Grippe et infarctus, des preuves supplémentaires

Selon certaines  hypothèses pathogéniques, la grippe et les infections virales apparentées pourraient favoriser des évènements cardiovasculaires (ECV) aigus, dont le décès. C’est dans les années 30 que l’idée est évoquée, face à une association entre la grippe saisonnière et la mortalité cardiovasculaire. Depuis, les constatations de plusieurs études, souvent de type cas-témoins ont abondé dans ce sens, sans pour autant emporter la conviction. En effet, les critères diagnostiques utilisés dans ces études ne brillaient ni par leur sensibilité, ni par leur spécificité et celles qui ont eu recours à des tests de laboratoire pour affirmer l’implication d’influenza ont conduit à des résultats discordants ou non concluants, du fait de leur manque de puissance statistique. Or, il importe d’établir avec plus de certitude une association significative entre ces infections virales et le risque d’infarctus du myocarde (IDM), car, dans ce cas, la vaccination antigrippale pourrait intervenir dans la prévention primaire de tels ECV aigus, tout au moins chez les sujets à haut risque.

Une étude de cohorte autocontrôlée s’est penchée sur le problème en se focalisant sur les IDM prouvés au terme d’une hospitalisation concluante et les infections à influenza confirmées par des examens de laboratoire divers et variés qui avaient tous en commun une haute spécificité. Les analyses microbiologiques ont en effet porté sur des prélèvements effectués au sein des voies respiratoires au moment de l’épisode aigu. L’intervalle de risque a été défini par les 7 jours qui ont suivi le recueil de ces prélèvements et l’intervalle de contrôle a été défini par l’année qui a précédé ou celle qui a suivi la période à risque. C’est en ce sens que l’étude est dite autocontrôlée à partir des cas de grippe et d’IDM, en fonction du moment de leur survenue, ce qui rapproche quelque peu de la méthode cas-témoins.

Dix fois plus d’admissions pour infarctus dans la période à risque

Au total, 364 hospitalisations pour IDM ont été enregistrées au cours de l’année qui a précédé et celle qui a suivi un test virologique incriminant influenza. Vingt d’entre elles (20 admissions en une semaine) sont survenues dans l’intervalle de risque, versus 344 dans la période sans risque (soit 3,3 admissions/semaine). De ce fait, l’IR (incidence ratio) d’admission pour IDM aigu a été estimé à 6,05 (intervalle de confiance à 95 %, IC, 3,86 à 9,50), comparativement à la période de contrôle. Le même calcul a été effectué pour divers virus associés aux syndromes grippaux en question, ce qui a conduit aux résultats suivants : (1) influenza A : IR 10,11 (IC, 4,37 à 23,38) ; (2) influenza B : IR 5,17 (IC, 3,02 à 8,84) ; (3) virus respiratoire syncytial : IR 3,51 (IC, 1,11 à 11,12) ; (4) autres : IR 2,77 (IC, 1,23 à 6,24).

Cette étude rétrospective autocontrôlée plaide en faveur d’une association significative entre infections respiratoires virales- notamment à influenza- prouvées sur le plan microbiologique et IDM aigu. Nécessaire sans doute pour étayer des hypothèses déjà anciennes, mais certainement insuffisant pour établir avec certitude un lien de causalité qui aurait un impact décisif sur la prévention primaire de l’IDM. La vaccination antigrippale n’en reste pas moins recommandée chez les sujets dits âgés, a fortiori atteints d’une maladie chronique ou de comorbidités lourdes de conséquences.

Dr Philippe Tellier

Référence
Kwong JC et coll. : Acute Myocardial Infarction after Laboratory-Confirmed Influenza Infection. N Engl J Med., 2018; 378 : 345-353.

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