Fièvre de l’or et mal chronique des montagnes dans la ville la plus haute du monde …

Le mal chronique des montagnes (MCM), différent dans sa physiopathologie de sa forme aiguë, associe une polycythémie et des symptômes cliniques liés à l’hyperviscosité sanguine. Le taux d’hémoglobine et l’hématocrite augmentent progressivement pour accroître le transport d’oxygène du fait de l’hypoxémie. Une hypoventilation réactionnelle à la majoration de la capacité de transport de l’oxygène causée par l’augmentation importante du nombre de globules rouges pourrait constituer un véritable cercle « visqueux » entretenant la production de ceux-ci, comme le note avec humour l’éditorialiste de Chest en charge de la présentation de ce travail (1). Le taux maximal d’hémoglobine rapporté dans la littérature est de 30,1 g/dL soit un hématocrite de 91 % !

La prévalence du MCM est plus importante dans les Andes où elle touche 5 à 33 % de la population. La Rinconada (LR) est située au Pérou, à 5 100 m d’altitude moyenne. La population (60 000 habitants) a plus que doublé en 25 ans du fait de l’exploitation de mines d’or. Un travail (2) mené par Samuel Vergès (INSERM Grenoble) permet d’approfondir nos connaissances sur le MCM. C’est la première étude longitudinale explorant prospectivement chez des résidents de la ville depuis au moins 1 an les relations entre l’augmentation de l’hématocrite (AH) liée à la polycythémie et le MCM selon la durée de séjour à LR.

Une augmentation de l’hématocrite dès la première année

Le suivi a concerné 90 sujets examinés annuellement pendant 10 à 14 ans. La médiane d’âge [intervalle de confiance à 95 %] était 29 [24-41] ans. Le tabagisme n’était pas renseigné, de même que le poids ou d’éventuels antécédents cardiorespiratoires. Une AH atteignant au moins 63 % était observée chez 76 % [67-84] des sujets. Le score de Qinghai (SQ) qui évalue les symptômes cliniques de MCM (cyanose, dyspnée, céphalées, anomalies du sommeil, dilatation veineuse, acouphènes, paresthésie) a été recueilli. Le diagnostic de MCM était porté si le SQ était > 5 avec un hématocrite d’au moins 63 %.

Les principaux résultats sont les suivants : l’AH était régulière dès la 1ère année de 66,5 ± 6,9 % à 68,4 ± 5,7 % au bout de 14 ans (p < 0,001) ; la SpO2 diminuait de 82,6 ± 2,1 % à 81,9 ± 2,1 % (p < 0,001) mais seulement à partir de la 6e année. Cette variation est assez faible et surtout en décalage avec l’AH ce qui remet en question la physiopathologie de la liaison entre hypoxémie et AH. Le SQ diminuait de 1,9 ± 1,3 à 1,6 ± 1,1 jusqu’à la 6e année puis augmentait régulièrement jusqu’à 2,4 ± 1,2 à la 10e année. En début d’étude 31 % des sujets souffraient d’un MCM. L’incidence cumulée en fin d’étude atteignait environ 50 % des sujets après une relative stagnation jusqu’à la 7e année.

L’analyse par modèle linéaire à effet mixte a montré une relation indépendante entre l’AH qui était significativement liée à la SpO2 (−0,12 [−0,08 - −0,16], p < 0,001), au SQ (0,15 [0,09 - 0,22], p < 0,001) et au nombre d’années de suivi (0,12 [0,11 - 0,13], p<0,001), mais pas à l’âge. Les taux d’incidence bruts pendant les 14 années de suivi par années-personnes de la polycythémie et du SQ étaient respectivement : 6,3 [5,0 – 7,8] et 4,4 [3,4 – 5,7], chiffres augmentant régulièrement au fur et à mesure des années.

En conclusion cette étude longitudinale de montagnards relativement jeunes montre une relation indépendante entre l’hématocrite, le SQ et la durée de séjour à très haute altitude.

Dr Bertrand Herer

Références
(1) Swenson ER : Chronic Mountain Sickness Evolving Over Time: New Data From on High. Chest. 2022 May;161(5):1136-1137. doi: 10.1016/j.chest.2022.01.024.
(2) Champigneulle B et coll. : Excessive Erythrocytosis and Chronic Mountain Sickness in the Highest City in the World: A Longitudinal Study. Chest. 2022 y;161(5):1338-1342. doi: 10.1016/j.chest.2021.11.030. 

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