L’effet des infiltrations d’acide hyaluronique pour gonarthrose serait moindre en cas de synovite

L’infiltration intra-articulaire d'acide hyaluronique qui est le principe de la viscosupplémentation a un double objectif : d’une part, diminuer les symptômes imputables à une arthrose évolutive touchant notamment le genou ou la hanche, d’autre part, améliorer l’état fonctionnel en jouant sur la lubrification des surfaces cartilagineuses et en augmentant leur résistance aux contraintes mécaniques relevant des forces de friction ou de compression. L’effet symptomatique et fonctionnel qui est durable peut permettre de temporiser et d’éviter une arthroplastie trop précoce. Mais la présence d’une synovite mise en évidence par échographie peut-elle compromettre l’efficacité de la viscosupplémentation ?

C’est ce que suggèrent les résultats d’une étude de cohorte prospective dans laquelle ont été inclus 137 patients atteints d’une gonarthrose symptomatique. Tous les participants ont bénéficié de deux infiltrations intra-articulaires d’acide hyaluronique espacées de deux semaines. Leur efficacité clinique a été évaluée à l’aide d’une échelle visuelle analogique (EVA) et de l’index WOMAC (Western Ontario and McMaster Universities OA), respectivement un et six mois après les infiltrations. Une exploration échographique complète du genou a permis de : préciser le stade de l’arthrose en se référant aux grades de Kellgren–Lawrence, de détecter les épanchements synoviaux suprapatellaires et d’estimer leur profondeur mais aussi d’évaluer une éventuelle hypertrophie synoviale et la vascularité des lésions.  

Relation inverse entre l’importance de l’épanchement et l’amélioration des scores à l’EVA et de l’index WOMAC

Dans les suites du traitement, les scores obtenus sur l’EVA et l’index WOMAC se sont améliorés significativement par rapport à l’état basal, aussi bien à un mois qu’à six mois (p < 0,001 aux deux temps). Cependant, l’efficacité symptomatique et fonctionnelle a été modifiée chez tous les patients par la présence d’un épanchement synovial. C’est ainsi qu’une relation inverse a été mise en évidence entre le diamètre de l’épanchement et l’amélioration des scores précédents : chaque centimètre supplémentaire a été associé à une diminution significative de l’amélioration constatée en % sur l’EVA à un mois (-15, 26 ; intervalle de confiance à 95 % IC 95% : -0,05, -29,5 ; p = 0,042). Il en a été de même pour le score sur l’index WOMAC à six mois, les valeurs correspondantes par centimètre d’épanchement supplémentaire étant de -37,43 (IC 95% : -37,68, -50,69 ; p <  0,01). En revanche, aucune association de ce type n’a impliqué les variables représentatives de l’hypertrophie synoviale ou de la vascularité.

En cas de gonarthrose symptomatique, l’efficacité symptomatique de la viscosupplémentation pourrait être diminuée par la présence d’un épanchement synovial suprapatellaire visible à l’échographie. Un résultat qui mérite d’être confirmée sur une plus grande échelle avant de rechercher des explications plus ou moins vraisemblables et d’en tirer des conclusions pratiques.

Dr Philippe Tellier

Référence
Wang C-C et coll. : Effect of ultrasound-detected synovitis on therapeutic efficacy of hyaluronic acid injection for symptomatic knee osteoarthritis. Rheumatology 2021 : publication avancée en ligne le 25 janvier. doi.org/10.1093/rheumatology/keab020

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