La face cachée du lait de mère

Le lait de mère (LM) était considéré classiquement comme stérile et la présence de bactéries comme le résultat de mauvaises conditions d’hygiène.

Depuis les années 2000, il est vu comme un aliment symbiotique hébergeant de nombreuses bactéries qui ont un rôle potentiel dans la prévention des infections néonatales. Avec le temps, le développement des techniques indépendantes des cultures comme les PCR quantitatives et les technique de séquençage de nouvelle génération a permis de caractériser la composition, la diversité et la variabilité de la microflore du LM.

Des chercheurs de l’Université de Milan publient une mise au point sur la composition, la diversité, la variabilité de ce microbiome. L’origine des bactéries est complexe et incomplètement connue provenant à la fois d’une flore locale, préexistant à toute lactation, et à l’influx permanent de microbes de source exogène.

Le LM contient une grande variété de micro-organismes, bactéries, virus, champignons, levures et Archae. Plusieurs nouvelles espèces bactériennes en particulier des anaérobies ont été découvertes grâce aux techniques de séquençage rapide et du 16SRNA.

Ainsi, plus de 1 300 espèces ont été décrites, en particulier des bactéries du sol et de l’eau (Pseudomonas, Stenotrophomonas), mais le véritable groupe des bactéries du LM est encore sujet de débats eu égard à la sensibilité de ces nouvelles techniques qui ne permettent pas de distinguer les microbes endogènes et exogènes.

Bactéries, champignons, virus et tutti quanti !

La plus grande partie des virus du LM est constituée de bactériophages (95 %) et la composition en est différente de celle des autres milieux de l’organisme. Un nombre notable de virus du LM est retrouvé dans les selles du nourrisson.

Les champignons sont un composant important du microbiome humain, de découverte récente dans le LM. La répartition géographique des germes est très variable mais l’existence d’un fond commun a été avancée suggérant une certaine homogénéité. Enfin, la présence d’Archae à l’état normal est encore débattue.

La complexité de cet écosystème est due aux nombreux facteurs qui jouent un rôle, maternels, néonatals, environnementaux et en relation avec le lait lui-même et expliquent les données souvent contradictoires publiées.

Les facteurs maternels sont nombreux : accouchement par voie basse ou césarienne, antibiothérapie péri-natale, régime alimentaire, et même IMC et prise pondérale gestationnelle. Tous ces facteurs rendent compte des variations des taux de Lactobacillus, Bifidobactéries, Staphylocoques et Eubactéries. L’analyse de la composition du microbiome dans différentes parties du globe confirme une grande diversité mais il existe en commun les genres Staphylocoques et Streptocoques.

Les différences peuvent être liées aux procédures de recueil, stockage et analyse. Enfin, le microbiome varie aussi selon le stade de la lactation, colostrum ou lait mature.

En conclusion, le lait de mère, bien que considéré traditionnellement comme stérile, héberge une très grande variété de micro-organismes, bactéries, virus, champignons dont la composition fluctue de façon remarquable sous l’influence de très nombreux facteurs.

Dr Jean-Jacques Baudon

Référence
Consales A et coll. : The hidden universe of human milk microbiome: origin, composition, determinants, role and future perspectives. Eur J Pediatr 2022;181:1811-1820

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