La grippe : un siècle d’histoire (1918-2018)

Il y a tout juste 100 ans avait lieu la pandémie dévastatrice de grippe A (H1N1) qui a tué environ 50 millions de personnes dans le monde. En 1918, les activités de prévention et de lutte étaient limitées car les virus de la grippe n’avaient pas été découverts, les vaccins n’existaient pas et il n’y avait pas de surveillance au niveau mondial. La prévention reposait sur des interventions non pharmaceutiques comme l’isolement et la quarantaine, les interdictions publiques, les fermetures d’écoles et les masques. Les antibiotiques pour les infections bactériennes secondaires n’avaient pas été découverts non plus. Les stratégies de prise en charge en dehors de l’oxygènothérapie n’existaient pas et n’ont fait leur apparition qu’au milieu des années 1950.

Quelques dates

-Quatre grandes pandémies ont eu lieu depuis un siècle : en 1918, en 1957, en 1968 et en 2009.
-Il a fallu attendre les années 30 pour que les virus grippaux soient isolés.
-En 1952, l’établissement du Réseau mondial de surveillance de la grippe de l’Organisation Mondiale de la Santé a considérablement contribué à la coordination de la surveillance, au développement de vaccins et à la sélection des souches de vaccins antigrippaux.
-Le vaccin contre la grippe pandémique n’était pas disponible avant la pandémie de grippe A (H2N2) en 1957.
-Les antiviraux n’étaient pas disponibles avant la pandémie de grippe A (H3N2) de 1968.

Des tests biologiques, oui mais…

Bien que les progrès de la surveillance de la grippe et la disponibilité des vaccins antigrippaux aient été de plus en plus efficace, des lacunes importantes subsistent dans la réponse clinique aux épidémies de grippe saisonnière et aux pandémies. Ainsi, au cours de la pandémie de grippe A (H1N1) de 2009, les tests rapides sur les antigènes ont eu une sensibilité sous-optimale pour la détection du virus pandémique donnant fréquemment des résultats faussement négatifs.
Depuis quelques années, des tests de diagnostic moléculaires rapide sont capables de détecter les acides nucléiques viraux de la grippe dans les échantillons des voies respiratoires supérieures avec une sensibilité et une spécificité élevées et sont disponibles en ambulatoire et en milieu hospitalier.
Cependant, ces tests moléculaires ne font pas la distinction entre les virus grippaux A saisonniers et les nouveaux virus grippaux d’origine zoonotique et ne permettent pas d’identifier spécifiquement le virus pandémique suivant.
Le développement de tests basés sur la technologie de séquençage de nouvelle génération pourrait faciliter une identification plus précise et opportune des influenzavirus saisonniers antigéniquement dérivants, des nouveaux virus de la grippe aviaire et des virus dont les marqueurs de résistance aux antiviraux sont connus. La question est de savoir si cela améliorerait en définitive les résultats en matière de santé.

Quelle prise en charge ?

La médecine de soins intensifs était encore une nouvelle spécialité pendant la pandémie de grippe A (H3N2) de 1968. Celle de 2009 a été marquée pour une faible mortalité dans les pays disposant de telles structures. Ce qui n’a pas été le cas dans les régions du monde n’ayant pas de structures de soins intensifs.
Actuellement, le traitement antiviral de la grippe se base sur la mise en place précoce d’une monothérapie avec des inhibiteurs de la neuraminidase.
Ainsi, bien que la compréhension actuelle de la pathogénèse du virus de la grippe ait considérablement progressé depuis 1918, des questions demeurent dans le développement de thérapeutiques efficaces pour les patients avec complications.

Des questions en suspens

Cette année marque donc le centenaire de la pandémie de 1918 mais marque également le 50ième anniversaire de la pandémie de 1968 qui a introduit les virus A (H3N2) chez l’homme. Les souches du virus de l’influenza A (H3N2) continuent de circuler dans le monde et ont été prédominantes lors de la saison grippale 2017-2018 aux Etats-Unis.
Ainsi, bien que les 100 ans passés aient permis une avancée importante en matière de prévention, de diagnostic et de traitement de la grippe, nous faisons encore face à des questions importantes :
Quels est le traitement antiviral optimal (dosage, durée) ?
Quel traitement antibiotique en cas d’infection bactérienne secondaire ?
Quel rôle et efficacité de la thérapie immonomodulatrice ?
Les biomarqueurs peuvent-ils prédire avec précision le développement d’une maladie grave chez les patients grippés ?
La grippe n’a pas fini de faire parler d’elle…

Dr Sylvie Coito

Référence
Uyeki TM et coll. : Gaps in the Clinical Management of Influenza: A Century Since the 1918 Pandemic. JAMA. 2018 Jul 30.

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