratoires supérieures, notamment une toux, qui s’est résolue sans traitement.

Cette étude a donc montré une sécrétion significative d'anticorps IgA et IgG spécifiques du SARS-CoV-2 dans le lait maternel pendant 6 semaines après la vaccination. La sécrétion d'IgA était présente 2 semaines après la vaccination, suivie d'un pic d'IgG à 4 semaines (une semaine après le deuxième vaccin). D’autres études avaient déjà mis en évidence des résultats similaires chez des femmes allaitantes infectées par la Covid-19. L’intérêt des anticorps trouvés dans le lait maternel de ces mères suggère un effet protecteur potentiel pour le nourrisson.

Anne-Céline Rigaud

Références
Perl SH, Uzan-Yulzari A, Klainer H, et coll. : SARS-CoV-2–Specific Antibodies in Breast Milk After COVID-19 Vaccination of Breastfeeding Women. JAMA. 2021;325(19):2013–2014. doi:10.1001/jama.2021.5782
Edlow AG, Li JZ, Collier AY, et coll. : Assessment of Maternal and Neonatal SARS-CoV-2 Viral Load, Transplacental Antibody Transfer, and Placental Pathology in Pregnancies During the COVID-19 Pandemic. JAMA Netw Open. 2020;3(12):e2030455. doi:10.1001/jamanetworkopen.2020.30455

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