Le binge drinking pendant la grossesse, c’est beaucoup trop !

L’exposition prénatale à l’alcool (EPA) est un problème majeur de santé publique.

Malgré les campagnes de prévention, les mises en garde des publicitaires et les recommandations des sociétés savantes et des médecins qui imposent l’abstinence, certaines femmes consomment tout de même de l’alcool durant leur grossesse, et ce d’autant plus souvent que cette grossesse est méconnue.

On sait depuis longtemps qu’à des niveaux d’EPA élevés sont associés un risque tératogène et le syndrome d’alcoolisation fœtale. Les études portant sur des niveaux d’EPA plus modérés aboutissent à des résultats contradictoires, établis à partir des déclarations a posteriori des mères, d’évaluations non standardisées du développement neuropsychologique des enfants, et dans des groupes sociologiques disparates.

De mars 2015 à juillet 2016, The Safe Passage Study, étude prospective menée à CapeTown (Afrique du Sud), a permis d’inclure et de suivre 500 enfants, parmi plus de 2 000 enfants éligibles.

Les mères, dès la conception, jusqu’à 4 fois durant la grossesse puis un mois après la naissance, ont été interrogées sur leur consommation d’alcool afin d’établir un tableau chronologique précis de leur alcoolisation.

Les enfants selon leur niveau d’EPA ont été répartis dans 5 groupes :

Groupe A : groupe témoin, sans EPA -200 enfants (40 %).
Groupe B : groupe d’EPA faible ou modérée, ≤ 3 unités de boisson alcoolisée standardisées (3 x 14 g) par épisode d’alcoolisation, durant la grossesse-117 enfants (23,4 %).
Groupe C : groupe d’EPA élevée, 1 ou 2 épisodes d’alcoolisation excessive ou « binge-drinking » ( ≥ 4 unités de boisson alcoolisée) durant la grossesse -113 enfants (22,6 %).
Groupe D : groupe d’EPA très élevée, ≥ 3 épisodes d’alcoolisation excessive ou « binge-drinking » ( ≥ 4 unités de boisson alcoolisée) durant la grossesse – 70 enfants (14 %).

Des conséquences sur le développement neuropsychologique de l’enfant

La population était assez homogène, mais les femmes qui avaient présenté des épisodes de « binge-drinking » étaient plus souvent fumeuses que les abstinentes (52,8 % dans le groupe A vs. 85,7 % dans le groupe D) et plus souvent consommatrices de marijuana et de méthamphétamine.

L’évaluation des compétences cognitives et du comportement des enfants à l’âge de 4 ans, basée sur deux batteries de tests (KABC-II et NEPSY-II), n’a pas montré de différence significative, pour l’ensemble des capacités neuro-psychologiques, entre les divers groupes.

Mais il existait des différences significatives entre les enfants du groupe D et ceux du groupe témoin : plus de déficits dans les domaines du langage, de l’attention, de la coordination, et plus de retards pour l’acquisition des fonctions de communication et de socialisation. Ces différences persistaient après ajustement sur l’âge des mères, leur niveau scolaire, le tabagisme et la consommation de marijuana et de méthamphétamine.

L’alcool est tératogène et on doit conseiller aux femmes de ne pas en boire pendant leur grossesse. Lorsque la grossesse est méconnue, une exposition prénatale à l’alcool « accidentelle » peut être source d’angoisse et conduire une femme à demander une IVG. Cette étude montre qu’une EPA faible ou modérée a peu de d’impact sur le développement neuropsychologique des enfants à l’âge de 4ans, alors que des épisodes répétés de « binge-drinking » peuvent avoir un retentissement important.

Dr Catherine Vicariot

Référence
Cluver CA et coll. : The association of prenatal alcohol exposure on the cognitive abilities and behaviour profiles of 4-year-old children: a prospective cohort study. BJOG 2019; 126(13):1588-1597. doi.org/10.1111/1471-0528.

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Vos réactions (1)

  • Ne sortez pas de votre champ d'incompétence

    Le 27 novembre 2019

    La santé publique et l'épidémiologie vont mal en France.
    Encore plus mal quand il s'agit d'alcool.
    Une ignorance des biais basiques des études épidémio, une ignorance des principes de base de la communication pour le grand public.

    Voir:
    Re: Association between maternal alcohol consumption during pregnancy and risk of preterm delivery: the Japan Environment and Children's Study: Avoiding alcohol and pregnancy: the earlier the better.
    BJOG. 2019 Nov 19. doi: 10.1111/1471-0528.16003.
    https://obgyn.onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/1471-0528.16003

    Dr Alain Braillon

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