Des bactéries dans la bouche des adolescents équipés d’appareils orthodontiques

Les appareils orthodontiques dento-fixés (appelés communément « bagues ») font partie des thérapeutiques orthodontiques les plus efficaces à ce jour pour corriger l’axe des dents. Mais les bagues fixées sur les dents entravent l’hygiène dentaire et altèrent l’équilibre du microbiote oral. 

Ces thérapeutiques orthodontiques peuvent donc potentiellement entraîner des complications parodontales par accumulation de biofilm bactérien juxta-gingival et par la colonisation de ces espaces par des bactéries parodontopathogènes. En Chine, ce sont près de 56 % des adolescents portant des bagues qui présentent des gingivites (caractérisées par des gingivorragies, douleurs et inflammations gingivales).

Les parodontopathies, comme la gingivite, sont plurifactorielles mais sont principalement causées par la présence et la croissance de biofilms bactériens composés de : Actinobacillus actinomycetemcomitans, Prevotella intermedia, et Porphyromonas gingivalis entre autre. Ce dernier (Pg), en particulier, est considéré comme un agent étiologique majeur dans les parodontopathies. Ses principaux facteurs de virulence sont ses composants lipopolysaccharidiques de surface tels que les fimbrae.

Le fimbrae est un élément formé de protéines, la fimbrilline, qui assure l’adhésion aux surfaces de Pg et joue un rôle essentiel dans la colonisation des régions sub-gingivales. Le gène qui code pour le fimbrae est Pg-fimA : il code spécifiquement pour la protéine fimbrilline. Il existe 6 variantes de ce gène : I, Ib, II, III, IV et V.

A chaque génotype de fimbrae correspond un niveau de virulence, et donc la pathogénicité de la bactérie P.gingivalis dépend de ce dernier. En effet, des études ont montré que Pg-fimA II et IV peuvent être associés à des modifications inflammatoires, ce qui n’est pas le cas de Pg-fimA I et III

Des auteurs ont recherché l’association entre la prévalence de Pg (et de ses génotypes fimA) et le statut parodontal des adolescents portant des appareils orthodontiques, à différents temps de leur traitement. Le but était de préciser la pathogénicité de Pg et des génotypes de fimA, pendant une thérapeutique orthodontique. 

Leur étude a porté sur deux groupes de patients : un 1er groupe « test » composé de 61 adolescents allant recevoir un traitement orthodontique (par arc métallique et bagues en métal fixées sur les incisives, prémolaires et molaires, associées à des élastiques) ; et un second groupe « contrôle » comprenant 56 adolescents ayant un parodonte sain, et n’allant pas recevoir d’appareils orthodontiques. Tous les participants ont reçu les mêmes instructions en matière d’hygiène bucco-dentaire individuelle. 

A T0 (avant l’installation des bagues orthodontiques), l’indice gingival et d’autres paramètres cliniques ont été mesurés. Des échantillons de plaque bactérienne ont été prélevés, séquencés et analysés pour établir la santé parodontale des participants en début d’étude.
 
Ces mêmes paramètres ont été mesurés tout au long de l’étude à T1 (+1 mois après le début du collage des bagues orthodontiques), à T2 (+2 mois), à T3 (+3 mois) et à T4 (+6 mois).   

Pic de l’inflammation au 3e mois de traitement 

Les paramètres cliniques et microbiologiques des patients du groupe « test » ont commencé à augmenter après la mise en place des appareils orthodontiques dento-fixés : 

Le taux de détection de Pg à T0 était de 26,2 %, puis est passé à 42,6 % à T1, puis à 50,8 % à T2 pour le groupe test et a atteint son pic de valeur à T3 avec une prévalence de 83,61 %. La valeur maximale de l’indice gingival a été observée à T3 chez le groupe test. Ces paramètres cliniques et microbiologiques ont tous diminué après 6 mois de port de l’appareil orthodontique. Malgré cette baisse, les paramètres mesurés restaient significativement plus élevés dans le groupe test que pour le groupe contrôle.

Cette baisse de la prévalence de Pg et des indices gingivaux entre T3 et T4 pour le groupe test peut s’expliquer par la maitrise des nouvelles techniques d’hygiène dentaire par les participants, suivie par la diminution des pathogènes oraux et aussi par le rétablissement d’un environnement oral équilibré. 

Les génotypes de Pg-fimA ont aussi été analysés : il n’est apparu aucun changement significatif pour le groupe contrôle pendant l’étude ; alors qu’on note une augmentation des génotypes fimA II, IV et V à T3 par rapport à T2 dans le groupe test. 

L’indice gingival des génotypes fimA II et IV était significativement plus élevé que dans les échantillons où Pg était absent ou les échantillons comportant les souches I, Ib, III et V de fimA

Cet article démontre donc que les génotypes fimA II et IV de Pg sont fortement apparentés aux gingivites orthodontiques.

Néanmoins, la maitrise des différentes techniques d’hygiène dentaire peuvent aider à lutter contre l’accumulation de plaque bactérienne pendant un traitement orthodontique et aura donc un effet bénéfique sur la santé des tissus parodontaux des adolescents. 

Dr Béatrice Ruiz

Référence
Pan S, Liu Y, Si Y, Zhang Q, Wang L, LiuJ, et coll. : Prevalence of fimA genotypes of Porphyromonas gingivalis in adolescent orthodontic patients. PLoS ONE 2017 ; 12: e0188420. DOI: org/10.1371/journal.pone.0188420.

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