Et si l’on vaccinait les femmes enceintes contre la coqueluche ?

La coqueluche due à Bordetella pertussis demeure d’actualité. La maladie est particulièrement sévère chez les nourrissons. L’efficacité de la vaccination est incomplète car l’infection peut survenir avant la première injection par transmission de l’entourage non immunisé. La surveillance des cas déclarés permet d’adapter les recommandations sur la stratégie vaccinale des femmes enceintes et des contacts des nourrissons.

En Suisse, un réseau de surveillance national inclut tous les cas prouvés déclarés avant 16 ans dans les services de pédiatrie. Depuis 2013, les recommandations comportent un rappel de vaccin pour les adolescents et les jeunes adultes en contact proche avec un nourrisson de moins de 6 mois et pour toutes les femmes enceintes quel que soit leur statut vaccinal antérieur. Un rapport montre l’évolution des cas déclarés de 2013 à 2019 dans les 33 hôpitaux ou unités pédiatriques du pays. Pendant cette période, 213 enfants ont été hospitalisés (filles 43 %). Le diagnostic de coqueluche a été confirmé par la biologie 208 fois (98 %) : PCR (n = 203), culture (n = 5) ; 187 fois (88 %), la clinique était typique (dont les 5 cas sans confirmation biologique) par la durée de la toux ≥ 14 jours avec quintes et vomissements ou apnées avant 12 mois.

Baisse du nombre de cas de coqueluche en Suisse depuis la mise en place de nouvelles stratégies vaccinales  

Pendant la période d’observation, le nombre de cas a baissé de 51 (24 %) en 2013 à 14 (7 %) en 2019 malgré une légère reprise en 2016-2017, parallèle à celle constatée pour les enfants non hospitalisés. Le taux moyen d’hospitalisations annuelles avant 16 ans était de 3,9/105 enfants en 2013 et de 1/105 en 2019 mais de 55,3 /105 nourrissons en 2013 et de 13,9/105 en 2018. La majorité des patients hospitalisés étaient des enfants de moins de 6 mois (n = 168, 79 %) dont 83 (39 %) < 2 mois y compris 6 prématurés. Le délai moyen à partir des premiers signes était de 10,7 jours et même 5,4 jours pour les nouveau-nés. Le premier motif d’hospitalisation était la sévérité de la toux. La grande majorité des patients (85 %) avaient présenté au moins une complication, cyanose et dyspnée (> 50 %) particulièrement les nourrissons ; les pneumonies, convulsions et encéphalopathies étaient rares (< 5 %) ; 52 % des nouveau-nés ont été en soins intensifs. Trois enfants sont décédés de pneumonie et encéphalopathie, 2 nouveau-nés dont la mère n’avait pas été vaccinée pendant la grossesse et un de 18 mois non vacciné. Le taux de mortalité a été de 1,4 % et de 8,7 % des nouveau-nés.

Tous les patients sauf 5 ont été traités par clarithromycine ou azithromycine. La durée moyenne de l’hospitalisation a été de 8 jours (2-47), 14 pour les nouveau-nés. Seulement 4 des 168 mères des enfants de moins de 6 mois avaient été vaccinées pendant la grossesse et 14 (12 %) des 112 patients avec certificat de vaccination avaient eu une vaccination complète et étaient à jour sur le calendrier.

En conclusion, malgré une baisse des cas liée à l’immunisation pendant la grossesse, le contrôle de la maladie demeure imparfait plus par défaut de vaccination que par défaut du vaccin. On attend toujours en France les recommandations pour la vaccination des femmes enceintes comme dans d’autres pays.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Zumstein J et coll. : Clinical and epidemiologic characteristics of pertussis in hospitalized children: a prospective and standardized long-term surveillance study. Pediatr Infect Dis J., 2021; 40: 22-25

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Vos réactions (3)

  • La France en retard

    Le 11 janvier 2021

    Nous sommes heureusement quelques-uns (mais bien trop peu) à le faire déjà, comme la majorité des praticiens dans les pays vraiment évolués, sans tenir compte de l'attitude coupablement frileuse des autorités de santé françaises.
    Depuis bien longtemps, la France a un grave problème avec les vaccins.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Femmes enceintes, pas de vaccins !

    Le 12 janvier 2021

    Décidément, les accidents dus aux vaccins, surtout chez les femmes enceintes, ont la mémoire courte. Je rappelle les faits: le vaccin anti-coqueluche donne de piètres résultats, au Brésil malgré une couverture supérieure à 96%, l'incidence de cette maladie est passée de 7 cas par million d'hab en 1996/2010 jusqu'à 33 cas en 2011/2013 d'où décision des autorités de Santé de commander 3 millions de doses de Vaccin DTCoq GSK et de vacciner toutes les femmes enceintes à compter de fin Nov 2014 (directive 22 pages Mtère Santé de sept 2014) entre la 20è semaine et 20 jours de l'accouchement. S'en est suivie au printemps 2015 une épidémie de naissances de BB microcéphales (j'ai stoppé la comptabilité à 8000), notamment dans la région du Nordeste (Recife), la première à inaugurer le cadeau empoisonné... Depuis plus de nouvelles... continue-t-on à vacciner ? pratique-t-on des IMG en cas de problèmes ? Si vous avez des infos, merci.

    Serge Rader (pharmacien)

  • Radier Rader ?

    Le 15 janvier 2021

    C'est bizarre, 2015 est justement l'année du début de l'épidémie de Zika au Brésil ; et qu'a provoqué le Zika chez de nombreuses femmes enceintes ?... Soyons un peu sérieux, n'attribuons pas au chat noir qui vient de passer la responsabilité de notre chute sur le trottoir... juste parce que l'on n'aime pas les chats noirs.
    On se prend parfois à rêver que le JIM fasse avec Mr Rader, notre antivax récurent, comme les réseaux sociaux avec Trump...

    Dr Blandine Courtot

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