La protéine spike, en pointe parmi les biomarqueurs du Covid long

Le diagnostic et la prise en charge des séquelles post-aiguës de la Covid-19 (SPAC), ou Covid long, posent un défi médical. En effet, alors que les symptômes d'une infection par le SARS-CoV-2 sont généralement résolutifs en quelques semaines, des manifestations cliniques (fatigue, anosmie, perte de mémoire, troubles gastro-intestinaux, céphalées, dyspnée) peuvent persister.

Les estimations de la prévalence du SPAC varient, mais l'Organisation mondiale de la santé estime à environ 1/4 les sujets atteints de Covid-19 qui continuent de présenter des symptômes 4 à 5 semaines après un test positif et à environ 1/10 après 12 semaines.

L'étiologie sous-jacente du SPAC est mal connue. Les études sont peu comparables en particulier du fait de l'hétérogénéité du recrutement des patients et de la variabilité de la définition du SPAC.

L'identification de biomarqueurs associés au Covid long améliorerait considérablement la classification des phénotypes des SPAC et fournirait les moyens d'évaluer les stratégies thérapeutiques.

Des niveaux d’antigène spike élevés pendant plusieurs mois

Cette étude, disponible en preprint, a quantifié les antigènes viraux circulants et les marqueurs inflammatoires sur des échantillons de plasma de 63 patients précédemment infectés par le SARS-CoV-2. Ont été inclus dans le groupe SPAC 37 sujets signalant au moins un symptôme persistant plus de 30 jours après l’infection. La plupart d’entre eux (n= 31), ont été prélevés au moins deux fois, jusqu'à 12 mois après le premier test positif. Du sérum de personnes atteintes de Covid-19 sans SPAC, a également été analysé, jusqu'à cinq mois après le diagnostic.

Les concentrations plasmatiques des antigènes SARS-CoV-2 (sous-unité S1, protéine de pointe spike complète et nucléocapside (N)), ont été mesurées. Chez 65 % des patients SPAC, S1, spike ou N ont été détectées à un moment lors du suivi. La protéine spike était la plus fréquemment retrouvée, chez 60 % des SPAC, alors qu’aucun pic n’était retrouvé chez les patients Covid-19.

Parmi les patients SPAC pour lesquels des échantillons longitudinaux étaient disponibles, un antigène persistait chez 12 patients, avec, chez certains, des niveaux d'antigène spike élevés pendant plusieurs mois. Dans d'autres cas, des fluctuations de détection de l’antigène pointent l’importance du moment de l'échantillonnage.

Les concentrations plasmatiques d'un panel de cytokines n’ont pas apporté de résultat significatif.

Possibilité d’un réservoir actif de SARS-CoV-2 dans les Covids longs

Même si l’effectif de cet échantillon est limité, la détection d'un pic d’antigène viral à différents moments, 2 à 12 mois après l'infection, est intéressante. La présence de pics circulants de spike soutient l'hypothèse d’un réservoir viral actif du SARS-CoV-2 persistant dans l’organisme.

Le SPAC est un syndrome hétérogène, qui pourrait dépendre du tissu dans lequel persiste ce réservoir viral.

Le pic de protéine spike pourrait également occasionner des symptômes par un effet similaire aux superantigènes bactériens via des mécanismes interférant avec la fonction cellulaire normale.

De futures études seront nécessaires pour répondre à certaines questions sans réponse : détection préférentielle de spike mais peu de N, absence d’élévation des cytokines dans cette cohorte…

En conclusion, la présence de pic circulant de protéine spike chez les patients SPAC jusqu'à 12 mois après le diagnostic suggère fortement la persistance de réservoirs viraux du SARS-CoV-2 dans l’organisme.

La détection d'un pic chez une majorité d'individus inclus dans cette petite cohorte SPAC souligne l'utilité potentielle de la protéine de pointe complète du SARS-CoV-2 en tant que biomarqueur du Covid long.

Dr Isabelle Méresse

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Vos réactions (1)

  • Spikopathie covid long

    Le 05 juillet 2022

    Et le vaccin, il ne fait pas fabriquer de la protéine Spike ?
    Peut - on alors avoir un Covid long post vaccinal ?
    Dr Pierre Popowski

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