L’état de mal épileptique est de moins bon pronostic quand il survient à l’hôpital…

L'état de mal épileptique (EME) est un état d’urgence absolue, le pronostic vital et fonctionnel étant en jeu. L’âge, le niveau d'altération de la conscience, le tableau clinique, les antécédents de crises antérieures, l'étiologie, les comorbidités et les signes électroencéphalographiques sont autant de facteurs qui permettent, dans une certaine mesure, de prédire l’issue. Le bilan étiologique doit rapidement retrouver la cause et, de ce fait, le contexte d’apparition de l’EME est essentiel.

Si l’on peut supposer que l’EME survenant en milieu hospitalier est de meilleur pronostic car bénéficiant d’une prise en charge optimale rapide, on peut également concevoir que les malades hospitalisés sont généralement atteints de maladies à l’origine d’un EME plus grave.

Pour préciser la part des choses, une étude de cohorte rétrospective a été réalisée au sein du centre hospitalo-universitaire de la ville de Modène (Italie) laquelle a inclus 711 patients victimes d’un EME entre 2013 et 2021, survenu en dehors du milieu hospitalier (n = 397 ; 55,8 %) ou au sein de celui-ci (n = 314 ; 44,2 %).

Des patients plus âgés avec de lourdes comorbidités


Les 314 malades hospitalisés étaient plus âgés, plus souvent atteints de comorbidités ou d’une affection aiguë sévère, potentiellement létale : dans ce cas, les troubles de la conscience avant traitement étaient plus fréquents, de même que les formes non convulsives ou myocloniques. Le contrôle de l’EME a été obtenu dans les mêmes proportions dans les deux groupes.

La mortalité à 30 jours des patients ayant eu un EME à l’hôpital a été globalement plus élevée, soit 62,9 % versus 37,1 % (p < 0,001). En analyse multivariée ajustée, la survenue de l’EME en cours d’hospitalisation est apparue comme un facteur de risque indépendant prédictif de la mortalité à 30 jours, l’odds ratio ajusté étant à 1,720 (intervalle de confiance à 95 % = 1,107-2,674 ; p = 0,016).

Cependant dans un groupe de 244 patients appariés (122 EME hospitaliers et 122 EME extrahospitaliers) selon un score de propension, il n’a pas été constatée de différence significative en matière de mortalité à 30 jours (29,5 % vs 27,9 %) ou de contrôle de l’état de mal (38,5 % vs 32 %).

Ainsi la surmortalité (presque le double) à 30 jours des patients victimes d’un EME à l’hôpital (par rapport aux patients ayant eu un EME en dehors de l’hôpital), s’explique-t-elle essentiellement par des différences en termes d’âge, de présence d’affections aiguës potentiellement létales et de comorbidités, indépendamment de la gravité intrinsèque de cette grande urgence neurologique. Comme en témoigne la mortalité des EME extrahospitaliers estimée ici à 37 %.

Dr Giovanni Alzato

Références
Brigo F et coll. : Out-of-hospital versus in-hospital status epilepticus: the role of etiology and comorbidities. Eur J Neurol 2022 ; 29(10):2885-2894.
doi: 10.1111/ene.15472.

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