Les IPP, moins innocents qu’il n’y paraît

Les inhibiteurs de la pompe à protons (IPP) sont très largement prescrits et certains peuvent être disponibles en vente libre. De récents travaux ont alerté sur les effets indésirables possibles des traitements prolongés par IPP : insuffisance rénale, néphrite interstitielle aigüe, fractures ostéoporotiques, démence, infections à Clostridium difficile.

Mortalité toute cause plus élevée chez les utilisateurs d’IPP

Une nouvelle étude de cohorte ne devrait pas apaiser les inquiétudes soulevées par les précédentes mises en garde. Plus de 350 mille personnes à qui était prescrit un IPP ont été suivies pendant 6 ans et leur risque de  mortalité comparé à celui des patients prenant des anti-H2 ou pas de traitement. Il apparaît une association significative entre la prise d’IPP et la mortalité toutes causes, en comparaison avec les patients ayant pris des anti-H2 (Hazard Ratio [HR] 1,25 ; intervalle de confiance à 95 % [IC] 1, 23 à 1,28) et ceux n’ayant pris ni les anti-H2 ni les IPP (HR 1,22 ; IC 1, 21 à 1,23). Le risque est supérieur pour les patients pour lesquels aucune indication médicale des IPP n’est documentée et augmente avec la durée du traitement.

Réévaluer les indications

Les IPP sont utilisés régulièrement par des millions de personnes dans le monde, pour des indications qui n’ont pas toujours été évaluées. Certains sont disponibles sans prescription médicale et sont perçus comme une classe thérapeutique sans danger. Souvent prescrits abusivement, rarement dé-prescrits, fréquemment démarrés au cours d’une hospitalisation et poursuivis ensuite sans réelle indication.

Les résultats de cette étude, montrant une augmentation du risque de décès chez les utilisateurs et particulièrement ceux sans pathologie gastro-intestinale et traités au long cours, devraient encourager la pharmacovigilance et inciter les praticiens à réévaluer chaque prescription en fonction de l’indication.

Dr Roseline Péluchon

Références
Xie Y et coll. : Risk of death among users of Proton Pump Inhibitors: a longitudinal observational cohort study of United States veterans.
BMJ Open 2017; 7: e015735

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Vos réactions (3)

  • IPP et effets "collatéraux"

    Le 27 août 2017

    Je me doutais que la prescription d'IPP au long cours par "précaution" risquait de provoquer des effets secondaires.
    Je suis étonné du temps mis pour que des publications en parlent...

    Dr Pascal Pozzi

  • Par quel mécanisme ?

    Le 28 août 2017

    Autant je peux comprendre le risque d'ostéoporose mais les autres pathologies comme la démence m'étonne. Les IPP contiennent pour la plupart des nanoparticules (E 171) qui passent la barriere hématoencéphalique ou BHE. Ayant traversés ce sanctuaire on découvre qu'il existe une inflammation. Et ensuite que se passe-t-il ?
    C'est le même mécanisme pour les intestins.
    Je crois que l'on va avoir des surprises avec les traitements au long cours.

    Est-ce la molécule ou les colorants excipients en cause de type nanoparticules? Est-ce que les nanoparticules dans les médicaments seront le prochain scandale sanitaire comme l'amiante jadis ?

    Dr Frédéric Langinier

  • Réaction aux nanoparticules

    Le 08 septembre 2017

    Connaissez-vous une alternative aux IPP ou à défaut, des IPP efficaces sans E171 ?

    Dr Marie-Ange Grondin

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