Maladies psychiatriques et Covid-19, une autre comorbidité à risque

Les maladies psychiatriques sont un facteur de vulnérabilité face aux agressions les plus diverses. Qu’en est-il pour la Covid-19 ? Favorisent-elles les formes sévères et sont-elles un facteur de surmortalité ? Influent-elles sur le risque d’hospitalisation et quel est le rôle potentiel de la pharmacothérapie ? Autant de questions qui trouvent des réponses attendues dans une revue de la littérature internationale complétée par une méta-analyse, réalisée à partir des données enregistrées sur Web of Science, Cochrane, PubMed et PsycINFO entre le 1er janvier 2020 et le 5 mars 2021.

Sur les 841 études identifiées, seules 33 ont été retenues pour la revue systématique et 23 ont été incluses dans la méta-analyse. Sur les 1 469 731 patients atteints de la Covid-19 et ainsi regroupés, 43 938 souffraient d’une maladie psychiatrique. Neuf études faisaient état de l’ethnie. La qualité de  22 études pouvait être considérée comme élevée selon les critères de la  Newcastle

Ottawa Scale.

La comparaison cas-témoins effectuée en l’absence d’ajustement sur les facteurs de confusion potentiels a révélé que les maladies psychiatriques toutes formes cliniques confondues étaient associées à une surmortalité en cas de Covid-19, l’odds ratio (OR) correspondant étant en effet estimé à 2,00 ([intervalle de confiance à 95 % IC 95% 1,58-2,54] ; I2 = 92,66%). La valeur du test I2 > 75 % témoigne cependant d’une forte hétérogénéité entre les études.

Surmortalité en cas de troubles psychotiques et de l’humeur

Cette surmortalité a concerné en priorité les maladies psychiatriques suivantes : troubles psychotiques (OR 2,05 [1,37-3,06]; I2= 80,81%), troubles de l’humeur (1,99 [1,46-2,71] ; I2 = 68,32 %), addictions et toxicomanies (1,76 [1,27-2,44]; I2 = 47,90 %) et handicap mental ou troubles du neurodéveloppement (1,73 [1,29-2,31] ; I2 =9 0,15%). En revanche, les troubles anxieux ne semblent pas être impliqués dans cette association (1,07 [0,73-1,56] ; I2=11,05%).

Par ailleurs, la surmortalité a été également associée aux médicaments prescrits pour contrôler l’affection psychiatrique, en tête de liste les antipsychotiques (3,71 [1,74-7,91] ; I2 = 90,31 %), devant les anxiolytiques (2,58 [1,22-5,44] ; I2 = 96,42 %) et les antidépresseurs (2,23 [1,06-4,71] ; I2 = 95,45 %).

Après ajustement selon l’âge, le sexe et le plus grand nombre de facteurs de confusion possible, les associations sont restées significatives en ce qui concerne les troubles psychotiques, les troubles de l’humeur, les antipsychotiques ou encore les anxiolytiques.

Et risque accru d’hospitalisation

Le risque d’hospitalisation, mais non celui d’admission en unité de soins intensifs (USI), apparaît également majoré par les maladies psychiatriques, l’OR étant estimé à 2,24 [1,70-2,94] ; I2 = 88,80%). Les analyses par sous-groupes ont, pour leur part, identifié deux covariables interférant de manière significative avec la mortalité, respectivement le traitement basal de l’infection virale (p = 0,013) et le pays où l’étude a été réalisée (p < 0,0001). Selon les critères de l’outil GRADE, le niveau de certitude pour ce qui est de la mortalité et du risque d’hospitalisation peut être considéré comme élevé, en dépit de l’hétérogénéité des études et de l’approche cas-témoins. En revanche, les résultats sont moins certains pour ce qui est de l’admission en USI.

Les maladies psychiatriques préexistantes semblent donc bien aggraver le pronostic de la Covid-19 avec une surmortalité et un risque accru d’hospitalisation. Les troubles psychotiques et les troubles de l’humeur seraient particulièrement concernés et l’exposition aux antipsychotiques ou aux anxiolytiques entrerait également en ligne de compte. Parmi les mécanismes en cause, figurent au moins au titre d’hypothèses, un accès plus difficile ou plus parcimonieux aux soins médicaux du fait du patient lui-même, la possibilité de phénomènes immuno-inflammatoires intrinsèques à certaines affections psychiatriques ou encore les effets biologiques de certains médicaments. Quoiqu’il en soit, les maladies psychiatriques méritent de figurer parmi les comorbidités capables d’aggraver le pronostic de la Covid-19 et de bénéficier de mesures de prévention ciblées au travers notamment de la vaccination et de la facilitation de l’accès aux soins.

Dr Philippe Tellier

Référence
Val B et coll. : Mental disorders and risk of COVID-19-related mortality, hospitalisation, and intensive care unit admission: a systematic review and meta-analysis. Lancet Psychiatry 2021 ; publication avancée en ligne le 15 juillet. 15;S2215-0366(21)00232-7. doi.org/10.1016/S2215-0366(21)00232-7

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