Obésité maternelle : un impact vasculaire mesurable dès l’enfance ?

L’obésité maternelle et le diabète gestationnel semblent bien impacter la santé de l’enfant à naître et même sur le long terme.  Une prise de poids précoce pourrait annoncer une obésité de l’adulte chez certains enfants plus prédestinés que d’autres, avec en parallèle une augmentation du risque cardiovasculaire. Les mécanismes sous-jacents à cette transmission des désordres métaboliques de la mère a son descendant restent mystérieux, mais il semble que des perturbations du programme génétique fœtal puissent entrer en ligne de cause.

L’épaisseur intima-média (EIM) carotidienne, la rigidité artérielle et la vélocité de l’onde de pouls (VOP) sont autant de biomarqueurs vasculaires associés indépendamment des autres facteurs au risque de maladie cardiovasculaire (MCV). Ces paramètres sont d’ailleurs utilisés chez l’adulte et l’adolescent pour stratifier le risque cardiovasculaire le plus souvent dans le cadre de la recherche clinique. Leur utilité dans des populations pédiatriques est en revanche controversée, car chez les petits enfants, a fortiori les nourrissons, les structures vasculaires sont en deçà du pouvoir de résolution spatiale du matériel échographique conventionnel. Le problème n’est pas insurmontable, dès lors que l’on substitue à ce dernier des appareils à très haute résolution avec des ondes ultrasonores situées dans une gamme de fréquences comprise entre 25 et 55 MHz. Avec une telle précision, il devient possible d’explorer l’EIM et l’épaisseur de l’adventice en pédiatrie dans le cadre d’études épidémiologiques.

RADIEL : les bases d’une étude transversale finlandaise

Un bon exemple en est l’étude RADIEL dont l’objectif était de se pencher sur l’impact transgénérationnel de l’obésité maternelle et du diabète gestationnel sur la morphologie et la fonction artérielle du descendant dès son plus jeune âge. Il s’agit à l’origine d’un essai randomisé finlandais visant à évaluer l’impact de l’hygiène de vie dans la prévention du diabète gestationnel au sein d’une cohorte initialement composée de 726 participantes. Parmi celles-ci, ont été sélectionnés 201 mères obèses (indice de masse corporelle IMC avant la grossesse = 30,7 ± 5,6 kg/m2 ; dont 96 atteintes d’un diabète gestationnel) et leurs enfants à l’âge moyen de 6,1±0,5 ans dans une optique transversale évidente.

Comparativement à ceux de la population générale finlandaise d’âge égal, ces derniers se sont distingués de manière significative par l’IMC (z-score 0,45 ± 0,92 ; p < 0,001), mais aussi par l’EIM mesurée au niveau de la carotide primitive (z-score 0,15 ± 0,75, p = 0,003). En revanche, aucune association significative n’a pu être établie avec le diabète gestationnel. Ni l’EIM ni la VOP n’ont été associées aux variables suivantes : (1) sexe de l’enfant ; (2) pression artérielle ; (3) données anthropométriques ou composition corporelle, qu’elles proviennent de la mère ou de l’enfant.

Pour sa part, la rigidité carotidienne était prédite indépendamment des autres facteurs par la glycémie à jeun mesurée lors du second trimestre de la grossesse. La masse maigre de l’enfant s’est avérée être la variable indépendante la plus prédictive des variables suivantes : (1) diamètre de la lumière radiale (r2 = 0,068, p < 0,001), humérale (r2 = 0,108, p < 0,001) ou encore carotidienne (r2 = 0,066, p < 0,001) ; (2) EIM humérale (r2 = 0,161, p < 0,001).

Les enfants issus d’une mère obèse semblent être très tôt exposés à un surpoids, si l’on compare leur IMC à celui d’une population de référence. Leur PA tend à être plus élevée, de même que leur EIM carotidienne. Un effet transgénérationnel de l’obésité maternelle est plausible avec à la clé une constellation possible de facteurs de risque cardiovasculaire propre à favoriser les clusters au sein de la population générale.

Les dimensions artérielles de l’enfant, pour leur part, seraient principalement prédites par sa masse maigre. Elles ne sont associées, dans cette étude, ni à l’adiposité maternelle ou infantile, ni au diabète gestationnel. Par ailleurs, l’association entre ce dernier et la rigidité carotidienne apparaît faible, seule la glycémie à jeun du second semestre de la grossesse lui étant rattachée. Des résultats à confirmer sur des cohortes plus conséquentes, d’autant qu’ils émanent d’une étude strictement transversale avec les limites que l’on sait.

Dr Philippe Tellier

Référence
Sundholm JKM et coll. : Maternal obesity and gestational diabetes: Impact on arterial wall layer thickness and stiffness in early childhood - RADIEL study six-year follow-up. Atherosclerosis 2019 ; 284 : 237-244.

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