Non, les β-bloquants n’augmentent pas le risque de dépression !

Les β-bloquants sont parmi les médicaments les plus prescrits dans le traitement de nombreuses affections cardiovasculaires, qu’il s’agisse de l’HTA, de la maladie coronarienne ou encore de certains troubles du rythme. Leur efficacité s’accompagne de nombreux effets secondaires, dont certains sont indéniables mais d’autres plus incertains, tels ceux appartenant au domaine psychiatrique au premier rang desquels figure la dépression. Dans la mesure où cette dernière peut affecter la morbi-mortalité cardiovasculaire, il est important de clarifier la situation. C’est là l’objectif d’une revue systématique des données de la littérature internationale à la recherche d’essais randomisés, menés à double insu contre placebo, seuls capables de répondre aux interrogations précédentes.

Prévalence de la dépression similaire avec ou sans bêta bloquants

Au total, ont été jugées éligibles 285 études regroupant 53 333 patients, le risque de biais de publications étant jugé élevé pour la plupart d’entre elles (79 %). La dépression s’est avérée être le plus fréquent des évènements psychiatriques rapportés dans ces études avec un total de 1 600 cas. Cependant, sa prévalence n’est pas apparue plus élevée dans les groupes exposés aux β-bloquants, l’odds ratio (versus placebo) correspondant étant en effet estimé à 1,02 [intervalle de confiance à 95 % IC 95%, 0,83–1,25]. L’arrêt du traitement n’a pas été non plus associé à la survenue d’une dépression (OR, 0,97 [IC 95%, 0,51–1,84]).

Parmi les autres évènements indésirables de nature psychiatrique, seuls quelques-uns ont été associés aux β-bloquants sans certitude sur le lien de causalité : il s’agit notamment de l’activité onirique inhabituelle, de l’insomnie ou encore des troubles du sommeil en général, autant de manifestations dont les causes sont le plus souvent multiples.

Les résultats de cette revue exhaustive de la littérature internationale vont à l’encontre de certaines idées reçues qui tendent à établir un lien entre l’exposition aux β-bloquants et la survenue de troubles psychiatriques et en particulier d’une dépression. De ce fait, il n’y a pas lieu de modifier un traitement reposant sur les β-bloquants quand surviennent des troubles dépressifs. Quant aux troubles du sommeil, aucun lien de causalité n’a pour l’instant été établi avec ces médicaments.

Dr Philippe Tellier

Référence
Riemer TG et coll. : Do β-Blockers Cause Depression? Systematic Review and Meta-Analysis of Psychiatric Adverse Events During β-Blocker Therapy. Hypertension 2021 ;77: 1539–1548. doi.org/10.1161/HYPERTENSIONAHA.120.16590.

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