Les futures mères ont-elles un sixième sens ?

Les symptômes exprimés par les femmes durant leur grossesse peuvent souvent être rattachés à une origine biologique et pris en charge comme tels. Mais parfois, la sensation ressentie est plus floue et plus proche de l’intuition ou d’un "sixième sens" que d’une réalité clinique et par conséquent bien difficile à prendre en charge.

Quel est donc cet instinct ? C’est ce qu’a exploré une équipe australienne via une étude cas témoin internationale menée par internet sur 146 femmes ayant eu l’expérience d’une mort fœtale in utero (MFIU) vs 234 femmes enceintes de plus de 28 SA ou ayant accouché depuis moins de 30 jours d’un enfant bien portant.

Les trois-quarts des patientes du groupe MFIU déclarent avoir eu l’intuition que quelque chose n’allait pas contre seulement 12 % du groupe contrôle.

Cette intuition peut s’être manifestée dès l’annonce de la grossesse et persister au fil des mois, comme cela a été le cas chez 20 % des femmes tandis que pour 23 % d’entre elles, le pressentiment ne s’est manifesté que la veille de l’accouchement.

Dans le groupe MFIU, le mauvais pressentiment est plus rarement lié à un symptôme inhabituel de type douleur ou saignement (14 % vs 37 %) ; quelques-unes (14 %) ont eu des rêves.

Pour autant, ces femmes tentent d’enterrer ces sentiments encombrants en mettant leurs inquiétudes sur le compte des hormones, d’une anxiété naturelle pour une première grossesse ou encore elles sont rassurées par un professionnel ou un proche de leur entourage. Cela est d’autant plus aisé que certaines patientes ignorent que la MFIU existe.

Les résultats de cette enquête sont à manier avec précaution, en particulier du fait du caractère rétrospectif de l’étude. En effet les sentiments négatifs laissant plus de souvenirs que les évènements positifs, les femmes ayant accouché d’un enfant en bonne santé ont pu oublier qu’elles avaient éprouvé un malaise à un moment ou à un autre de la grossesse. De même, les rêves sont réputés pour être en général plus effrayants et plus fréquents lors de la grossesse : 25 % des femmes font des rêves terrifiants au sujet de leur enfant.

Bien qu’anxiété et intuition soient deux entités différentes, lorsque les femmes expriment leurs inquiétudes, elles se voient souvent répondre qu’il est légitime d’être angoissée. Des études prospectives permettront peut-être un jour de découvrir la façon la plus pertinente de prendre en charge ce type de motif de consultations.

Marie Gélébart

Référence
Warland J et coll. : “They told me all mothers have worries”, stillborn mother’s experiences of having a ‘gut instinct’ that something is wrong in pregnancy: Findings from an international case–control study. Midwifery 2018 ; 62 : e171-176.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article