Instantané sur la chirurgie cancérologique en mars en Italie

L’Italie a été le premier pays européen touché par la pandémie de Covid-19, avec l’arrivée de touristes chinois le 31 janvier 2020. Ce qui a conduit, comme on le sait, à un confinement généralisé en mars 2020.

L’interdiction de toute chirurgie à froid, à l’exception de celle de certains cancers, avait pour but d’allouer des lits, des ventilateurs, des infirmières, des médecins et des unités de soins intensifs (USI) aux patients atteints de Covid-19. Une équipe a étudié l’impact de ces règles sur l’activité chirurgicale oncologique dans leur pays.

Pour ce faire, les auteurs ont adressé un questionnaire de 56 questions le 27 mars (5 semaines après le 1er cas transmis) à 57 centres chirurgicaux (54 ont répondu).

Les questions étaient réparties en 7 groupes : celles du premier groupe s’enquéraient de l’activité chirurgicale avant la pandémie (nombre de lits, d’interventions, type d’activités) ; les suivantes interrogeaient sur l’impact de la Covid-19 sur l’organisation de l’hôpital (nombre de malades porteurs dans l’hôpital et en USI) ; les questions du groupe 3 appréciaient le retentissement sur l’activité chirurgicale cancérologique (réduction du nombre de lits, manque de réserves de sang), nombre d’interventions pratiquées dans la semaine du 23 au 27 mars, nombre de patients ou de chirurgiens infectés) ; celles du quatrième groupe s’intéressaient à la constitution d’un réseau régional dans certains centres plus épargnés par le virus ; celles du groupe 5 interpellaient les chirurgiens sur le nombre de leurs malades cancéreux en liste d’attente, le retard prévu apporté à leur traitement, les critères choisis pour déterminer les priorités ; d’autres questions concernaient la préparation spécifique des candidats à l’opération, et comment on s’assurait de l’absence d’infection ; enfin les dernières s’inquiétaient de l’existence de blocs opératoires dédiés à la prise en charge de « malades Covid-19 » et de l’emploi d’équipements de protection spécifiques.

Réduction de 75 % du nombre d’interventions 

Les 54 centres répondeurs se répartissaient ainsi : 29 centres hépato-biliaires (HB), 11 colorectaux (CR), 8 œsogastroduodénaux (OGD), 6 spécialisés dans tumeurs conjonctives et sarcomes (TCS), et 16 d’entre eux (30 %) se situaient en Lombardie, région la plus éprouvée. A la date du 27 mars, il y avait plus de 86 000 sujets infectés en Italie, dont 3 732 en USI, et 9 134 décès.

Avant la pandémie, le nombre moyen de lits par centre était de 680. Le 27 mars, presque tous les hôpitaux étaient concernés par l’infection (sauf 4). Presque tous (sauf dans le Mezzogiorno, peu touché) ont créé des unités dédiées à la Covid, avec des USI de 6 à 12 lits ; la moitié des centres avaient un bloc spécifique pour les malades Covid +. Le 27 mars, ces derniers représentaient 14 % des hospitalisés (et plus du double en Lombardie).

La réduction en nombre d’actes, de l’activité chirurgicale, a atteint 76 % (et même 87 % en HB) tandis que la chute des consultations externes culminait à 96 % (100 % en HB et CR) : le nombre de lits chirurgicaux a baissé de 70 %, tout autant que la disponibilité en produits sanguins.

Au cours des 5 premières semaines, 8 patients infectés ont été opérés et 31 chirurgiens ou internes ont été contaminés. Par ailleurs, le délai entre la réunion de concertation pluridisciplinaire (RCP) définissant la stratégie thérapeutique et l’acte chirurgical est passé de 3 à 7 semaines, obligeant 2/3 des services à réitérer une RCP. Les arguments les plus souvent avancés pour ne pas différer la chirurgie ont été l’agressivité biologique de la tumeur, l’intervalle à respecter après une thérapie néoadjuvante, la crainte que le cancer devienne non résécable ou une symptomatologie insupportable. Le transfert interrégional n’a été possible que dans 10 centres.

Il apparaît donc primordial de réévaluer entièrement le système de santé pour protéger le réseau de la chirurgie oncologique dans le contexte d’une pandémie.

Dr Jean-Fred Warlin

Référence
Torzilli G et coll. : A snapshot of elective surgery in Italy during Covid-19 emergency Pearls, pitfalls and perspectives. Annals of Surgery 2020; 272(2): e112-e117.

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