L’anosmie, symptôme clé du Covid-19

De nombreux travaux décrivent la présentation clinique de l’infection par le SARS-CoV-2 dans les pays asiatiques. Peu de données issues d’observations européennes étaient jusqu’à présent disponibles, mais ce manque est en passe d’être comblé, puisque les résultats d’une étude épidémiologique européenne vont être très prochainement publiés.

Il s’agit d’une étude multicentrique, réalisée dans 5 pays européens (Italie, Espagne, Suisse, Belgique et France). Elle concerne 1 420 patients (962 femmes) présentant une forme non sévère de Covid-19. L’âge moyen des patients est de 39 ans et 94 % d’entre eux ont moins de 60 ans. Trois patients sur 10 sont des professionnels de santé et moins de 10 % ont été hospitalisés.

De la fièvre chez moins d’un patient sur deux mais une perte d’odorat dans plus de deux tiers des cas

Les symptômes les plus fréquents sont les céphalées (70,3 %), la perte de l’odorat (70,2 %) et l’obstruction nasale (67,8 %). La toux vient ensuite (63,2 %), puis l’asthénie (63,3 %), les myalgies (62,5 %), la rhinorrhée (60,1 %), la dysfonction gustative (54,2 %) et les maux de gorge (52,9 %). Moins d’1 patient sur 2 signale de la fièvre. La durée moyenne des symptômes est de 11,5 ± 5,7 jours.

Les manifestations cliniques sont différentes selon l’âge des patients. Les plus jeunes signalent plus souvent une perte de l’odorat, des maux de gorge ou des céphalées, alors que les plus âgés ont plus souvent de la fièvre, de la fatigue, une perte d’appétit ou de la diarrhée.

Des différences sont notées aussi selon le genre : les femmes présentent plus souvent une perte de l’odorat ou de la fatigue que les hommes, qui en revanche ont plus souvent de la toux ou de la fièvre. Les données confirment les différences entre les hommes et les femmes dans la réponse immunitaire à l’infection par le SARS-CoV-2 et aux pathologies inflammatoires. Les femmes présentent moins de complications liées aux infections virales. Cela peut s’expliquer par une immunité innée différente, les hormones stéroïdiennes et des facteurs liés aux chromosomes sexuels.

Les troubles olfactifs et gustatifs sont plus fréquents chez les femmes et les jeunes

Pour les auteurs, l’anosmie est le symptôme-clé du Covid-19. Plus fréquente chez les femmes et chez les jeunes, elle n’est pas toujours associée à une obstruction nasale : 30 % des patients présentant une anosmie n’ont pas d’obstruction nasale et 38 % n’ont pas de rhinorrhée. Tout comme les troubles de la fonction gustative, plus fréquents aussi chez les femmes et chez les jeunes, qui peuvent être présents en l’absence totale de trouble de l’odorat dans 24 % des cas. Inversement, 30 % des patients avaient une anosmie mais pas de dysfonction gustative.

Les caractéristiques de la perte et du recouvrement des fonctions olfactives et gustatives permettent pour les auteurs de rejeter l’hypothèse selon laquelle les deux troubles sensitifs seraient liés. Ils pourraient être en lien avec une atteinte neurologique dont la prévalence serait supérieure chez les sujets européens, du fait d’une plus grande expression de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 dans la muqueuse nasale.

Un tableau différent en Asie

Car en effet, il faut noter que ces présentations cliniques diffèrent sensiblement de celles qui ont été rapportés dans les pays asiatiques, où prédominent la fièvre, la toux et la dyspnée. Une seule étude asiatique signale des troubles de l’odorat et du goût, concernant un peu plus de 5 % des patients. Les auteurs avancent 3 explications possibles à ces différences. La première est que les études asiatiques ont inclus seulement des patients hospitalisés, présentant des formes plus graves de l’infection. La deuxième hypothèse est que ces différences de présentation clinique entre 2 régions du monde pourraient être liées à des mutations du virus. Enfin, 3ème hypothèse, elles seraient en lien avec des polymorphismes dans l’expression de l’enzyme de conversion de l’angiotensine 2 dans les tissus.

Dr Roseline Péluchon

Références
Lechien JR et coll. : Clinical and Epidemiological Characteristics of 1,420 European Patients with mild-to-moderate Coronavirus Disease 2019. J Intern Med., 2020 ; publication avancée en ligne le 30 avril. doi: 10.1111/joim.13089.

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Vos réactions (2)

  • Covid 19 et troubles de l'odorat et du goût

    Le 15 mai 2020

    Des auteurs, là encore très compétents comme nous en avons entendus beaucoup depuis 2 mois, émettent l'hypothèse que ces 2 troubles sensitifs doivent être dissociés étant données les caractéristiques observées.

    J'ai eu il y a quelques années à la fin du printemps une perte totale de l'odorat qui m'a paniqué au point que j'avais imaginé avoir une pathologie au niveau de la lame criblée. Cette perte totale de l'odorat s'est accompagnée d'une perte totale du goût et cela a duré 8 jours, disparaissant très progressivement avec la prise pendant plus d'une semaine d'un corticoïde per os à dose pleine, car je me savais allergique au pollen de graminées depuis plus de 20 ans et présentais des poussées chaque printemps, que je contrôlais avec des corticoïdes en nébulisation.

    Cette fois là j'avais donc développé une polypose nasale telle que j'avais perdu totalement l'odorat et le goût, cela s'est résorbé sans intervention chirurgicale. Au total je peux affirmer qu'une perte totale de l'odorat d'étiologie nasale peut entraîner par la même une perte totale du goût au point de ne pas reconnaître yeux fermés l'aliment que l'on mange, sans que l'on ait besoin d'invoquer une pathologie cérébrale.

    Dr B.

  • Covid et nez bouché

    Le 18 mai 2020

    C'est d'une banalité ce que vous racontez là. Chacun sait, il n'y a pas besoin d'être médecin pour ça: quand on est enrhumé, on a le nez bouché et plus de goût à rien. Mettez des gouttes nasales pour guérir du covid.

    Dr Serge Petiteau

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