Ne pas négliger le bilan infectieux pour le nourrisson fébrile

La fièvre peut être le seul signe d’une infection bactérienne grave (IBG) des nourrissons de moins de 3 mois. Le risque d’IB, invasive et non invasive, est supérieur durant le premier trimestre de vie à celui des enfants plus âgés. L’examen, en particulier l’apparence clinique seule, peut être en défaut pour identifier une IB. Des protocoles d’évaluation diagnostique ont été élaborés pour permettre une stratification des risques par tranche d’âge : avant 1 mois, entre 1 et 2 mois, entre 2 et 3 mois. Pendant le 1er mois, le consensus est universel pour un bilan infectieux complet.

En revanche, dans les tranches d’âge suivantes, la démarche diagnostique ne fait pas l’objet d’un accord total notamment sur la nécessité de ce bilan entre 2 et 3 mois.

Des pédiatres de Bilbao ont revu les dossiers des patients de moins de 3 mois examinés aux urgences selon le même protocole prospectif entre 2003 et 2017. La presque totalité a eu un examen par bandelette urinaire, et une hémoculture et plus de 80 % une uroculture. La fièvre était définie par une température axillaire ou rectale ≥ 38° aux urgences ou à domicile, l’examen défini normal sur la coloration cutanée, la circulation, la respiration et sur l’absence de signes de localisation pulmonaire, otitique, ostéo-articulaire et de diarrhée. Les enfants avec une cause identifiée par l’examen clinique ont été exclus de l’étude.

Moins d’infections invasives que chez le nouveau-né mais la prévalence reste élevée

Selon ces critères, sur la période de 14 ans, 3 301 épisodes fébriles ont été observés : 688 avant 28 jours (21 %), 1 378 entre 29 et 60 jours (42 %) et 1 235 après 60 jours (37 %) ; 605/3 301 avaient une IBG (18,3 % ; intervalle de confiance à 95 % IC 17-19,7), 81/605 une infection bactérienne invasive (13,4 %), 524 une infection non invasive (86,6 %). Parmi les 81 nourrissons avec infection invasive, 34 avaient une bactériémie (42 %) dont la source était principalement une infection urinaire, 26 une bactériémie occulte (32 %), 12 une méningite (15 %), 9 une septicémie (11 %).

La prévalence des infections bactériennes graves chez les nourrissons de plus de 60 jours dont l’examen était normal était de 18,5 % (IC 16,4-20,7) contre 16,6 % (IC 14,7-18,7) entre 29 et 60 jours (non significatif) et 21,5 % (IC 18,6-24,7 ns) avant 28 jours de vie. En tout, 546 nourrissons avaient une infection urinaire, 124 avant 29 jours, 204 entre 29 et 60 jours et 218 entre 61 et 90 jours. Parmi eux, 31 (5,6 %) avaient une bactériémie : 2,3 % après 60 jours, 11,3 % avant 28 jours (P < 0,01) et 5,9 % entre 29 à 60 jours (P = 0,08). La prévalence des infections bactériennes invasives chez les nourrissons cliniquement normaux était de 1 % (IC 0,6-1,7) pour ceux âgés de 61 à 90 jours contre 4,5 % (IC 3,2-6,4) avant 28 jours (P<0,01) et de 2 % (IC 1,3-2,9) entre 29 et 60 jours (P=0,06). Toutes les méningites bactériennes, excepté une ont été diagnostiquées avant 28 jours.

En conclusion, la prévalence des infections bactériennes invasives chez les nourrissons fébriles entre 2 et 3 mois de vie baisse en comparaison des nouveau-nés, mais elle est suffisamment élevée pour justifier un bilan sanguin et urinaire dans cette tranche d’âge.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Bonilla L et coll. : Prevalence of bacterial infection in febrile infant 61-90 days old compared with younger infants. Pediatr Infect Dis J., 2019; 38: 1163-1167

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