Et voici pourquoi il faut vacciner (aussi) les garçons contre le papillomavirus

L’infection à papillomavirus humain (HPV) est l'infection virale sexuellement transmissible la plus fréquente dans le monde. Le HPV est une famille de virus comprenant plus de 200 types différents, parmi lesquels au moins 12 types sont considérés comme oncogènes. La grande majorité des hommes et des femmes sexuellement actifs seront confrontés à une infection génitale à HPV au moins une fois dans leur vie.

La plupart des infections à HPV sont asymptomatiques, mais elles peuvent avoir des complications à long terme, parfois mortelles. Chaque année, le cancer du col de l'utérus, lié au HPV, est responsable du décès de plus de 340 000 femmes à travers le monde. Pourtant, l'infection à HPV ne touche pas uniquement les femmes : chez les hommes, elle peut se manifester cliniquement sous forme de verrues anogénitales. De plus, elle est associée à divers types de cancer, tels que ceux du pénis, de l'anus et de l'oropharynx.

Le Centre internationale de Recherche sur le Cancer (CIRC) a estimé qu'en 2018, environ 69 400 cas de cancer chez les hommes étaient causés par le HPV. Cependant, il y a moins de données épidémiologiques disponibles sur la prévalence du HPV chez les hommes par rapport aux femmes. La majorité des études antérieures se sont principalement concentrées sur les femmes, laissant un manque d'informations précises concernant la prévalence du HPV chez les hommes, en particulier dans la population générale.

Dans cette optique, une revue systématique et une méta-analyse ont été réalisées afin d'examiner la prévalence mondiale, les types spécifiques de HPV et la prévalence de l'ADN du HPV génital en fonction de l'âge chez les hommes avant la généralisation de la vaccination contre le HPV. Les objectifs de cette étude étaient multiples : mieux comprendre la charge de la maladie, évaluer le risque de transmission entre les sexes, ainsi que soutenir la mise en place et l'évaluation de programmes de prévention et d'élimination du cancer du col de l'utérus.

La méthodologie adoptée a suivi les directives PRISMA (Preferred Reporting Items for Systematic Reviews and Meta-Analyses) et GATHER (Guidelines for Accurate and Transparent Health Estimates Reporting). Les chercheurs ont effectué des recherches dans des bases de données médicales, telles qu'Embase, Ovid MEDLINE et le Global Index Medicus, pour identifier des études pertinentes publiées entre le 1er janvier 1995 et le 1er juin 2022.

Les critères d'inclusion exigeaient dans chaque étude un échantillon d'au moins 50 hommes âgés de 15 ans ou plus, sans pathologie associée au HPV. Des techniques de détection de l'ADN de l'HPV par PCR ou capture hybride 2 devaient avoir été utilisées et les échantillons devaient provenir de sites anaux ou génitaux masculins.

Les données ont été extraites, les divergences résolues par consensus, et les informations provenant de plusieurs publications ont été combinées. Les données ont été analysées par groupes d'âge et par régions géographiques. La qualité des études a été évaluée en fonction du risque de biais et des modèles statistiques ont été employés pour combiner les estimations de prévalence. Les analyses ont été réalisées avec le logiciel Stata (version 16).

Une prévalence globale de 31 % pour tous les types de HPV

Après avoir identifié 5 685 publications, 65 études ont été incluses. Ces études englobaient des données provenant de 44 769 hommes issus de 35 pays différents.

La prévalence globale estimée du HPV chez les hommes est de 31 % (intervalle de confiance à 95 % IC 27–35) pour tous les types de HPV confondus, et de 21 % (18–24) pour les types de HPV à haut risque. Parmi les types de HPV, le HPV-16 est le plus dominant (5 %, IC 4–7), suivi par le HPV-6 (4 %, 3–5). L'analyse selon les groupes d'âge révèle des prévalences élevées chez les jeunes adultes, avec un niveau élevé maintenu tout au long de la vie adulte. Les régions ayant les prévalences les plus élevées sont l'Afrique subsaharienne et l'Europe/Amérique du Nord.

Il est important de noter que cette étude présente certaines limites qui doivent être prises en compte lors de l'interprétation de ses résultats. Tout d'abord, la majorité des études disponibles portaient sur des populations à risque accru d'infection à HPV, ce qui peut entraîner un biais de sélection. Par conséquent, les résultats pourraient ne pas être représentatifs de la population générale des hommes sexuellement actifs.

De plus, le nombre d'études incluses dans certaines régions du monde était limité, ce qui peut avoir un impact sur la représentativité des résultats régionaux. Un autre facteur limitant est que la plupart des études ont été menées avant la mise en place généralisée de la vaccination contre le HPV. Par conséquent, les résultats ne reflètent pas pleinement l'effet potentiel de la vaccination sur la prévalence du HPV chez les hommes.

Cette étude comble un vide dans la recherche épidémiologique en fournissant des estimations de la prévalence du HPV chez les hommes à travers le monde. Les résultats mettent en évidence l'importance de la vaccination contre le HPV pour les adolescents masculins, en plus des filles et des jeunes femmes, dans le cadre de la lutte contre les infections sexuellement transmissibles et des efforts visant à réduire les risques de séquelles et de transmission.

