Le statut vaccinal des ex-prématurés n’est pas optimal dans la petite enfance !

Les prématurés constituent un groupe d’enfants particulièrement vulnérable aux infections dont certaines peuvent être prévenues par les vaccinations. Il est donc recommandé de les vacciner aux mêmes âges et selon les mêmes schémas que les enfants nés à terme, à quelques variantes près. Cette recommandation est-elle bien suivie ?

Une étude rétrospective évalue et compare les couvertures vaccinales jusqu’à 3 ans d’environ 2 000 prématurés (âge gestationnel < 37 sem.), dont 47 % étaient nés à ≤ 33 sem., et de 8 300 enfants nés à terme ou post-terme (37-43 sem.), qui font partie de la cohorte des naissances 2008-2013 d’un grand centre médical universitaire des USA.

Les données du centre médical ont été croisées avec les données du système d’information sur les vaccinations de l’État. Le Chi-2 de Pearson et la régression logistique multivariée sont utilisées pour les comparaisons entre les deux groupes de jeunes enfants.

A 19 mois, seuls 47,5 % des ex-prématurés et 54 % des enfants nés à terme ou post-terme ont reçu les séries complètes des 7 vaccins suivants, conformément aux préconisations du calendrier vaccinal des USA : DTCoq acellulaire (4 doses), Polio inactivé (3 doses), Hib conjugué (3 doses), Hépatite B (3 doses, la 1ère à la naissance si le poids est > 2 kg), pneumococcique conjugué (4 doses), rougeole-oreillons-rubéole [ROR] (1 dose), et varicelle (1 dose, toujours après la sortie de l’hôpital).

Plus d’un ex-prématuré sur 2 n’a pas des vaccinations « à jour » à 19 mois

Ainsi, à 19 mois, les ex-prématurés sont sous-vaccinés dans l’absolu et relativement aux enfants nés à terme ou post-terme. Plus d’un ex-prématuré sur 2 n’a pas des vaccinations « à jour », et un sur 5 a un déficit ≥ 4 doses de vaccin. Par rapport à un enfant né à terme ou post-terme, la probabilité qu’a un ex-prématuré d’avoir reçu toutes les doses des 7 vaccins est de 77 % à 19 mois (Odds Ratio ajusté [ORa] : 0,77 ; Intervalle de Confiance de 95 % [IC 95%] : 0,65-0,90).

Chez les enfants hospitalisés plus de 2 mois à la naissance (n = 286), qui incluent des très grands prématurés, le taux de vaccinations complètes à 19 mois est plus élevé quand les vaccinations ont été débutées avant qu’après la sortie de l’hôpital (58 % vs 21 % ; p < 0,001). Avec le risque d’effets secondaires sévères sur un tel terrain (fièvre, apnées et bradycardies), c’est une seconde raison pour débuter les vaccinations de ces enfants tant qu’ils sont hospitalisés et monitorés.

Les ex-prématurés ont aussi plus rarement des séries complètes de chaque vaccin à 19 mois que les enfants nés à terme ou post-terme, à l’exception du ROR et de la varicelle.

Rattrapage partiel à 3 ans

A 3 ans le rattrapage n’est que partiel dans les deux groupes d’enfants : 63 % des ex-prématurés ont des séries complètes pour les 7 vaccins vs 71 % des enfants nés à terme ou post-terme. Par rapport à un enfant né à terme ou post-terme, la probabilité qu’a un ex-prématuré d’avoir reçu toutes les doses des 7 vaccins est de 73 % à 3 ans (ORa : 0,73 ; IC 95% : 0,65-0,90).

Aux deux âges la couverture vaccinale des ex-prématurés ne dépend pas du degré de prématurité (≤ 33 sem. ou 34-36 sem.).

D’autres vaccins sont conseillés chez les jeunes enfants : contre les rotavirus, l’hépatite A et la grippe saisonnière. A 19 mois, la couverture vaccinale des ex-prématurés contre les rotavirus est inférieure à celle des enfants nés à terme ou post-terme (70 % vs 82 % ; p < 0,001). A 3 ans, la couverture contre l’hépatite A et la grippe est similaire dans les deux groupes d’enfants (68 % et 25 %, respectivement).

En résumé, les anciens prématurés sont sous-vaccinés et leur rattrapage vaccinal est partiel à 3 ans. Cette situation peut être due à plusieurs facteurs : fausses idées et craintes des parents, ignorance des recommandations vaccinales par les parents et les soignants, infections intercurrentes des enfants, qui retardent les vaccinations… Parmi les interventions possibles, les auteurs soulignent l’importance d’une communication des soignants sur les vaccinations de ces enfants.

La situation est-elle similaire en France ? Des enquêtes, au sein de réseaux périnataux, ont montré que la couverture vaccinale des anciens prématurés laissait aussi à désirer. Toutefois, comme ces enquêtes datent d’avant l’obligation de vaccination, on peut espérer qu’elle va s’améliorer, en particulier grâce au rattrapage vaccinal.

Dr Jean-Marc Retbi

Référence
Hofstetter AM et coll. : Early childhood vaccination status of preterm infants. Pediatrics 2019 ; 144(3) :e20183520

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