Et voilà pourquoi vous êtes hypertendu !

L’hypertension artérielle est un facteur de risque majeur de survenue d’une maladie cardiovasculaire (MCV) et de mortalité. Ses déterminants restent imparfaitement connus qu’ils soient liés à des facteurs génétiques ou environnementaux, la situation étant d’autant plus complexe que toutes les interactions entre ces derniers sont possibles. La randomisation mendélienne peut aider à faire la part des choses, comme en témoignent les résultats d’une étude récemment publiée dans la revue Hypertension.

L’objectif était de rechercher un lien de causalité vraisemblable entre l’hypertension artérielle et, d’une part dix-huit facteurs de risque cardiovasculaire avérés ou probables, d’autre part, des comportements participant à l’hygiène de vie.

Les études pangénomiques européennes (European-descent genome-wide association studies) ont permis de sélectionner des variants génétiques significativement associés aux variables suivantes tant qualitatives que quantitative : diabète de type 2, glycémie à jeun, profil lipidique, indice de masse corporelle (IMC), tabagisme, consommation d’alcool et de café, activité physique, durée du sommeil, insomnie et niveau d’éducation.

Lien de causalité entre risque d’HTA, profil lipidique, dépendance à l’alcool, insomnie…

Les associations génétiques entre ces variants et HTA ont été extraites de deux cohortes européennes : (1) la FinnGen Study (15 870 cas et 74 345 témoins) ; (2) l’UK Biobank (54 358 cas et 408 652 témoins). L’analyse des données a principalement reposé sur la méthode de pondération inverse de la variance. Chaque variable aléatoire est de fait pondérée en proportion inverse de sa variance, de manière proportionnelle à sa précision.

Quatre variables génétiquement déterminées ont été associées à un risque élevé d’HTA : (1) concentrations plasmatiques de triglycérides (odds ratio poolé [OR] par déviation standard [DS], 1,17 [1,10-1,25]) ; (2) IMC (OR par DS, 1,42 [1,37-1,48]) ; (3) dépendance à l’alcool (OR, 1,10 [1,06-1,13]) ; (4) insomnie (OR, 1,17 [1,13-1,20]). Deux variables de même nature ont été associées à un moindre risque d’HTA : (1) concentrations plasmatiques de HDL-cholestérol (OR par DS, 0,88 [0,83-0,94]) ; (2) niveau d’éducation (OR par DS, 0,56 [0,54-0,59]).

D’autres variables semblent intervenir mais de manière moins probante qu’il s’agisse du diabète ou encore de la précocité du tabagisme ou de la dépendance à l’alcool, lesquels majorent le risque d’HTA, à l’inverse de la durée du sommeil qui le diminue, dès lors qu’elle se situe dans les valeurs élevées. 

Cette étude par randomisation mendélienne plaide en faveur d’un lien de causalité entre le risque d’HTA et plusieurs variables en partie génétiquement déterminées : taux de HDL-C et de triglycérides, IMC, dépendance à l’alcool, insomnie ou encore niveau d’éducation. A confirmer par d’autres études méthodologiquement proches.

Dr Philippe Tellier

Référence
Van Oort S et coll. : Association of Cardiovascular Risk Factors and Lifestyle Behaviors With Hypertension: A Mendelian Randomization Study. Hypertension. 2020;76(6):1971-1979. doi: 10.1161/HYPERTENSIONAHA.120.15761.

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Vos réactions (2)

  • Métanalyse sans résultat

    Le 04 avril 2021

    Cette étude n'apporte strictement rien à ce qu'on savait déjà...Le surpoids-obésité et le diabète gras sont de gros pourvoyeurs...notre hygiène de vie est en cause, mais n'oublions pas que beaucoup d'hypertensions "essentielles" sont héréditaires, surviennent précocement chez des gens sans diabète ni surpoids et n'ont toujours pas d'explication causale réelle.

    Dr Astrid Wilk

  • Cette mode des métanalyses va donc enfin cesser ?

    Le 05 avril 2021

    "Et voilà pourquoi votre sœur est muette". Déjà Molière s'était moqué de ces savants dans Sganarelle. A la suite d'un long raisonnement il nous sort une pseudo-vérité qui fait du surplace.

    Cette mode des métanalyses va donc enfin cesser ?

    Il suffit souvent d'une observation inattendue suivie d'une longue réflexion d'un seul homme pour faire jaillir un eurêka en médecine comme ailleurs. Astrid a raison de se fâcher.

    Dr Jean Doremieux

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