Ne pas injecter le vaccin contre l’hépatite B par voie sous-cutanée chez le sujet âgé !

La réponse immunitaire aux vaccinations est moindre chez les personnes âgées. Des altérations du système immunitaire, liées à l’âge et définies par le terme d’immuno-scénescence, en sont responsables. Mais d’autres facteurs sont impliqués : les comorbidités (HIV, insuffisance rénale, obésité), les habitudes de vie (tabac, alcool), et le sexe masculin. La dénutrition, un déficit en vitamine E, en vitamine B12 ou en zinc semblent aussi intervenir.

Mais il ne faut sans doute pas négliger le rôle de la technique d’injection du vaccin. L’injection dans le deltoïde est la plus fréquente. Or, l’avancée en âge s’accompagne d’une augmentation de la couche graisseuse entourant le deltoïde, et l’injection, au lieu d’être faite en intra-musculaire comme il est recommandé, peut être réalisée par inadvertance en sous-cutanée. Il se trouve que le tissu adipeux est pauvre en cellules immunologiquement actives et que le flux sanguin de la peau y est réduit comparé à celui du muscle. Ces éléments pourraient contribuer à la faiblesse de la réaction immunitaire observée chez les personnes âgées.

Moins de séroconversions et des taux d’anticorps inférieurs

Pour vérifier cette hypothèse, 52 personnes âgées de 65 à 82 ans en bonne santé, ont reçu un vaccin recombinant adjuvé contre l’hépatite B, soit en intra-musculaire, soit en sous-cutané. Le site d’injection était vérifié par imagerie. Un groupe témoin de 12 personnes de 21 à 34 ans a été constitué en parallèle.
 
Sans surprise, le taux de réponse vaccinale, définie par un taux d’anticorps de surface (HBsAc) supérieur ou égal à 10 UI/l, est significativement moindre chez les personnes âgées, en comparaison avec le groupe de jeunes témoins. La réponse immunitaire est aussi plus tardive, la majorité des personnes âgées atteignant la séroprotection seulement après les 3 doses de vaccin, et avec des titres d’anticorps inférieurs à ceux des jeunes. Un déficit de prolifération des cellules T et de production de cytokines (TNF-α, INF-γ, IL-5, IL-4 et IL-2) est retrouvé chez les personnes âgées.

Mais il apparaît aussi que la séroconversion est observée plus souvent chez les personnes ayant reçu le vaccin par voie strictement intra-musculaire (54 % vs 16 %). Les auteurs notent que l’utilisation d’aiguilles 5/8 favorise une injection sous-cutanée pour au moins 1 des 3 vaccinations chez 10 % des patients de cette cohorte. Un angle d’injection inapproprié conduit à une injection du vaccin dans la graisse sous cutanée. Les personnes âgées qui ont reçu par inadvertance l’injection en sous-cutanée ont à la fois des taux réduits de séroprotection et d’anticorps.

Le mécanisme qui sous tend ces différences est mal connu et plusieurs hypothèses sont à l’étude. Quoi qu’il en soit, les auteurs préconisent l’usage d’aiguilles plus longues pour assurer une vaccination en intra-musculaire.  

Dr Roseline Péluchon

Références
Edelman R. et coll. : The SENIEUR protocol and the efficacy of hepatitis B vaccination in healthy elderly persons by age, gender, and vaccine route. Immun Ageing. 2020; 17: 9.

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