La santé cardiovasculaire de certaines minorités sexuelles n’est pas optimale !

Les minorités sexuelles incluent lesbiennes, gays, bisexuels et autres identités non hétérosexuelles. Elles représenteraient désormais plus de 10 % de la population générale dans de nombreux pays occidentaux, dont la France. Des études antérieures ont établi que la prévalence des facteurs de risque cardiovasculaires était plus élevée au sein de ces minorités sexuelles que parmi les hétérosexuels. Les mesures de prévention primaire vont viser les facteurs existants, mais l’idéal serait de s’opposer à leur apparition au travers d’une prévention d’amont dite primordiale qui corrigerait ou atténuerait les comportements les plus délétères.

Ces derniers sont au demeurant pris en compte dans certains outils développés dès 2010 par l'American Heart Association (AHA), tels le score de santé cardiovasculaire LS7 (Life's Simple 7), qui inclut de fait sept paramètres modifiables et facilement accessibles : apports alimentaires, activité physique, exposition à la nicotine, indice de masse corporelle (IMC), glycémie à jeun, pression artérielle et la cholestérolémie totale. En 2022, l’AHA a introduit un autre outil du même acabit, le LE8 (Life's Essential 8) sous la forme d’un score à huit items qui intègre en plus le sommeil en termes de qualité et de quantité. Plus les scores sont élevés, meilleur est l’état de santé cardiovasculaire.

Une cohorte suivie avec CONSTANCES

L’étude CONSTANCES (CONSulTANts des Centres d'Examens de Santé »porte sur une vaste cohorte composée de 200 000 participants âgés de plus de 18 ans recrutés au hasard dans 21 villes de France. Elle est pilotée par l'Institut national de la santé et de la recherche médicale et la Caisse nationale de l'assurance maladie (CNAM). Son objectif est de fournir des informations sur l’état de santé et ses déterminants à la fois de manière transversale et longitudinale, en prenant en compte la plupart de ses dimensions, dont l’orientation sexuelle semble bien faire partie.

L’article publié en ligne le 17 mai 2023 dans le Journal of the American Heart Association illustre le potentiel de cette étude en épidémiologie descriptive avec en filigrane des perspectives relevant de la prévention primordiale précédemment évoquée, notamment au sein des minorités sexuelles.

Lors des bilans effectués dans les centres de santé de la CNAM, le comportement sexuel autodéclaré par chacun des participants a permis de les répartir en quatre groupes distincts : lesbiennes, gays, bisexuels et hétérosexuels. Par ailleurs, les questionnaires relevant des scores LS7 et LE8 ont été systématiquement remplis pour juger de la santé cardiovasculaire de tout un chacun.

L’analyse des données a in fine porté sur une cohorte composée de 169 434 adultes (âge moyen : 45,99 ans ; femmes : 53,64 %), exempts de maladie cardiovasculaire (MCV). Parmi les 90 879 femmes, 555 étaient lesbiennes, 3 149 bisexuelles et 84 363 hétérosexuelles. Parmi les 78 555 hommes, 2 421 étaient homosexuels, 2 748 bisexuels et 70 994 hétérosexuels.

La santé cardiovasculaire semble compromise chez les femmes lesbiennes et bisexuelles

Une comparaison intergroupe a été effectuée au moyen d’analyses multivariées par régression linéaire à effets multiple. C’est ainsi que, chez les femmes lesbiennes et bisexuelles, le score de santé LE8 s’est avéré significativement inférieur à celui des hétérosexuels (respectivement β = -0,95 [intervalle de confiance à 95 % IC 95 %, -1,89 à -0,02]) et β = -0,78 [IC 95 %, -1,18 à -0,38]. À l'inverse, les hommes homosexuels (β = 2,72 [IC à 95 %, 2,25-3,19]) et bisexuels (β = 0,83 [IC à 95 %, 0,39-1,27]) avaient un score de santé cardiovasculaire LE8 plus élevé que celui des hommes hétérosexuels. Les résultats étaient concordants avec ceux obtenus avec le score LS7, quoique les différences intergroupes soient moins marquées.

Cette étude de cohorte transversale qui porte sur près de 170 000 participants attire l’attention sur la santé cardiovasculaire de certaines minorités sexuelles. Les femmes lesbiennes et bisexuelles pourraient ainsi constituer une population à risque prioritaire quant à la prévention primordiale ou primaire de la maladie cardiovasculaire. La correction de comportements ou de facteurs potentiellement délétères mériterait d’être entreprise le plus précocement possible.

D’autres minorités, représentées par les hommes gays ou bisexuels ne seraient pas concernés par cette augmentation du risque cardiovasculaire, ce qui reste à confirmer par d’autres études émanant d’autres pays ou portant sur des cohortes plus représentatives de la population générale française. La proportion de Français fréquentant les centres de santé de la CNAM reste en effet à ce jour faible, le nombre de bilans de santé annuels effectués étant estimé à 1,3 million, soit environ 2 % de la population. 

Le suivi de la cohorte de CONSTANCES devait néanmoins permettre d’affiner la connaissance des interactions entre orientation sexuelle et risque de MCV à long terme.

Dr Philippe Tellier

Référence
Deraz et coll. : Sexual Minority Status Disparities in Life's Essential 8 and Life's Simple 7 Cardiovascular Health Scores: A French Nationwide Population‐Based Study. Journal of the American Heart Association. 2023 (17 mai): publication avancée en ligne. doi.org/10.1161/JAHA.122.028429.

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