Nécessité d’une surveillance prolongée pour les enfants infectés in utero par le virus Zika

Le virus Zika appartient au groupe des arboviroses. Il est transmis par un moustique de type Aedes. Le Zika est présent en Asie du Sud-Est, Amérique du Sud et Antilles. La France est concernée dans les départements et territoires d’Outre-Mer. L’infection pendant la grossesse aboutit à une perte fœtale dans 4 % à 7 % des cas et à un syndrome malformatif dans 5 % à 14 % des cas, 4 %-6 % avec microcéphalie.

De fait, 79 % à 91 % des nouveau-nés sont asymptomatiques mais à risque de séquelles à moyen et long terme. Diverses évolutions possibles ont été décrites : microcéphalie secondaire, retard du développement, autisme, fonction visuelle déficiente. Une surveillance prolongée est donc nécessaire. Dans les régions à risque, la plupart des infections maternelles sont asymptomatiques et peuvent survenir en dehors de toute épidémie.

Des pédiatres de Ponce (Porto-Rico) rapportent les résultats d’une étude prospective réalisée à la suite d’une épidémie survenue en 2016-2017 touchant 40 630 personnes dont 4 134 femmes enceintes. Au total, la cohorte a inclus 114 enfants potentiellement « victimes » d’infections gravidiques dépistées par une surveillance trimestrielle.

Les infections confirmées étaient définies par la présence d’ARN viral découvert par PCR dans le sérum des mères, les probables par l’existence d’IgM spécifiques mis en évidence par ELISA. Les enfants ont été enrôlés à la naissance (n = 62) ou lors d’une visite de surveillance spécifique tous les 6 mois (n = 52). Outre l’examen clinique, les enfants ont bénéficié à la naissance de l’étude des potentiels évoqués auditifs, d’une échographie transfontanellaire (n = 109) et d’une imagerie rétinienne par RetCam (n = 35).

Une mesure du quotient de développement QD a été faite par des psychologues à 24 et 36 mois (Bayley Scales) et par un questionnaire standard des parents (ASQ-3) pour dépister les retards du développement psychomoteur dans tous les domaines.

Retard de développement dans différents domaines


Parmi les 114 enfants, 3 avaient une microcéphalie à la naissance (2,6 %), définie par un Z-score ≤ -2 DS, 19/35 des anomalies de la partie postérieure de l’œil détectées sur les images rétiniennes (54 %) et 11/109 des modifications non spécifiques sur l’échographie (10 %), 3/107 des anomalies au dépistage de surdité (2,8 %).

Sur les 97 enfants suivis après la naissance, 3 ont présenté des convulsions et 23 des anomalies de la motricité ou du tonus persistant lors d’une ou plusieurs visites ultérieures, 17 un handicap visuel possible y compris avec des images rétiniennes anormales dans 14 cas. L’étude du quotient de développement et le questionnaire ASQ-3 (n=53) ont montré un retard du développement dans les domaines de la motricité globale et fine (21 % à 24 mois, 28 % à 36 mois, p < 0,001) mais surtout dans le domaine cognitif et du langage (51 % à 24 mois, 32 % à 36 mois (p < 0,001), donc dans certains domaines, une diminution avec l’âge.

La corrélation entre les tests et les données des questionnaires a été jugée satisfaisante.

En conclusion, l’identification précoce des troubles du développement est cruciale pour la prise en charge. Le suivi à long terme montre la vulnérabilité dans le domaine du langage.

Pr Jean-Jacques Baudon

Référence
Alvarado-Domenech LI et coll. : Early childhood neurodevelopmental outcomes in children with prenatal Zyka virus exposure: a cohort study in Puerto Rico. J Pediatr 2022;247:38-45

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