Dr Alessia Melzani

Référence
Bruni L et coll. : Global and regional estimates of genital human papillomavirus prevalence among men: a systematic review and meta-analysis. Lancet Global Health, 2023 Sep;11(9):e1345-e1362 ; doi.org/10.1016/S2214-109X(23)00305-4

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Vos réactions (3)

  • Il faut...

    Le 07 septembre 2023

    Il faut vacciner est le titre et la conclusion...alors que vous soulignez à juste titre les limites des études concernant la prévalence, et qu'on n'évoque encore moins dans votre papier l'efficacité du vaccin ou ses effets secondaires...de la mesure et de la rigueur scientifique seraient les bienvenus !

    Dr M Monreal

  • Bis répétita : Quid de la circoncision ?

    Le 08 septembre 2023

    Ce travail a déjà été revu dans le JIM (17/08/2023) avec un titre alors plus neutre et factuel : « Un homme sur trois serait porteur du papillomavirus humain ». L’actualité sur la vaccination des garçons « en 5ème » peut être une explication de ce doublon.
    L’analyse du Dr A Melzani nous propose ici une démonstration par l’hypothèse et je rejoins le commentaire du Dr M Monreal. Je me permets donc de développer à nouveau :
    Méta-analyse* qui porte exclusivement sur le garçon après 15 ans. Un résumé en français est disponible (non soumis à revue lui) :
    https://www.thelancet.com/cms/10.1016/S2214-109X(23)00305-4/attachment/4e6b3a56-6b9f-420a-bd1a-2cd242b25e81/mmc2.pdf
    Des causes de biais sont éliminées dans les critères d’exclusion afin de ne pas :
    • Surévaluer la prévalence du portage ano et/ou génital : populations à risque HPV (une première) ou Symptomatiques
    • La sous - évaluer : Etudes se limitant à une population circoncise ou vaccinée
    Après 15 ans : 1/3 portage global – 1/5 portage à haut risque (HR) oncogène.
    La prévalence 2 fois moindre en Asie, déjà notée chez la femme, est un mystère.

    Point important, les auteurs ne peuvent pas évaluer l’influence de la circoncision sur la prévalence : ce paramètre n’est stratifié que dans 26 des 65 études incluses.
    Son rôle protecteur vient d’être confirmé**.

    Utiliser (fusse sur X) ces données pour argumenter du bienfondé vaccinal chez le garçon « en 5ème » peut sembler un sacré raccourci.

    Qu’en est -il du portage avant 15 ans ? : "moindre".
    Dans un travail autrichien sur 50 pièces de posthectomies pour phimosis*** : 12 % en aire pré-vaccinale (2011-2012)
    • 50 garçons âgés de 5 mois à 15 ans (5,5 ans)
    • 12% : toujours à HR oncogène : HPV 16, indépendant de l’âge et de la sévérité du phimosis

    Une métaanalyse pédiatrique**** (8 études – 556 posthéctomies) :
    Prévalence globale (17.3, 95 % CI : 0.8–46.3) – HR (12.1, 9 5% CI : 0.9–31.5) avec ainsi une grande dispersion.

    Ceci rappelle la possibilité de contaminations non sexuelles, horizontales comme verticales.
    La primauté de la vaccination vs la posthectomie (« vaccination chirurgicale ») reste sujet à débats, faute de documents.

    Question clef qui me semble sans réponse (f)actuelle :
    Le bénéfice vaccinal attendu chez l’enfant circoncis vs non circoncis : La stratification sera (à nouveau) la clef pour prouver le bénéfice vaccinal sur le portage chez le garçon (« en 5ième » ou pas). Une évaluation difficile au grés des cultures, des adhésions vaccinales, des valences …et des prélèvements.

    Reste enfin à indiquer la bonne tolérance*****(16-26 ans - Quadrivalent) qui ne constitue pas en soi un argumentaire convainquant pour l’indication.

    *Bruni L et coll. Global and regional estimates of genital human papillomavirus prevalence among men: a systematic review and meta-analysis. Lancet Glob Health. 2023 Sep ;11(9):e1345-e1362. doi: 10.1016/S2214-109X(23)00305-4

    **Shapiro SB et coll. Association between male circumcision and human papillomavirus infection in males and females: a systematic review, meta-analysis, and meta-regression. Clin Microbiol Infect. 2023 Aug;29(8):968-978.
    doi: 10.1016/j.cmi.2023.03.028

    *** de Martino M et coll. High-risk human papilloma virus infection of the foreskin in asymptomatic boys. Urology. 2013 Apr ;81(4):869-72. doi: 10.1016/j.urology.2012.12.011

    ****Lee B et coll. HPV prevalence in the foreskins of asymptomatic healthy infants and children: Systematic review and meta-analysis. Sci Rep. 2017 Aug 1;7(1):7050. doi: 10.1038/s41598-017-07506-z

    *****Goldstone SE et coll. Efficacy, immunogenicity, and safety of a quadrivalent HPV vaccine in men: results of an open-label, long-term extension of a randomised, placebo-controlled, phase 3 trial. Lancet Infect Dis. 2022 Mar ;22(3):413-425. doi: 10.1016/S1473-3099(21)00327-3

    Dr JP Bonnet

  • Infection par HPV

    Le 03 octobre 2023

    J'ai eu une femme de ménage infectée. Traitée elle était réinfectée par son mari.
    De mémoire c'est un risque de cancer de l'utérus.

    P. Hirsch

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