Le risque de cancer du pancréas est corrélé avec la glycémie à jeun !

Il existe une étrange relation peut-être bidirectionnelle entre cancer du pancréas et diabète. On peut concevoir que survienne un diabète s'il y a un cancer du pancréas étendu avec des lésions de pancréatite associée. Il y a toutefois une relation reconnue entre le diabète et le risque de cancer du pancréas et elle est probablement plus subtile.

Une étude coréenne à l'échelle de la population s'est attachée à examiner la relation entre, cette fois-ci, la glycémie à jeun, y compris chez les sujets non diabétiques, et le risque de survenue d'un cancer du pancréas.

La base de données de l'assurance-maladie de Corée a permis d’identifier un total de 25,4 millions de patients ayant fait un bilan de santé entre 2009 et 2013. L'incidence du cancer du pancréas a été évaluée en parallèle de la glycémie à jeun.

Les glycémies à jeun ont été « stratifiées » ainsi : glycémie à jeun normale < 0,90 g/litre ; glycémie à jeun normale haute : 0,90-0,99 g/litre ; pré-diabète niveau 1 : 1 g par litre-1,09 g par litre ; pré-diabète niveau 2 : 1,10 g/litre-1,25 g/litre ; diabète > 1,26 g/litre et enfin dernière catégorie : diabète sous antidiabétiques.

L’incidence annuelle du cancer du pancréas (/100 000) sur 5 ans est pour les glycémies à jeun < 0,90 g/litre, de 32/100 000 ; pour les glycémies à jeun normale entre 0,90 et 0,99 : 41 ; pour les pré-diabètes de niveau 1 : 50 ; pour les pré-diabètes de niveau 2 : 64 ; pour les diabétiques : 75 et pour les diabétiques traités : 121.
 


On constate une augmentation continue du risque de cancer de pancréas corrélé à la glycémie à jeun (P < 0,0001). Bien évidemment, un ajustement a été fait en fonction de l'âge, du sexe, du tabagisme (facteur de risque reconnu), de la consommation d’alcool, de l'activité physique, de l’IMC, de l'ancienneté du diabète. Les résultats restent les mêmes.

Cette étude va plus loin que les études précédentes qui ont établi une relation entre le risque de cancer du pancréas et le diagnostic de diabète. Ici il s'agit d'une glycémie à jeun avec une relation linéaire même dans la zone de non-diabète.

Le risque n’augmente franchement qu’en cas de diabète

On sait que la population des diabétiques est davantage exposée au risque de cancer en général à l’exception du cancer de la prostate. Au plan physiopathologique on ne peut faire que des hypothèses : l'obésité et son processus chronique d'inflammation, les modifications des adipokines notamment de l'adiponectine, l'augmentation de l'IGF1, du TNF alpha pourraient jouer un rôle.

L'hyperglycémie pourrait favoriser la progression tumorale par son impact sur le métabolisme intracellulaire, l'augmentation du transport transmembranaire du glucose vers les cellules cancéreuses. L'inflammation chronique pourrait altérer la réparation de l’ADN via son impact sur les fonctions mitochondriales.

Cette relation bidirectionnelle entre diabète et cancer du pancréas était déjà un mystère. Dorénavant c'est la relation entre glycémie à jeun et risque de cancer du pancréas qui s’impose.

C'est une constatation un peu anxiogène de prime abord mais on peut la tempérer : pour les glycémies normales l'incidence pour 100 000 n'est pas considérable, le risque n’augmentant franchement « qu’en » cas de diabète.

Y a-t-il des spécificités de la population coréenne ?

Y a-t-il des conséquences pratiques ?

Le cancer du pancréas est en progression pour des raisons qui restent à déterminer. Malgré des progrès dans la prise en charge, la mortalité reste élevée.

Il n'est pas rationnel d'envisager devant les résultats de cette étude, une imagerie pancréatique dès que la glycémie bouge... sans symptômes d'appel (douleurs, cholestase, anomalies des selles, altération de l'état général, dégradation brutale du diabète sans explication sont des signaux qui déclenchent souvent une prescription d'imagerie, pas toujours, loin de là, avec succès).

Il est pourtant important de faire un diagnostic précoce de ce cancer qui se comporte comme un sous-marin pendant des années. Les sous-marins ont une signature acoustique. On peut espérer une signature biologique un peu moins grossière que le CA19-9 dont l'intérêt diagnostique est limité, surtout chez les diabétiques très déséquilibrés. Dans les prochaines décennies, il y aura, on peut l'espérer, des marqueurs circulants d'une métaplasie pancréatique qui pourrait laisser espérer un dépistage précoce avec définition de sous-types de pronostic différent vis-à-vis des différentes options thérapeutiques oncologiques.

Vivre est un facteur de risque de cancer…aurait pu dire Knock.
 

Dr Edgard Kaloustian

Références
Koo DH, Han KD, Park CY et coll. : The Incremental Risk of Pancreatic Cancer According to Fasting Glucose Levels: Nationwide Population-Based Cohort Study. J Clin Endocrinol Metab., 2019; 104 : 4594–4599

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Vos réactions (4)

  • Difficile d'en tirer des conclusions nettes

    Le 10 décembre 2019

    Pour obtenir une corrélation franche il est nécessaire de n'examiner qu'une donnée par rapport à une autre ; ici il me semble que le nombre de facteurs intervenants est trop complexe et il est difficile d'en tirer des conclusions nettes. La glycémie à jeun variant avec l'âge, la sédentarité, les habitudes nutritionnelles, l'indice de masse corporelle ,etc... Sans oublier les conditions psychologiques et biologiques de vie. A mon avis, inexploitable sur des chiffres de glycémie à jeun de niveau assez peu élevés.

    Dr Richard Guidez

  • Rôle du traitement ?

    Le 11 décembre 2019

    Et si l'augmentation brutale de l'incidence du cancer du pancréas dans le diabète traitée était due au traitement ! Curieuse quand même cette statistique.

    Jean-Claude Sullet

  • Pas de mise en cause des traitements

    Le 11 décembre 2019

    Bien au contraire compte tenu de ces données et de la faible différence d’incidence entre le diabète non traité et le diabète traité on ne saurait en conclure qu’une influence que bénéfique en faveur du traitement considèré de façon globale selon les usages de la science médicale coréenne.
    Puisque dans le groupe traité on constate des glycémies à jeun bien plus élevées que dans le groupe non traité et que l’on sait que cela peut avoir une influence (je dis peut car corrélation n’est pas cause à effet) comme le suggère cette étude.

    Il devrait y avoir un pic d’incidence important correspondant aux moyennes de glycémies à jeun des patients traités qui en France sont supérieures à 1,4 surtout sous insuline. Or 10mg de plus c’est environ 10/100 000 d’incidence supplémentaire.
    Ce qui confirme ce que l’on sait du principal traitement à l’utilité indiscutable à savoir la metformine à savoir que cette molécule diminue l’incidence de presque tous les cancers à l’exception’ notable du cancer de la prostate (ce dernier étant plutôt sensible aux grosses doses de café y compris décaféiné).

    A grande échelle il faudrait peut être essayer la metformine à petite dose dans l’intolérance aux hydrate de carbone en prenant garde aux effets négatifs sur la fonction rénale.
    Une grande cohorte internationale serait utile pour en savoir plus d’ici 10 ans.

    Dr François Roche

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