Dites bonjour au psychiatre…mais attention à la stigmatisation !

Évoquer la stigmatisation des malades mentaux est devenu, hélas, tristement banal. Mais comme le résume l’expression paradoxale « Plus ça change, plus c’est la même chose » prise pour titre (en français dans le texte) par un collaborateur du British Journal of Psychiatry dans un article d’histoire de la psychiatrie, parfois rien ne change vraiment au fil des siècles... Et en l’occurrence, la stigmatisation demeure. L’auteur rappelle que si « le Collège royal des psychiatres (britanniques) et des membres de la famille royale (du Royaume-Uni) » s’efforcent de réduire cette stigmatisation à l’encontre des patients, ce problème peut concerner aussi les psychiatres eux-mêmes !

Esquirol, traité comme un paria

Exemple historique avec le célèbre Jean-Étienne Dominique Esquirol (1772–1840), « élève préféré » de Philippe Pinel (1745–1826). Fondateur d’un « asile privé », Esquirol succéda ultérieurement à Pinel à l’hôpital de la Salpêtrière. S’appuyant sur une source de la fin du XIXème siècle (l’ouvrage de René Semelaigne[1], Les grands aliénistes français, publié en 1894), l’auteur précise qu’Esquirol « nourrissait une tristesse secrète » car ses anciens patients ou l’entourage de ces personnes « l’évitaient en public », par peur d’être stigmatisés à son contact : « Connaître un médecin qui soignait des malades mentaux, lui parler, semblait pour beaucoup de gens admettre qu’ils avaient eu recours à ses soins », c’est-à-dire laisser entendre à la cantonade qu’eux-mêmes ou certains de leurs proches avaient été concernés par la maladie mentale.

Profession fatale

Paraissant absolument « honteuse » à beaucoup, cette information ne souffrait ainsi d’aucune publicité, y compris le simple fait de saluer le médecin aliéniste devant des tiers : « Les gens se font honneur de ne pas me reconnaître » expliquait Esquirol, « surtout ceux dont je détiens les secrets me traitent comme un paria et ont besoin d’obscurité ou d’être à huis clos pour me serrer la main. » Pour Esquirol, un « cœur tendre et sensible », cette indifférence apparente de ses patients représentait une telle source de « souffrance » qu’il n’hésitait pas à qualifier son métier d’aliéniste de « profession fatale. »

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Rene_Semelaigne

Dr Alain Cohen

Référence
Wilson S : Plus ça change, plus c’est la même chose. Br J Psychiatry, 2021; 218: 209.

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Vos réactions (1)

  • Aujourd'hui encore…

    Le 04 mai 2021

    En tant que psychiatre, je n'ai jamais salué en premier mes patients dans la rue. Quand certains s'en offusquaient, je leur expliquais que je ne souhaitais pas qu'il me soit reproché de les désigner comme patient. Par ailleurs, j'ai été plutôt gêné quand une patiente en état maniaque a hurlé à la caisse d'un supermarché rempli un samedi « c'est mon psychiatre ! ».

    Dr EB

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