Epidémiologie de la coqueluche : des stratégies vaccinales à revoir ?

L’incidence de la coqueluche est en augmentation, en particulier pour les petits nourrissons qui n’ont encore pu bénéficier de la vaccination. Dans les années 90, le vaccin cellulaire total a été remplacé par le vaccin acellulaire (VaC). L’apparition de plusieurs poussées épidémiques a conduit à repenser la stratégie vaccinale.

En Californie, deux épidémies sont survenues en 2010 et 2014, avec plus de 9 000 et plus de 11 000 cas rapportés. Après 2010, le rappel avec une dose de VaCa été rendu obligatoire pour tous les écoliers. En 2013, le comité de vaccination a recommandé une injection de VaC à chaque grossesse entre 27 et 36 semaines dans le but de protéger les nourrissons jusqu’à 6 mois par transfert trans-placentaire d’anticorps. Avant, le taux de couverture était inférieur à 10 %, en 2014, il était de 45 % puis estimé à 80 % pour les adhérents de l’assureur Kaiser. Pendant ce temps, les taux de couverture des enfants de 7 mois à 4-6 ans sont restés stables et ont augmenté de 2010 à 2014 de 71 % à 88 % pour les 13 à 17 ans.

Diminution de l’incidence chez les nourrissons mais augmentation chez les adolescents

Le département de santé publique de Californie a comparé l’incidence de la coqueluche par tranche d’âge pour les personnes de moins de 20 ans, à partir des cas déclarés, afin de déceler toute modification entre les deux épidémies qui pourrait être attribuée à des changements de la politique vaccinale. Pendant les deux années 2010 et 2014, le taux d’incidence le plus élevé a été observé chez les nourrissons de moins de 6 mois : en 2010, entre 400 et 600/100 000 et en 2014 entre 280 et 320/105 selon l’âge en mois, donc une baisse significative (risque relatif [RR] 0,58 intervalle de confiance à 95 % [IC 0,53-0,63). L’incidence est restée stable pour les enfants de 7 mois à moins de 12 ans, de l’ordre de 80 à 120/105 selon l’âge (RR 1,1 IC 0,5-1,3). Les adolescents de 12 à 18 ans ont été l’objet d’une augmentation significative des cas de coqueluche en 2014 comparé à 2010, supérieur à 100 cas/105 avec les taux les plus élevés à 14-16 ans (RR 6,5 IC 5,4-7,8). Au total, la réduction de l’ordre de 42 % de l’incidence de la coqueluche entre 2010 et 2014 chez les nourrissons de moins de 6 mois suggère que l’augmentation du taux de couverture vaccinale pendant la grossesse a joué un rôle. L’excès du nombre de cas observés en 2014 comparé à 2010 a concerné presque exclusivement la tranche d’âge des 12-17 ans faisant évoquer une baisse de l’immunité apportée par le vaccin anti-coqueluche.

L’augmentation d’incidence de la coqueluche chez les adolescents de 2010 à 2014 n’a pas reçu d’explication claire. Les auteurs évoquent la possibilité d’une plus grande circulation de B. pertussis et d’une moins bonne immunité avec le vaccin acellulaire.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Winter K et coll. Pertussis in California: A tale of 2 epidemics. Pediatr Infect Dis J., 2018; 37: 324-328

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