Naissance prématurée, le rein s’en souvient !

Une naissance prématurée interrompt la maturation rénale pendant une période critique de développement des reins. Cela a pour conséquence une réduction définitive du nombre de néphrons. La prématurité a été associée à une augmentation du risque d’insuffisance rénale pendant l’enfance, mais les conséquences à long terme sur la fonction rénale sont encore mal connues.

C’est ce qui fait l’intérêt d’une étude publiée par le British Medical Journal.

L’étude a été réalisée sur les données d’une cohorte suédoise comprenant plus de 4 millions de personnes nées entre 1973 et 2014. Dans cette cohorte, et au cours d’un suivi de 87 millions de personnes-années, un diagnostic d’insuffisance rénale chronique a été porté pour 4 305 individus, soit une incidence de 4,95 pour 100 000 personnes-années, en considérant l’éventail des âges dans sa totalité (0-43 ans).

Un risque d’IRC inversement proportionnel à l’âge gestationnel à la naissance

Les données confirment que le risque d’insuffisance rénale chronique est inversement proportionnel à l’âge gestationnel à la naissance, avec un risque doublé pour les enfants nés prématurément (Hazard Ratio HR ajusté 1,94 ; Intervalle de confiance à 95 %  IC 1,74 à 2,16), et triplé par l’extrême prématurité (< 28 SA : HR ajusté 3,01 ; IC 1,67 à 5,45). Mais l’augmentation du risque existe même quand la naissance est peu prématurée, de 30 % pour une naissance à 37-38 SA.

Le lien entre la naissance prématurée et l’insuffisance rénale chronique est particulièrement étroit entre 0 et 9 ans (5,09 ; 4,11 à 6,31), puis diminue lentement. Il concerne également les garçons et les filles et ne semble pas dépendre de facteurs génétiques ni environnementaux.

Faire figurer la prématurité dans les antécédents

Actuellement, la prévalence des naissances prématurées en Europe est de 5 à 8 %, avec plus de 95 % de survie jusqu’à l’âge adulte. L’association de la prématurité avec l’insuffisance rénale a donc des implications importantes en termes de santé publique. Cela illustre en premier lieu la nécessité de stratégies de prévention des naissances prématurées, avec un meilleur accès aux soins entourant la grossesse pour les femmes à risque, ainsi que la réduction des accouchements avant terme non médicalement justifiés. Cette étude souligne aussi l’importance de voir figurer dans le dossier des patients un antécédent de prématurité. Cela permet les mesures préventives de préservation de la fonction rénale, et entre autres d’éviter les médicaments néphrotoxiques, de contrôler les facteurs de risque de progression de l’insuffisance rénale et d’exclure le don d’un rein.

Dr Roseline Péluchon

Références
Crump C et coll. : Preterm birth and risk of chronic kidney disease from childhood into mid-adulthood: national cohort study.
BMJ 2019;365:l1346

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