Myélite aiguë flasque chez l’enfant : facteurs de risque, clinique, pronostic

La myélite aiguë flasque (MAF) est caractérisée par une paralysie flaccide des membres à début brusque. L’imagerie montre des lésions longitudinales de la substance grise médullaire. Des entérovirus variés ont été isolés chez certains patients le plus souvent en dehors du système nerveux (nez, selles) de sorte que la relation entre la clinique et la découverte virologique est incertaine. La MAF partage avec la poliomyélite des similitudes cliniques, radiologiques et démographiques.

Des chercheurs à partir des données du consortium d’assurances Kaiser Permanente Northern California ont conduit une étude rétrospective sur les cas de MAF entre un et 18 ans observés dans cette organisation de 2011 à 2016. Les observations médicales électroniques ont permis d’enregistrer les antécédents, les vaccinations le mois précédent, les traumatismes dans les 6 mois, et les traumatismes crâniens même anciens. Les IRM ont été revues par un radiologiste ne connaissant pas les données cliniques. Au cours du recensement, 274 patients ont été exclus dont 272 en l’absence de lésions spinales à l’IRM, un pour Guillain-Barré, un autre pour traumatisme.

L’étude a inclus 28 patients soit un taux de 1,46/100 000 personnes/an avec une augmentation significative en 2016. Le plus grand nombre de cas a été observé de septembre à décembre de chaque année. La médiane d’âge des patients était de 9 ans (2 à 17 ans). Comparé à la population d’âge identique, les patients d’origine asiatique étaient en proportion plus importante (35,7 % vs 19 %, p = 0,02) ainsi que les garçons (67,9 % vs 50,7 %, p = 0,06). Une vaccination (un seul cas) ou un traumatisme (4 cas) n’ont pas été retenus comme facteur de risque. En revanche, il a été noté plus d’antécédents de traumatisme crânien (25 % vs 0,006 %, p < 0,001), d’asthme (32,1 % vs 11,4 %, p < 0,001), de dermatite atopique (32,1 % vs 4,7 %, p < 0,001) ; et 6 patients présentaient une maladie auto-immune.

Les signes cliniques étaient une fièvre (n = 23 ; 82 %), une infection respiratoire supérieure (n = 17 ; 61 %), des symptômes gastro-intestinaux (n = 10 ; 36 %). L’extension de la paralysie variait d’une monoplégie (n = 5 ; 18 %) à une quadriplégie avec ou sans atteinte respiratoire (n = 12 ; 43 %). La plupart des cas avaient une pléocytose du LCR (médiane 59/µL) et une élévation des protéines (0,36 g/l). La recherche d’entérovirus a été négative dans le LCR dans tous les cas (n = 17) et positive 5 fois sur 11 dans la gorge ou les selles. Les IRM ont montré une hyper-intensité médullaire en T2 non amplifiable de la matière grise intéressant souvent les cornes antérieures. Les lésions siégeaient préférentiellement au niveau cervical et thoracique supérieur ; 12 patients avaient une atteinte cérébrale ou du tronc associée. Parmi les 27 patients dont l’évolution était connue à 1 an, 11 (41 %) ont présenté une récupération complète, les 16 autres, partielle. Aucun facteur n’était initialement prédictif, en particulier l’extension des paralysies ; 3 patients avaient une trachéotomie, 4 une gastrostomie. Aucun décès immédiat n’a été déploré mais un est survenu des complications après un an.

En conclusion, cette série confirme le sexe masculin et l’atopie comme facteurs de risque de MAF. Les éléments apparemment nouveaux sont l’augmentation de l’incidence, une ascendance asiatique plus fréquente et des antécédents de traumatisme crânien.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Kane MS et coll.: Incidence, risk factors and outcomes among children with acute flaccid myelitis: a population-based cohort study in a California health network between 2011 and 2016. Pediatr Infect Dis J 2019 ; 38: 667-672.

Copyright © http://www.jim.fr

Réagir

Vos réactions

Soyez le premier à réagir !

Les réactions aux articles sont réservées aux professionnels de santé inscrits
Elles ne seront publiées sur le site qu’après modération par la rédaction (avec un délai de quelques heures à 48 heures). Sauf exception, les réactions sont publiées avec la signature de leur auteur.

Réagir à cet article