Immunothérapie dans la SEP, une victoire contre le handicap, semble-t-il

Les progrès accomplis dans le traitement de fond de la sclérose en plaques (SEP) sont appréciables et l’immunothérapie n’y est pas étrangère. Les immunosuppresseurs et immunomodulateurs ont été introduits plus tardivement que dans les maladies auto-immunes mais au fil des années, ces classes pharmacologiques se sont étoffées et diversifiées. Dans le même temps, leurs indications se sont affinées que ce soit en première ou en deuxième ligne, en fonction des formes cliniques et à la lueur des essais contrôlés, l’optimisation du rapport bénéfice/risque étant un objectif important.

L’immunothérapie prévient-elle le handicap à long terme chez les patients atteints d’une forme récurrente/rémittente de la maladie ? Cette hypothèse a été confrontée à une modélisation appliquée à une vaste base de données internationales, la MSBase dans laquelle ont été inclus 14 717 patients atteints d’une SEP récurrente/rémittente confirmée. Il s’agit en fait d’un registre tenu de manière prospective qui permet de suivre sur le long terme les participants et de modéliser à loisir au travers d’une plateforme mise en ligne sur internet.

En l’occurrence, c’est un modèle structural marginal qui a été utilisé. L’étude a porté sur des patients suivis depuis au moins une année avec au moins trois consultations au total et au moins une consultation par an ainsi que sur un sous- groupe de patients suivis depuis au moins 15 ans. Le modèle retenu a permis : de calculer le risque cumulé de handicap croissant ou décroissant à 12 mois, d’évaluer le risque de progression vers un handicap sévère attesté par le niveau 6 sur l’échelle spécifique EDSS (Expanded Disability Status Scale (EDSS et enfin d’estimer la fréquence des poussées évolutives pendant les périodes thérapeutiques et en dehors de celles-ci. Ce modèle prospectif a été ajusté en continu en fonction des variables suivantes : âge, sexe, grossesse éventuelle, évolution et ancienneté de la maladie, date d’inclusion, nombre antérieur de poussées évolutives, activité lésionnelle révélée par l’IRM cérébrale.

Moins de rechutes

Les résultats de cette modélisation suggèrent l’efficacité de l’immunothérapie si l’on considère les critères suivants appliqués aux périodes thérapeutiques: (1) moindre fréquence des rechutes, le hazard ratio (HR) correspondant étant estimé à 0,60 (intervalle de confiance à 95 % [IC] 0,43-0,82, p = 0,0016) ; (2) moindre progression du handicap (HR= 0,56, IC 95 % 0,38-0,82, p = 0,0026) ; (3) moindre risque d’évolution du handicap vers un handicap de niveau 6 sur l’EDSS (HR=0,33, IC 95 % 0,19-0,59, p = 0,00019). Dans le sous-groupe des patients (n=1 085) suivis sur le très long terme (≥15 ans), l’efficacité s’est maintenue pour deux critères spécifiques : (1) rechutes (0,59, 0,50-0,70, p = 10-9) ; (2) aggravation du handicap (0,81, 0,67-0,99, p = 0,043).

Une immunothérapie administrée en continu a eu les bénéfices suivants : moindre accumulation du handicap de l’ordre de 19 %-44 % (IC 95% 1 %-62 %) ; probabilité d’un recours à une aide extérieure moindre de 67 % (IC 95% 41%-81%) ; diminution de la fréquence des rechutes sur 15 ans de 40-41% (IC 95% 18%-57%).

Cette modélisation qui porte sur plus de 14 000 patients atteints d’une SEP récurrente/rémittente plaide en faveur de l’efficacité de l’immunothérapie sur le long terme quant à la fréquence des rechutes et à l’aggravation du handicap. Le niveau de preuve reste cependant modeste compte tenu de la méthode utilisée et d’autres études s’imposent pour confirmer cette hypothèse en tenant compte en outre de la diversité des classes pharmacologiques.

Dr Giovanni Alzato

Référence
Kalincik T et coll. : Effect of Disease-Modifying Therapy on Disability in Relapsing-Remitting Multiple Sclerosis Over 15 Years. Neurology. Mult Scler 2021;96(5):e783-e797. doi: 10.1212/WNL.0000000000011242.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article