Des formes graves de covid-19 chez les enfants aussi

On entend dire et répéter que les enfants sont moins touchés que les adultes par la covid-19 et font peu de formes graves. Une étude chinoise, à paraître dans Pediatrics, fournit des données chiffrées sur l’épidémiologie de la covid-19 chez les enfants et les adolescents.

Du 16 janvier au 8 février 2020 le Center of Disease Control and Prevention de Chine [ChinaCDC] a reçu 2 143 déclarations de covid-19 affectant des Chinois de moins de 18 ans.

Un tiers des cas est « confirmé » par une recherche virale positive dans le nasopharynx ou le sang. Les deux autres tiers sont « suspectés » sur l’association d’un risque de contamination plus ou moins fort (contact avec un sujet infecté, vie dans un foyer de l’épidémie) à au moins deux des trois critères suivants : des symptômes tels que de la fièvre, de la toux, de la diarrhée…, des modifications de l’hémogramme en faveur d’une virose (leucopénie, lymphocytose), une image de pneumopathie à la radio.

Les résultats concernent l’ensemble des cas confirmés et des cas suspectés. Disons tout de suite que l’absence de recherche systématique du SARS-CoV-2 et d’autres virus respiratoires (par ex. le VRS) ne permet pas d’exclure des viroses autres que la covid-19 dans les cas suspectés et des co-infections virales dans les deux sortes de cas.

Les patients ont un âge médian de 7 ans (extrêmes : 0-18). Ce sont plus souvent des garçons (56,6 %), mais la différence de fréquence entre garçons et filles n’est pas significative.

Près de 90 % des cas correspondent à des formes légères (atteinte des voies aériennes supérieures) ou modérées (pneumonie sans dyspnée ni cyanose) de la maladie. Les 10 % restants se répartissent entre des formes sévères et critiques (aggravation respiratoire progressive ; syndrome de détresse respiratoire aiguë, défaillance multiviscérale) et des formes asymptomatiques (avec juste une RT-PCR positive). La proportion de formes sévères et critiques est nettement plus basse chez l’enfant que chez l’adulte (5,9 % versus 18,5 %), et diminue avec l’âge (de 10,6 % avant 1 an à 3 % après 15 ans). Un seul décès a été déclaré au ChinaCDC.

Les nourrissons de moins d’un an constituent un groupe à haut risque

Les nourrissons de moins d'un an constituent le groupe à plus grand risque, avec 17,7 % des cas rapportés, dont un dixième de formes sévères ou critiques.

La maladie a été généralement diagnostiquée dans les 7 jours suivant l’apparition des symptômes (délai médian : 2 jours ; extrêmes : 0-42 jours). Sa durée d’incubation et sa symptomatologie ne peuvent être précisées.

Près de deux tiers des cas proviennent de la province du Hubei (46 %), foyer de départ de l’épidémie, et des provinces limitrophes (18,5 % des cas). Après un pic le 1er février, le nombre de cas rapportés décroît. Ces deux faits sont interprétés comme des preuves d’une contamination interhumaine et de l’efficacité d’un confinement strict, respectivement.

Au total, les enfants sont réceptifs au SARS-CoV-2 quel que soit leur âge. Proportionnellement, ils font moins de formes graves que les adultes, mais ils ne sont pas épargnés. Une des hypothèses avancées est que l’enzyme de conversion de l’angiotensine II, qui serait le récepteur cellulaire du SARS-CoV-2, est moins mature chez les enfants que chez les adultes. Néanmoins, les nourrissons de moins d’un an constituent un groupe à haut risque. Ces conclusions demandent à être corroborées et complétées vu le faible recul par rapport au début de la pandémie.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Dong Y et coll. : Epidemiological characteristics of 2 143 pediatric patients with 2019 coronarovirus disease in China. Pediatrics 2020. Doi : 10.1542/peds.2020-0702. (Version non définitive de l’article)

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  • SARS-Cov-2 et enfants : une étude à Wuhan

    Le 24 mars 2020

    Un travail observationnel effectué pendant 1 mois à l'hôpital de Wuhan a concerné 1791 enfants provenant de familles infectées. Seuls 12,3% étaient infectés, soit 171.
    22,8% étaient totalement asymptomatiques, malgré des images pulmonaires anormales chez certains d'entre eux. Ceux qui étaient symptomatiques étaient fébriles, 9,4% avaient une fièvre > 39, 48% de la toux, 19,3% une infection respiratoire haute, 8,8% une diarrhée, 6,4% des vomissements ; 21 enfants seulement sont restés hospitalisés et 3 en réanimation qui étaient porteurs de maladie associée(leucémie, hydronéphrose et invagination intestinale). Un seul est décédé avec une invagination intestinale à l'âge de 10 mois (diagnostic tardif car il était porteur du virus ?).
    Donc on constate que les enfants résistent mieux à la contagion que les adultes, que les formes graves touchent ceux qui ont une maladie associée et que la mortalité est quasi inexistante, l'enfant de 10 mois étant dcd d'une invagination.
    On ne peut pas généraliser, mais ce tableau semble refléter l'épidémie chez les enfants de moins de 15 ans.

    Dr Alain Siary

  • Complément d'information

    Le 25 mars 2020

    Merci au Dr Siary pour ce complément d'information aussi utile que nécessaire.

    Dr Faverge, pédiatre

  • Covid-19. Différences entre adultes et enfants

    Le 25 mars 2020

    Rôle du stress oxydatif dans l’infection par le Corona virus Covid19.
    La différence de sévérité de l’atteinte entre les adultes et les enfants pourrait s’expliquer en partie par le stress oxydatif, une piste inexplorée dans la prise en charge de l’infection par le COVID 19.

    En effet l’analyse du profil des patients décédés en Chine (Zhou, Yu, Du et al, 2020, Qifang Be et al, 2020) et en Italie (Poteau, Jim.fr), montre qu’il s’agit essentiellement de personnes d’un certain âge, dont la majorité présentait des co-morbidités comme l’hypertension artérielle, le diabète de type 2. Or on sait que dans ces pathologies le patient présente déjà un stress oxydatif (Bensakhria 2018) qui va être aggravé par celui lié à l’infection par les virus à RNA dont les autres membres célèbres sont le virus de la rougeole, le virus Ebola, virus de la grippe etc (http://www.chups.jussieu.fr/polys/viro/oldpoly/POLY.Chp.1.html)

    Les conséquences de ce stress oxydatif accru sont le débordement des systèmes anti-oxydants et l’augmentation des radicaux libres (espèces réactives de l’oxygène) qui vont avoir des effets délétères multiples, notamment par la peroxydation lipidique au niveau des structures membranaires et cellulaire (Bensakhria 2018).

    Ces effets pourraient expliquer les altérations membranaires alvéolaires pulmonaires avec transformations hyalines, exsudats fibromyxoides observées à l’autopsie d’un patient décédé en Chine (Xu, Shi Wang et al 2020).

    Comment lutter contre ce stress oxydatif ? Il y a une abondante littérature sur les antioxydants naturels apportés par l’alimentation (Bachand, 2014, Bensakhria 2018), mais chez les personnes fragiles on pourrait augmenter leur niveau de GLUTATHION (Glutamyl-cysteine-glycine) par l’apport de N Acetyl cysteine qui existe sous forme orale dans les mucolytiques mais aussi sous forme injectable pour les cas graves (Manoj et al 2014).

    Pr Marie-Pierrette Ntyonga-Pono, professeur agrégé d’endocrinologie-métabolismes. Libreville (Gabon)

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