Mortalité de la Covid-19, pauvres pays riches…

Les populations humaines sont fort diverses, mais elles ont en commun au moins un point : elles tendent à se concentrer dans des niches géographiques favorables à leur développement, par exemple avec une température moyenne ambiante, comprise entre 11°C et 15°C, ce qui n’existe que dans une fenêtre de latitudes particulièrement étroite (30 à 65°). C’est dans ces régions caractérisées par ces climats dits tempérés que l’espérance de vie atteint des records du fait d’un développement économique et social sans précédent, ce dont témoignent des indicateurs tels le produit intérieur brut (PIB) et les performances des systèmes de soins par exemple.

Trop vieux et vulnérables pour s’adapter

Cependant, depuis quelques années, il semble qu’au sein de ces pays riches, un plateau ait été atteint, comme si l’effet de niche se retournait contre ses bénéficiaires d’un temps. L’espérance de vie n’augmente plus, voire diminue et il en va de même pour d’autres marqueurs tels la taille des individus ou encore diverses performances physiologiques : autrement dit, il semblerait que les sociétés concernées soient confrontées à une réduction de leurs capacités d’adaptation ou de leur adaptabilité à des contraintes nouvelles. Rien de surprenant car elles sont composées d’individus de plus en plus vulnérables du fait du déclin de leurs capacités physiologiques en relation avec le vieillissement, alors qu’il existe une limite a priori infranchissable à la longévité. Ces sociétés deviendraient ainsi intrinsèquement plus vulnérables du simple fait de la proportion croissante de sujets âgés : les effets dévastateurs des canicules récentes et la pandémie de Covid-19 encore plus récente en témoigneraient, la mortalité qui leur est imputable étant étroitement corrélée à l’âge. Parallèlement, les causes des décès ont évolué : les affections aiguës ont cédé la place aux maladies chroniques qu’il s’agisse de la maladie cardiovasculaire, du diabète, de l’HTA, des cancers ou encore des affections neurodégénératives.

Fragilisés par les facteurs de risque métabolique et cardiovasculaire

Sans oublier le poids croissant des facteurs de risque métabolique et cardiovasculaire qui sont à l’origine d’une lourde mortalité par le biais notamment de l’obésité dont la prévalence a explosé dans les pays les plus favorisés sans épargner pour autant les pays en développement. Autant de facteurs qui ont favorisé l’émergence des comorbidités, vecteur d’une surmortalité conséquente face à la pandémie de Covid-19. Cette faiblesse intrinsèque de certaines nations, celles qui ont le plus bénéficié des effets de niche évoqués, pourrait bien avoir joué un rôle déterminant dans la progression de l’épidémie et ses conséquences en termes de mortalité, tout au moins au cours des huit premiers mois de cette année.

En faveur de cette hypothèse plaident les résultats d’une étude qui a recherché une association entre la mortalité de la Covid-19 et divers facteurs liés à la démographie (espérance de vie et sa progression), à la santé (facteurs de risque cardiovasculaire, mode de vie, prévalence de l’obésité, mortalité cardiovasculaire, sédentarité etc.), à l’environnement (température, hygrométrie), à l’économie ( PIB et indicateurs de développement) et aux diverses réponses des gouvernements (confinement ou contraintes variées).

Au total, les données ont été recueillies au sein de 188 pays qui avaient déclaré au moins un cas de la maladie et fait état d’au moins dix décès au 31 août 2020. Pour la Chine et les Etats-Unis, un découpage par régions ou états a été effectué, dès que le seuil de dix décès était atteint à l’échelon régional ou local. La mortalité a été estimée sous la forme du rapport entre le nombre total de décès et la population par nation, état ou région.

Les données ont été traitées au moyen d’une analyse en composantes principales (ACP) couplée à une matrice de corrélation établie par le test de Pearson.

Plus fait la latitude que la contrainte

Les taux de mortalité les plus élevés ont été observés entre 25° et 65°de latitude, et −35/−125° de longitude. Les critères nationaux les plus étroitement associés à la mortalité de la Covid-19 ont été les suivants : l’espérance de vie et sa stagnation, les indicateurs de santé publique (le poids des maladies métaboliques et non contagieuses en termes de prévalence, l’emportant sur celui des maladies infectieuses), les paramètres économiques (PIB, mesures de soutien financier), ceux liés à l’environnement (température, ensoleillement). En revanche, l’intensité des mesures contraignantes ou le confinement destinés à freiner l’épidémie n’ont pas été significativement associés aux taux de mortalité.

Le prix payé à la pandémie de Covid-19 d’un point de vue sanitaire semble dépendre de l’adaptabilité des nations face à l’agression virale. Les pays les plus développés et les plus riches, mais aussi les plus vieillissants et les plus exposés aux comorbidités sont les plus vulnérables en termes de mortalité. La richesse des nations ferait en partie et en quelque sorte leur faiblesse. Les mesures destinées à freiner la propagation de l’épidémie ne semblent pas avoir eu d’effet sur les taux de mortalité mais, sur ce point, la qualité des données soumises à l’analyse doit tempérer les points de vue, remarque qui s’applique d’ailleurs aux autres résultats, car toutes les associations précédentes aussi significatives soient-elles… ne sont en rien des liens de causalité.

Quoi qu’il en soit, dans le futur, les sociétés les plus vulnérables ont tout intérêt à lutter contre les facteurs de risque qui favorisent l’explosion des comorbidités, en premier lieu l’obésité… Pour ce qui est de l’âge, c’est plus difficile, mais il conviendrait d’optimiser la prise en charge du vieillissement ce qui n’est pas une mince affaire…

Dr Philippe Tellier

Référence
De Larochelambert Q et coll. : Covid-19 Mortality: A Matter of Vulnerability Among Nations Facing Limited Margins of Adaptation. Frontiers in Public Health 2020 ; publication avancée en ligne le 19 novembre. doi: 10.3389/fpubh.2020.604339.

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Vos réactions (2)

  • Sage reflexion du Dr Tellier

    Le 27 novembre 2020

    "Les mesures destinées à freiner la propagation de l’épidémie ne semblent pas avoir eu d’effet sur les taux de mortalité" est ce à dire que le confinement ne sert pas à grand chose? Sauf à augmenter le surpoids par l'ennui et l'inactivité ...et donc la mortalité..." en même temps". On ne peut pas vivre indéfiniment, les philosophes l'ont bien dit.

    Anne Levry (pharmacien)

  • Chiffres étonnants

    Le 27 novembre 2020

    Je suis très étonnée de cette vision de l'épidémie.
    Les pays d'Asie, comme le Japon ou Singapour, la Corée du Sud, ou bien l'Australie et la Nouvelle Zélande, sont des pays riches, à l'espérance de vie élevée, qui ont eu des mesures contraignantes et qui ont eu bien moins de morts qu'en Europe.

    Dr Dominique Adelving

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