Dosage des IgG spécifiques et intolérances alimentaires : démêler le vrai du faux

Les intolérances alimentaires sont très à la mode comme le reflète le grand nombre d’articles sur le sujet dans la presse grand public, notamment en ce qui concerne le gluten et le lait mais pas que. Quoi qu’il en soit, on veut absolument pouvoir confirmer le diagnostic.

Mais comment le faire simplement ? Certains pensent que trouver des IgG dirigés contre les aliments est LA preuve diagnostique par excellence. Non s’indignent les auteurs de cet article au titre volontiers provocateur, rédigé conjointement avec le groupe de travail de biologie de l’allergologie de la Société française d’allergologie. Ils ont fait la revue de la littérature sur le bien-fondé de ces analyses suggérant la validité du dosage des IgG anti-aliments pour le diagnostic d’intolérance alimentaire.

Cependant, la positivité des IgG anti-aliment notamment le gluten et le lait conduit souvent à l’éviction des aliments concernés et les signes fonctionnels s’en trouvent dès lors améliorés. D’où un raccourci rapide, trop rapide d’un lien de cause à effet.

Les IgG anti-aliments sont physiologiquement présentes

Le production d’IgG anti-aliments est physiologique dans la majorité des cas. Elle peut être plus importante en cas de trouble de la perméabilité intestinale secondaire à une maladie inflammatoire aiguë de l’intestin, telle qu’une gastro-entérite infectieuse. Leur augmentation n’est cependant pas synonyme de pathologie.

Les études sur la présence des IgG anti-aliments chez les sujets sains sont rares. Une d’entre elles, réalisée en Chine, a montré leur présence chez 46 % des sujets sains (n = 1 568).

De plus, on parle d’intolérance à IgG. Mais les intolérances sont par définition non immunologiques, d’où un non-sens. Actuellement, il n’a pas été prouvé que les aliments pouvaient déclencher par un mécanisme immuno-pathologique relevant d’une hypersensibilité de type III (allergie IgG-dépendante) des pathologies digestives, rhumatismales, cutanées, psychiatriques ou générales.

Alors comment expliquer que les patients se disent améliorés après éviction de certains aliments ?

L’amélioration clinique après exclusion du lait et du blé le plus souvent, peut être due à d’autres causes notamment une intolérance aux FODMAPs (Fermentable Oligosaccharides, Disaccharides, Monosaccharides And Polyols) présents dans de nombreux aliments d’origine végétales et animales qui entraînent la prolifération colique anormale d’une flore intestinale fermentative dégradant les oligosaccharides non digestibles.

De plus, le changement d’alimentation s’accompagne souvent de l’élimination d’autres aliments potentiellement responsables d’intolérance : alimentation riche en histamine ou en tyramine (certains fromages, conserves, charcuteries, vins…), aliments histamino libérateurs (chocolat, fraises, tomates…) ou de certains additifs alimentaires (sulfites, salicylates, benzoates, xylitol, inuline, gomme de guar, carraghénane, …). L’interrogatoire suffit alors.

Quelles analyses faire ?

Les données actuelles de la littérature ne permettent pas de conclure quant à l’intérêt du dosage des IgG anti-aliments pour guider les régimes d’éviction des patients souffrant du syndrome de l’intestin irritable. En revanche, il existe des tests validés pouvant faire le diagnostic d’intolérance notamment pour le lait.

Le test de référence reste le test à l’hydrogène. Après une dose de charge, l’hydrogène de l’air expiré est mesuré. Plus simple en terme de réalisation, on peut faire un test au lactose. La glycémie est mesurée après ingestion de 50 g de lactose. En cas d’intolérance, le lactose n’est pas transformé et est éliminé dans les selles avec accumulation de gaz et d’acides organiques.

Pour le gluten, il faut rappeler qu’à l’heure actuelle, il n’existe pas de test pour le NCGS (sensibilité au gluten non cæliaque). Il faut également éliminer la possibilité d’une maladie cæliaque par la recherche d’anticorps anti transglutaminase.

Au final, le dosage des IgG anti-aliments n’a pas prouvé son intérêt dans les intolérances alimentaires et l’interprétation n’en est pas validée. Leur positivité entraîne généralement une éviction non justifiée de plusieurs aliments pouvant provoquer des carences nutritionnelles et retarder un diagnostic.

Un bon interrogatoire, des tests biologiques validés et des conseils alimentaires sont à préférer.

Dr Sylvie Coito

Référence
Chabane H et coll. : IgG anti-aliments : mise en garde contre des dosages inutiles, voire dangereux. Feuillets de biologie, 2018 ; 341.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (2)

  • Commentaire linguistique

    Le 13 avril 2018

    Je réagis non sur le fond mais sur la forme.
    De grâce, évitez les formules du type "mais pas que" .
    En français, on dit "pas seulement".
    J'en profite, bien qu'il n'en soit pas mentionnées dans l'article, pour refuser les formulations du style "sur le pourquoi" ou"sur le comment".
    Nous avons déjà assez de franglais pour ne pas abîmer notre langue

    Pr André Muller

  • Un test très simple

    Le 25 avril 2018

    Il est triste de lire dans cet article : "Le lactose n'est pas transformé et est éliminé dans les selles avec accumulation de gaz et d'acides organiques". Le lactose est un sucre et pas un gaz ! Comment l'auteur explique le test au lactose ? Tous les adultes asiatiques et africains et 10 à 15 % des européens n'ont pas de lactase. Le lactose arrive don inchangé dans le colon où il est soumis à une digestion anaérobie produisant de l'hydrogène et de l'acide lactique. Celui-ci entraîne un appel d'eau qui provoque de la diarrhée. Le test au lactose est excellent, mais il existe un moyen très simple. Vous demandez au patient d'aller acheter une boîte de lait écrémé en poudre. Il remplit un grand verre de poudre et d'eau. Il peut le parfumer avec de café, du cacao ou un sirop et il avale cela à jeun. S'il n'a pas la diarrhée, il y a peu de chances qu'il ait un déficit en lactase. A noter que chez ceux qui ont un déficit en lactase, le lactose est un excellent laxatif bon marché.

    Quant aux soi-disant "allergies au gluten", il s'agit d'une vaste fumisterie inventée par des firmes pour vendre des produits sur lesquels elles font de copieux bénéfices. Quand on connaît les difficultés d'un régime sans gluten chez les patients ayant une maladie cœliaque, on peut être assuré que ces soi-disant allergiques avalent du gluten toute la journée.

    Rappelons que le choc anaphylactique n'est pas un phénomène allergique. Il est provoqué par un produit de dégradation du complément qui entraîne une dilatation brutale du réseau artériel. Le seul traitement consiste à administrer en urgence de l'adrénaline par n'importe quelle voie.

    Dr Guy Roche, ancien interniste




Réagir à cet article