L'infection à 2019-nCoV justifie la réanimation dans un cas hospitalisé sur quatre

C’est le 3 janvier 2020 que le 2019-nCoV a été formellement identifié dans le liquide de lavage broncho-alvéolaire effectué chez un patient hospitalisé à Wuhan, province de Hubei (Chine). Ce coronavirus nouveau a alors été impliqué en tant qu’agent causal dans l’épidémie qui frappe actuellement ce pays et se propage se propage dans d'autres pays du globe. Classé dans la lignée des betacoronavirus 2b, il a de fortes parentés génomiques avec un coronavirus rencontré chez la chauve-souris qui pourrait être son réservoir primaire présent sur le marché aux animaux de Huanan. Il se distingue des autres virus de la même famille à l’origine du SRAS en 2003 et du MERS en 2012 et, à ce titre, il y a tout lieu de penser que ses manifestations cliniques et ses caractéristiques épidémiologiques diffèrent. Il suffit pour s’en convaincre de comparer l’épidémie actuelle aux précédentes en termes de contagiosité et de mortalité notamment.

Des publications ont récemment fait état des premiers cas de pneumonie à 2019-nCoV en insistant sur leur gravité potentielle (mais variable) et les modalités de leur transmission interhumaine, cette dernière étant capitale à connaître pour que l’on puisse s’opposer à la propagation du virus. L'une portait sur une centaine de cas confortant les données précédentes en mettant en exergue la notion de cas groupés (clusters), de contacts étroits et de comorbidités aggravant l’infection, tout en évoquant la possibilité d’un syndrome de détresse respiratoire aigu (SDRA) dans les formes les plus sévères.

Des allures d’infection nosocomiale

Il convient désormais d’ajouter un nouvel article du JAMA qui permet d’en savoir plus sur les caractéristiques cliniques et épidémiologiques de la pneumonie à 2019-nCoV à partir d’une série de 138 cas, tous hospitalisés à Wuhan, épicentre de l’épidémie. Cette étude rétrospective a été réalisée entre le 1er janvier et le 28 janvier 2020, la date finale du suivi étant le 3 février 2020.

D’un point de vue strictement démographique, l’âge médian des patients est estimé à 56 ans (écart interquartile 42-68; extrêmes, 22-92 ans), le sexe masculin prédominant légèrement (75/138 : 54,3 %). La transmission au sein du milieu hospitalier, définissant une infection nosocomiale, a été suspectée devant l’apparition de « clusters » réunissant 40 professionnels de santé (29 %) et 17 patients hospitalisés (12,3 %) : cette particularité pourrait s’expliquer par la précocité de l’étude (ce sont les 138 premiers cas) à une période où toutes les mesures barrières n'étaient pas opérationnelles. Cette importance des infections nosocomiales pourrait aussi refléter les spécificités du système de santé chinois, en l’occurrence le recours quasi-systématique à l’hôpital dès la moindre suspicion d’infection (du fait d’une insuffisance de la médecine de ville), d’où une multiplication des infections nosocomiales, même au stade actuel de l’épidémie.

Les symptômes rencontrés les plus courants ont été les suivants : (1) fièvre quasi-constante (n = 136 [98,6 %]) ; (2) fatigue (n = 96 [69,6 %]) ; (3) toux sèche (n = 82 [59,4 %]). Sur le plan biologique, une lymphopénie a été détectée chez 97 patients (70,3 %), et un allongement du temps de prothrombine a été constaté plus d’une fois sur deux (n=80 ; 58 %). Une augmentation significative des taux plasmatiques de LDH (lactico déshydrogénase) a concerné 55 patients (39,9 %).

En matière d’imagerie, c’est la tomodensitométrie thoracique qui a été la plus utilisée, révélant dans tous les cas des foyers de condensation hétérogènes ou des images pulmonaires en verre dépoli.

Un traitement antiviral a été administré chez la majorité des patients (oseltamivir, n=124 [89,9 %]), plus souvent qu’une antibiothérapie (moxifloxacine, n = 89 [64,4 %]; ceftriaxone, n = 34 [24,6 %] ou encore azithromycine, n = 25 [18,1 %]) ou une corticothérapie (n = 62 [44,9 %]).

Un taux de mortalité de 4,3 %

Au total 26,1 % des malades ont été transférés en unité de soins intensifs (USI) en raison de complications graves : syndrome de détresse respiratoire aiguë SDRA (n = 22 ; [61,1 %]), arythmie cardiaque (n = 16 [44,4 %]) ou encore état de choc (n = 11 ; [30,6 %]). Le délai médian entre les symptômes inauguraux et les manifestations dyspnéiques a été de 5,0 jours, 7,0 jours avant l’admission et 8,0 jours avant le SDRA.

Qu’est ce qui a distingué les patients admis en USI (n = 36) de ceux qui n’en ont pas eu besoin (n = 102) ? En premier lieu, un âge médian plus élevé (66 versus 51 ans) et des comorbidités plus fréquentes (72,2 vs 37,3 %) ainsi que la dyspnée (63,9 vs 19,6 %) et l’anorexie (66,7 vs 30,4 %). En USI, les traitements ont été divers: (1) oxygénothérapie à haut débit (11,1 %) ; (2) ventilation non invasive (41,7 %) ; (3) ventilation mécanique assistée (47,2 %) avec recours ultérieur à une oxygénation extracorporelle par oxygénateur à membrane dans 4 cas.

A la date du 3 février, 47 patients (34,1 %) avaient quitté le milieu hospitalier au terme d’un séjour d’une durée médiane de 10 jours (écart interquartile, 7,0-14,0) et six sont décédés, soit une mortalité globale de 4,3 %.

Cet article du JAMA est un "instantané" de l’épidémie de pneumonie à 2019-nCoV : c’est la vision d’un seul centre hospitalier, celui de Wuhan qui, entre le 1er janvier et le 28 janvier 2020, a réuni 138 cas de la maladie confirmée avec une certitude diagnostique absolue.

Sur le plan épidémiologique, il semble que la maladie soit d’origine nosocomiale pour 41 % des patients, mais la méconnaissance de l'affection au début janvier et le système de santé chinois favorisent ce mode de transmission interhumaine.

Sur le plan clinique, le transfert en USI s’est imposé dans un quart des cas et la mortalité, dans cette série, a été estimée à 4,3 %. Des chiffres qu’il convient de relativiser et de réévaluer au fur et à mesure de la progression de l’épidémie… à l’heure où les congés du nouvel An lunaire s’achevant, les habitants vont rentrer par millions vers les villes, de sorte que les prévisions ne sauraient être trop optimistes à court terme…

Dr John Sorri

Référence
Dawei Wang et coll. : Clinical Characteristics of 138 Hospitalized Patients With 2019 Novel Coronavirus–Infected Pneumonia in Wuhan, China. JAMA 2020: publication avancée en ligne le 7 février. doi: 10.1001/jama.2020.1585.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions (1)

  • Si les instances gouvernementales l'avaient écouté

    Le 12 février 2020

    Vous parlez de méconnaissance de l'affection alors qu'il s'agit d'un rejet de la part des gouvernants chinois vis à vis de l'alerte sanitaire lancée par des médecins chinois qui ont été arretés pour diffusion de propos inappropriés (8 médecins). L'ophtalmo à l'origine de ces messages en est mort ! Si les instances gouvernementales l'avaient écouté peut etre que l'épidémie serait moins importante ?

    Dr Hervé Favoriti

Réagir à cet article