La neuropathie périphérique du diabétique s’associerait à une neuropathie du système nerveux central

La neuropathie périphérique du diabétique (NPD) est fréquente, d’intensité variable.

Sa physiopathologie la classe dans les complications microangiopathiques. Classement qui est restrictif si on considère les autres hypothèses car les mécanismes invoqués sont nombreux : altération de la voie des polyols, déplétion en myoinositol, perte de facteur neurotrophiques (insuline ou insulinorésistance, diminution du NGF [Nerve growth factor]), altérations microvasculaires, hypoxie, modification des canaux potassiques.

On peut concevoir que les neurones du SNC sont soumis aux mêmes influences (l’hyperglycémie) que le système nerveux périphérique même si l’écosystème du SNC (barrière hématoencéphalique, SNC non insulinosensible) est différent de celui du système nerveux périphérique. L’hypothèse d’une neuropathie du SNC indépendante des complication macrovasculaires (ou des hypoglycémies iatrogènes sévères) a conduit à rechercher une altération des voies longues centrales par l’étude de l’anisotropie fractionnelle (FA pour fractional anisotropy) par IRM par tenseur de diffusion. Il s’agit d’un indice allant de 0 à 1 qui renseigne sur la densité d’un tissu et donc du nombre de neurones et d’axones. Plus l'indice est proche de 1, plus le tissu est dense.

Une équipe du département d’endocrinologie et de métabolisme de Shanghai a mené une étude cas-contrôle chez des patients diabétiques de type 2 faisant appel à cette technique d’analyse de la microstructure du système nerveux central, en l’occurrence les voies sensitives (spino-thalamiques et thalamo-corticales gauches).

Anisotropie fractionnelle abaissée en cas de neuropathie périphérique

Ils ont exploré 25 diabétiques de type 2 avec neuropathie périphérique, 32 diabétiques sans neuropathie périphérique et 33 sujets contrôles non diabétiques.

La valeur moyenne de la FA des 2 faisceaux étudiés était significativement abaissée chez les patients avec neuropathie périphérique par rapport aux diabétiques sans neuropathie périphérique et les contrôles. En outre, la variation de la FA était significativement associée à la sévérité de la neuropathie périphérique (score clinique de Toronto) après ajustement des facteurs de confusion.

Les auteurs concluent à une dégénérescence axonale des voies sensitives centrales au cours du diabète de type 2 avec neuropathie périphérique avec un possible parallélisme de progression avec la neuropathie périphérique.

D’autres structures du système nerveux central mériteraient d’être étudiées au cours du diabète avec des essais de corrélations anatomocliniques vis-à-vis de certains événements plus fréquents au cours du diabète sucré (par exemple modification des fonctions cognitives, syndrome d’apnée du sommeil et peut-être effets neuro-protecteurs de certains médicaments dont l’action a déjà été évoquée au niveau du SNC comme la metformine ou les médicaments de la voix des incrétines).

Une étude analogue pourrait se discuter chez les diabétiques de type 1 en intégrant toutefois, comme facteur de confusion neurotoxique les hypoglycémies sévères.

À suivre.

Dr Edgard Kaloustian

Références
Fang Fang et coll. : Decreased Microstructural Integrity of the Central Somatosensory Tracts in Diabetic Peripheral Neuropathy J Clin Endocrinol Metab., 2021;106(6):1566-1575. doi: 10.1210/clinem/dgab158.

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