La supplémentation calcique, un risque de calcifications vasculaires supplémentaires ?

La supplémentation calcique, associée ou non à des apports complémentaires en vitamine D, est largement utilisée dans la pratique médicale courante. L’objectif est de prévenir, dans une certaine mesure, l’ostéoporose et ses complications, même si l’efficacité de cette stratégie tant en prévention primaire que secondaire apparaît limitée. En termes d’acceptabilité, la situation est parfois confuse, le problème étant de supplémenter à bon escient sans excès, ce qui peut s’avérer parfois délicat chez le sujet âgé ou atteint d’une insuffisance rénale chronique. Par ailleurs, certaines études plaident en faveur d’une association significative entre la supplémentation calcique et le risque d’évènements cardiovasculaires (ECV) à long terme, sans que le lien de causalité soit pour autant établi.

L’étude canadienne dite CaMOS (Canadian Multi-Centre Osteoporosis Study) s’inscrit dans cette problématique, puisqu’elle a recherché une association entre la progression de calcifications de l’aorte abdominale (CAA) et la supplémentation calcique chez 296 participants (dont 217 femmes) âgés (> 65 ans). Dans tous les cas, ont été réalisés à l’état basal puis à deux reprises au cours d’un suivi de 5 années des clichés de profil du rachis dorsolombaire et une mesure de la densité minérale osseuse (DMO) par absorptiométrie biphotonique au niveau du col fémoral, du rachis lombaire et de la hanche. Les CAA ont été évaluées selon la méthode de Framingham. Les apports calciques ont été, pour leur part, estimés à partir de questionnaires de santé et d’inventaires des traitements médicamenteux instaurés avant l’inclusion dans l’étude et au cours du suivi.

Plus de calcifications en cas de supplémentation…

Les CAA ont augmenté en intensité et en étendue entre l’état basal et le terme du suivi, de façon significativement plus marquée en cas de supplémentation calcique, comparativement aux participants non exposés à cette dernière. La quantité de calcium apportée a été positivement associée à la progression de ces calcifications en analyse univariée au sein de la cohorte considérée dans son ensemble. Une analyse multivariée par régression n’a pu être effectuée que chez les  femmes, l’autre sexe n’étant pas assez représenté pour autoriser cette approche statistique. Même après ajustement selon l’âge, l’HTA, le diabète et le tabagisme chronique, les variations du score calcique représentatif des CAA sont restées significativement associées aux apports supplémentaires en calcium. Aucune association significative n’a été cependant établie entre les variations de ce score et celles du score T utilisé pour évaluer la DMO. Les analyses univariées ont établi une association entre la diminution de la DMO et la supplémentation calcique, uniquement dans le sexe masculin, mais dans les trois régions étudiées : rachis lombaire, hanche et col fémoral.

Cette étude prospective qui porte sur un effectif restreint composé essentiellement de femmes aboutit à des résultats qui demandent à être confirmés. La supplémentation calcique chez la femme âgée semble favoriser la progression des calcifications de l’aorte abdominale sans influer pour autant sur la minéralisation osseuse. Pour les hommes, c’est même une diminution de la DMO qui serait observée, mais un artéfact statistique ne peut être exclu en raison du petit nombre de sujets inclus dans l’analyse. La progression des calcifications vasculaires sous l’effet de la supplémentation calcique peut-elle expliquer les résultats de certaines études qui imputent un risque élevé d’ECV à cette dernière ? Rien n’est moins sûr, mais il est clair que CaMOS apporte sa petite pierre à un édifice dont la solidité demande à être confirmée.

Dr Philippe Tellier

Référence
Hulbert M et coll. : Changes in vascular calcification and bone mineral density in calcium supplement users from the Canadian Multi-center Osteoporosis Study (CaMOS). Atherosclerosis. 2019 ; publication avancée en ligne le 16 décembre. doi: 10.1016/j.atherosclerosis.2019.12.003.

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Vos réactions (2)

  • Mensonge commercial

    Le 07 février 2020

    On sait de longue date que la supplémentation calcique est inutile et néfaste. Elle n'est promue que pour développer un marché factice.
    Ce qui est nuisible au bilan calcique, c'est l'abus de sodium alimentaire dont l'élimination urinaire entraîne une hypercalciurie.

    Dr Pierre Rimbaud

  • Hypercalciurie inadaptée

    Le 09 février 2020

    Mais pas que : trop de sel, trop de sucre, trop de protéines conduiraient au même effet.

    Dr Pierre Serveille

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