Le café : bon pour le rein ?

Nombreuses sont les publications qui chantent les vertus du café consommé avec modération. La caféine, cette base xanthique bien connue n’est ni plus ni moins qu’un principe actif doté d’effets pharmacologiques bien établis : à titre d’exemples, un effet psychostimulant et diurétique, sans oublier son profil d’agent cardiotrope. De toutes ces propriétés, découle un bénéfice cardiovasculaire plus ou moins variable et parfois mis en doute, tant les études épidémiologiques sont à la fois nombreuses, complexes et éventuellement discordantes. Une méta-analyse bien tassée datant de 2014 (voir lien) concluait que la consommation de café, même à doses élevées n’augmentait pas le risque de MCV. Entre 3 et 5 tasses par jour, c’est même le contraire qui semblait se produire, à savoir une diminution de ce dernier dans le cadre d’une relation dose-effet non linéaire. Qu’en est-il pour le rein ? Aucune étude ne s’est penchée sur l’association entre la consommation de café et le risque de maladie ou d’insuffisance rénale chronique (IRC).

L’étude de cohorte coréenne dite KoGES (Korean Genome and Epidemiology Study) a inclus 8 717 sujets représentatifs de la population générale et indemnes de tout dysfonctionnement rénal. La consommation de café a été estimée à partir de questionnaires dits alimentaires et affectée à 5 catégories selon le nombre de tasses : (1) 0 par semaine ; (2) < 1/semaine ; (3) 1-6/semaine ; (4) 1/jour ; (5) ≥ 2/jour. Le critère de jugement était à la fois simple et robuste en apparence : survenue d’une IRC définie par un débit de filtration glomérulaire estimé (DFGe) < 60 ml/min/1,73 m2.

Moins d’IRC chez les buveurs de café quotidiens

L’âge moyen au sein de cette cohorte a été estimé à 52,0 ± 8,8 ans, la proportion d’hommes étant de 47,8 %. Plus d’un participant sur deux (52,8 %) consommait quotidiennement du café. Au cours d’un suivi moyen de 11,3 ans (extrêmes, 5,9-11,5), près d’un sujet sur 10 (9,5 %) a développé une IRC, selon les critères précédemment définis. Cette éventualité s’est avérée moins fréquente en cas de consommation quotidienne de café et, de fait, les risques relatifs correspondants, en fait les hazard ratios (HRs) non ajustés se sont avérés plus faibles dans ce cas de figure.

Les analyses multivariées effectuées selon le modèle des risques proportionnels de Cox ont procédé à des ajustements multiples qui ont pris en compte les variables suivantes : pression artérielle, HTA, maladie cardiovasculaire, diabète et consommation quotidienne de thé et de nutriments contenant de la caféine, tels le chocolat ou le coca-cola. Ces analyses ont révélé que le risque d’IRC était significativement diminué chez les buveurs de café versus les non buveurs : (1) une tasse /jour : HRa = 0,76 ; intervalle de confiance à 95 % (IC) 0,63-0,92 ; (2) ≥ 2 tasses/jour : HRa =0,80 ; IC 0,65-0,98. Enfin, le taux de déclin du DFGe s’est avéré plus faible chez les buveurs de café.

Cette étude de cohorte suggère que la consommation quotidienne de café est associée à un moindre risque d’IRC. Des résultats à confirmer au sein d’autres cohortes, car il s’agit de la première à constater cette relation qui n’est en rien un lien de causalité. Le café bon pour le rein ? Il est un peu tôt pour répondre à cette question…

Dr Philippe Tellier

Référence
Jhee JH et coll. ; Effects of Coffee Intake on Incident Chronic Kidney Disease: A Community-Based Prospective Cohort Study. Am J Med., 2018 ; 131 :1482-1490.

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