L’effet Werther, des morts sous influence

La publication, en 1774, du roman de Goethe « Les souffrances du jeune Werther », a été suivie d’une vague de suicides par armes à feu, en Allemagne et à travers toute l’Europe. Cet effet, nommé « effet Werther » ou « suicide mimétique », a, depuis lors, été l’objet de plus de 150 études. Aujourd’hui, les héros de romans provoquent sans doute moins de fascination et l’effet Werther est bien plus souvent consécutif au suicide de célébrités médiatiques qu’à des personnages de fictions. Il se manifeste particulièrement quand ces décès sont relatés de façon dramatique ou romantique, ou quand la méthode du suicide est rapportée.

Une équipe internationale fait le point sur les travaux réalisés sur le sujet. Vingt études ont été retenues pour l’analyse qui confirme une augmentation des suicides après la relation par les médias du décès par suicide d’une célébrité (Risque relatif 1,13 ; intervalle de confiance à 95 % 1,08 à 1,18). Quand le mode de suicide utilisé est divulgué par les media, le nombre de suicides par la même méthode augmente de 30 % (RR 1,30 ; IC 1,18 à 1,44).

Responsabilité des médias

Trois mécanismes au moins expliqueraient l’effet Werther. Le premier est l’identification avec la personne décédée, notamment quand il s’agit de personnalités très médiatisées. Cela s’est vu particulièrement après le suicide d’animateurs très célèbres dont le public se sentait très proche. Ensuite, la place importante donnée par les media aux cas de suicides peut faire apparaître celui-ci comme une façon « acceptable » de faire face aux difficultés. Enfin, les informations sur la méthode utilisée semblent influencer davantage encore les individus vulnérables : les suicides par pendaison ont fortement augmenté, particulièrement chez les hommes de 45 à 64 ans, après que Robin Williams a ainsi mis fin à ses jours.

Pour les auteurs, ces résultats justifient la collaboration entre les experts de la prévention du suicide et les professionnels des media, pour la mise en place de recommandations de bonne pratique. Les media doivent avoir conscience de l’impact que peut avoir la relation du suicide d’une personnalité médiatique et de leur responsabilité pour limiter l’effet Werther.

Dr Roseline Péluchon

Références
Niederkrotenthaler N et coll. : Association between suicide reporting in the media and suicide: systematic review and meta-analysis. BMJ 2020;368:m575

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Vos réactions (1)

  • Rôle des benzodiazépines

    Le 28 mars 2020

    Quand va-t-on dénoncer les tranquillisants - benzodiazépines- délivré sans raison à la moitié de la population française. Ils n'ont aucun intérêt sauf comme somnifères sur une durée limitée mais ils entraînent de la dépression et des suicides.
    Il serait intéressant de faire une statistique pour voir quelle est la proportion des suicidés qui sont sous tranquillisants. Je suis persuadé qu'une majorité en prenaient.
    Mais les firmes pharmaceutiques se font de l'or en barres avec les tranquillisants et on peut être assuré que leurs lobbies vont se déchaîner dans la presse. Ben voyons, de si bons médicaments qui dont tant de bien aux patients !

    Dr Guy Roche, ancien interniste - ancien responsable d'une unité de désintoxication alcool et benzodiazépines

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