Des opioïdes pendant l’allaitement : restons prudents !

Les opioïdes passent dans le lait maternel en quantité trop faible pour être à l’origine de dépression respiratoire ou neurologique. Certains travaux ont toutefois décrit leur possible toxicité pendant l’allaitement, et, malgré des doutes sur la fiabilité méthodologique de ces études, elles ont généré une certaine inquiétude. L’innocuité pour le nouveau-né de la prise d’opioïdes par la femme allaitante reste un sujet de débat.

Une équipe canadienne publie les résultats d’une étude de cohorte s’étalant sur 8 ans et portant sur plus de 800 000 mères et leurs nouveau-nés après la sortie de maternité. Chaque mère allaitante ayant reçu une prescription d’opioïde dans les 7 jours suivant sa sortie (n = 85 675) était « appariée » avec une mère n’en ayant pas reçu. Le critère principal d’évaluation était la ré-hospitalisation de l’enfant, toutes raisons confondues, dans les 30 jours suivant la prescription d’opioïde à sa mère. Les critères secondaires étaient toute visite aux urgences, l’hospitalisation pour une blessure, l’admission en unité de soins intensifs, l’admission avec réanimation et décès toutes causes. `

Pas plus de risque d’hospitalisation après la naissance

Les raisons de la prescription des opioïdes/opiacés étaient le plus souvent l’existence de douleurs à la suite d’une césarienne. Il s’agissait principalement d’oxycodone (42,0 %), de morphine (19,3 %), de codéine (19,9 %) et d’hydromorphone (12,0 %). Les types d’opioïdes/opiacés dispensés varient au fil du temps, entre 2010 et 2020, avec une tendance à la réduction des prescriptions de codéine et l’augmentation de celles d’oxycodone, de morphine et d’hydromorphone.

Les données montrent que les enfants de mères prenant des opioïdes pendant l’allaitement n’ont pas un risque supérieur d’être réhospitalisés rapidement après la naissance, en comparaison avec les nouveau-nés de mère ne prenant pas d’opioïdes. Les premiers semblent toutefois avoir un risque marginalement augmenté de consultations aux urgences, mais sans différence significative en termes de problème de santé et aucun décès.

Ne pas occulter le risque pour la mère

Les auteurs ajoutent que ces données ne doivent pas être vues comme un blanc-seing à l’usage des opioïdes en post-partum. La question du risque pour l’enfant de l’usage d’opioïdes par la mère allaitante a pu occulter quelque peu le risque plus probable encouru par la mère elle-même. Si un traitement antalgique en post-partum est nécessaire et que d’autres analgésiques ne sont pas recommandés, les praticiens doivent rester prudents quand ils introduisent les opioïdes après l’accouchement. Des études observationnelles ont identifié des effets indésirables importants associés à un nouvel usage d’opioïde, désormais reconnus, incluant une utilisation persistante 1 an après l’accouchement, des overdoses et des décès. Bien que rares, ces effets sont graves et ont aussi un impact sur la santé de l’enfant.

Pour les auteurs, les opioïdes après l’accouchement présentent certes des risques, mais ceux-ci concernent à la fois les mères et les nouveau-nés et non pas seulement les nouveau-nés.

Rappelons pour finir les préconisations du CRAT (Centre de Référence sur les Agents Tératogènes), mises à jour en juillet 2022, qui recommandent la prudence envers le tramadol au-delà des 4 premiers jours, d’éviter la codéine pendant les 2 semaines suivant l’accouchement et de suspendre l’allaitement si un opioïde mixte ou fort (palier 3) est nécessaire au-delà des 3 premiers jours (https://lecrat.fr/spip.php?page=article&id_article=853)


Dr Roseline Péluchon

Références
Zipursky S. et coll. : Maternal opioid treatment after delivery and risk of adverse infant outcomes: population based cohort study
BMJ2023;380:e074005. doi.org/10.1136/bmj-2022-074005

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